déc '14/jan '15

2015 : pleins feux sur les marchandises

Nous examinons 30 métaux et minéraux différents, vous offrons une rétrospective de ce qui a marqué l’année qui vient de s’écouler, notamment les tendances de plus en plus répandues et les événements imprévus, et explorons ce qui se profile à l’horizon

Par Chris Balcom, Correy Baldwin, Ryan Bergen, Ian Ewing, Graham Lanktree, Christopher Pollon, Kelsey Rolfe

Un franc succès

Hudbay's Lalor mine
La mine Lalor de zinc, d’or et de cuivre de la société Hudbay se trouve à 210 kilomètres à l’est de Flin Flon, dans le Manitoba | Avec l'aimable autorisation de HudBay

Les plus grandes mines de zinc du monde ferment leurs portes et l’on peut difficilement sous-estimer l’impact que cela aura sur le prix de ce métal de base.

Au troisième trimestre 2015, après avoir produit 455 000 tonnes cette année et 488 233 tonnes en 2013, la production prendra fin à la gigantesque mine de zinc australienne Century.

L’année dernière, Glencore a réduit progressivement sa production dans les mines Brunswick et Perseverance au Canada, et a ainsi éliminé une grande partie de l’offre. « C’est l’une des principales raisons pour laquelle les prix du zinc seront plus élevés dans les années à venir », indique Mike Dragosits, stratège principal en matière de marchandises chez TD Securities, citant le déclin d’autres grandes mines en Irlande (Vedanta) et au Pérou.

Sur le court terme, certains analystes prévoient que 14 % de la production de concentré de zinc se dissipera avant 2016. Malgré la hausse de la production en Inde, au Mexique et en Chine, ces projets produisent des minerais à plus faible teneur dans des mines plus petites.

« Nous prévoyons un déficit sur le marché au cours des années à venir », explique M. Dragosits. « L’anticipation de déficits bien plus conséquents dans les années à venir influencera le cours du marché, lequel atteindra un niveau légèrement supérieur aux données fondamentales », indique M. Dragosits. Tout au long de l’année 2015, ajoute-t-il, la tendance du zinc sera à la hausse et atteindra un prix record juste avant 2016. Les prix moyens annuels prévisionnels en 2015 sont de 2 480 $ US la tonne, avec une moyenne trimestrielle à la fin de l’année de 2 513 $ US la tonne.

Lalor mine opening ceremonies
La cérémonie d’ouverture de la mine Lalor de Hudbay. | Avec l'aimable autorisation de HudBay

Le prix du zinc est actuellement répertorié à 2 220 $ US la tonne, avec une perspective plus modérée au cours des mois à venir. Malgré la croissance de l’économie américaine, indique M. Dragosits, le marché à l’heure actuelle est assombri par le ralentissement économique de la Chine et de l’Europe.

« La Chine connaît un régime de ralentissement motivé par le positionnement des représentants du gouvernement en vue de remettre l’économie sur la voie d’une croissance de meilleure qualité », déclare-t-il. Les représentants du gouvernement ont modéré leurs attentes sur le marché de l’immobilier, ce qui aura un impact sur les prix au cours des mois à venir, ajoute-t-il. D’après M. Dragosits, la Chine finira par se stabiliser et recommencera à mener la danse au niveau de la demande en métaux de base tels que le zinc, que l’on utilise dans les réacteurs nucléaires, le fer, le caoutchouc ainsi que la fabrication de crèmes solaires et des compléments alimentaires de même que pour préserver le bois d’oeuvre à des fins de construction et pour galvaniser le fer.

En Europe, les investisseurs attendent de voir si l’incitation financière de la Banque centrale européenne (BCE) de mille milliards € va envoyer une onde de choc à l’économie stagnante de la zone euro. « Nous ne nous attendons pas à assister à une croissance spectaculaire en Europe, mais au-delà de la faiblesse à court terme, nous observons une certaine stabilité dans les économies européennes », indique M. Dragosits. Ces facteurs, associés à une meilleure croissance aux États-Unis dans les années à venir, constitueront les moteurs de la demande en zinc.

Le Canada produit environ 5,4 % du zinc raffiné produit à l’échelle mondiale. Les tous nouveaux collaborateurs du pays sont la mine Bracemac-McLeod de Glencore au Québec, qui est entrée en phase de production en 2013, et la mine Lalor de HudBay Minerals dans le Manitoba, dont la construction s’est terminée cette année. En anticipation des prix plus élevés, les entreprises canadiennes mènent leur enquête sur les métaux dans tout le pays, et rencontrent quelques résultats prometteurs.

– Graham Lanktree

Des questions de fertilité

La potasse a connu une année mouvementée. Le marché a subi des turbulences pendant une bonne partie de 2014 – résultat du retrait du groupe russe Uralkali du cartel bélarusse BPC – mais les prix actuels sont en hausse et la demande a atteint de nouveaux sommets. Selon Paul Burnside, consultant en potasse auprès de CRU Group, bien que la consommation sous-jacente est satisfaisante, la forte augmentation de la demande peut être trompeuse.

« Le second semestre de 2013 a été très faible côté demande en raison de toute l’incertitude entourant les prix, et les clients ont préféré puiser dans leurs réserves; », a expliqué M. Burnside. Quand les acheteurs sont finalement revenus, la demande était forte, mais une bonne partie de celle-ci était imputable à des reconstitutions de stocks. La consommation réelle, prévient-il, «; résulte des prix à la baisse, mais elle n’est pas aussi forte que la demande apparente laisse supposer. » Les marchés européens et nord-américains sont tous deux matures, alors que la Chine et l’Inde n’ont pas répondu aux attentes au cours des dernières années. Le pays qui se démarque le plus est le Brésil, qui est pratiquement exclusivement tributaire des importations. Il est également un important producteur de canne à sucre et envisage d’exploiter de grandes quantités de terres agricoles au sol ingrat, deux activités nécessitant un généreux épandage d’engrais.

De nouvelles capacités considérables entrent en exploitation. Une bonne partie de celles-ci se trouvent au Canada, PotashCorp étant la plus dynamique avec notamment son projet Picadilly nouvellement mis en service au Nouveau- Brunswick. « Beaucoup d’investissements ont été consacrés au développement de la capacité, et maintenant cette nouvelle capacité entre en exploitation, mais l’approche de l’industrie à l’égard des prix n’a pas stimulé la croissance de la demande », souligne M. Burnside. Il ajoute que la consommation doit maintenant progresser de manière soutenue pour que le marché puisse absorber cette nouvelle capacité.

Pour freiner la surproduction, l’industrie devra se montrer disciplinée, note M. Burnside. Toutefois, la récente infiltration de saumure qui a entraîné l’interruption de la production à la mine Solikamsk-2 d’Uralkali jouera également un rôle. La mine contribue pour 2,8 % de la capacité mondiale, et on ne sait pas encore si la mine devra être abandonnée. Bien que les producteurs nord-américains, forts de leur nouvelle capacité, pourraient facilement remplacer la capacité perdue, selon Paul Burnside, « le pronostic d’Uralkali aura probablement une influence sur les prochaines négociations de prix avec la Chine et les autres acheteurs. »

– Correy Baldwin

Une année fait la différence

On excusera Gill Winckler de paraître légèrement sous le choc alors qu’elle s’avance sur l’estrade pour nous exposer ce qui s’est produit à sa mine de charbon thermique durant l’année qui s’est écoulée depuis sa dernière présentation à l’occasion de la conférence annuelle de la Coal Association of Canada (l’association canadienne du charbon).

En 2013, la présidente et directrice générale de Coalspur Mines se préparait à construire la mine de charbon thermique Vista de la société en Alberta, un projet pour lequel tous les travaux techniques avaient été effectués, qui disposait de la plupart de ses permis et qui prévoyait déjà de construire une usine de traitement en phase préliminaire assurant le traitement de six millions de tonnes par an. La société avait également recueilli environ 350 millions $ sur les 550 millions $ nécessaires à la réalisation du projet.

En septembre 2013, la plupart des gens pensaient que le prix au comptant du charbon thermique à Newcastle à 77 $ US la tonne ($/t) se trouvait au plus bas, affichant un déclin de 11 % par rapport à l’année précédente, et de 28 % par rapport aux prix pratiqués deux années plus tôt. « Les prix ont encore baissé, et ont aujourd’hui atteint la barre de 66 $ US/t au prix au comptant », déclarait Mme Winckler. « Non seulement les prix sont au plus bas, mais l’espoir a également décliné au fil des ans. »

Le ralentissement de la demande en charbon thermique et en charbon métallurgique a eu lieu simultanément, une situation où les prix continuent de baisser en réponse à un surplus. « Nous traversons une période terrible d’offre excédentaire sur le marché du charbon thermique », se lamentait Joe Aldina, analyste du prix du charbon chez Wood Mackenzie, qui accusait l’Indonésie d’avoir énormément contribué à cette offre excédentaire dans le secteur du charbon thermique. Selon les prévisions de Wood Mackenzie, cette situation se poursuivra jusqu’en 2020, bien que les prix commenceront à remonter la pente en 2015.

Ainsi, que peut faire une société comme Coalspur ? Mme Winckler a orienté sa société sur l’apport d’une valeur ajoutée à l’actif en générant une certitude autour des coûts de construction et en apportant des améliorations à la conception de la mine. Un examen stratégique continu envisage diverses options, à savoir une recapitalisation possible, éventuellement une entreprise commune ou, catégoriquement, la vente de l’actif.

« Notre projet est prêt à commencer », concluait Mme Winckler. « Nous nous trouvons dans une situation différente de celle de l’année dernière, mais nous savons que la mine Vista sera construite. »

– Christopher Pollon

Traduit par Karen Rolland

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