déc '14/jan '15

Sécurité

S'exprimer en toute sécurité

Par Esther Ewing

Des millions de personnes ont assisté en 1986 à l'explosion dévastatrice de Challenger, la navette spatiale de la NASA. À peine 73 secondes après avoir décollé, Challenger a explosé, entraînant la mort des sept astronautes à son bord. Après cet accident, une commission d'enquête s'est penchée sur l'affaire afin de déterminer les problèmes d'organisation et culturels à la NASA ; elle a établi que la structure et les procédures décisionnelles de l'organisation étaient en cause, et que la sécurité avait été compromise.

Le problème de la NASA était que ses valeurs étaient passées d'une approche visant à prendre le temps de « s'inquiéter d'une anomalie » à celle du « plus vite, plus performant et moins cher ». Lorsque cette dernière approche s'est imposée, les directeurs commerciaux ont mis fin au dialogue avec les ingénieurs qui ne cessaient de soulever la question de la sécurité lors des réunions. Et ne nous leurrons pas ; ces ingénieurs faisaient allusion à des problèmes concrets. Peu à peu, il est devenu difficile pour les ingénieurs, des points de vue psychologique et émotionnel, d'évoquer ces problèmes car les directeurs commerciaux les tournaient en dérision et les rejetaient.

À l'heure actuelle, l'exploitation minière est une activité d'envergure internationale, et la sécurité est tout aussi importante dans ce secteur qu'elle l'est pour les voyages dans l'espace. Évoquer des inquiétudes relatives à la sécurité lors d'une réunion permet de renforcer la sécurité dans le domaine, lorsque les enjeux et les risques pour la santé sont plus élevés. Mais chaque culture aborde la sécurité de manière différente, ce qui peut engendrer des conflits.

Pour l'un de nos clients, la filiale canadienne d'une grande société minière européenne, la sécurité était une question primordiale. Cependant, la culture au sein de la société mère partait du principe que si quelqu'un se blessait durant son poste, c'est qu'il/elle avait dérogé aux règles. Cette même société affichait ainsi deux attitudes totalement différentes envers la sécurité. Je suggère donc d'adopter une nouvelle approche envers la culture de la sûreté en salle de réunion fondée sur des « équipes intentionnelles ».

J'entends par là une équipe dont les membres se sentent à l'aise et possèdent les compétences nécessaires en termes de communication pour évoquer, dans le respect de chacun, les problèmes épineux, une équipe qui promeut une culture dans laquelle la sécurité figurera en tête des priorités. En retour, il convient de prêter attention à ces préoccupations et de leur accorder l'importance qu'elles méritent. Ceci garantit la sécurité émotionnelle et psychologique de toute l'équipe. Lorsqu'ils sont libres de révéler des vérités gênantes ou désagréables à entendre, les membres de l'équipe seront plus susceptibles d'aborder les problèmes de front et de les résoudre. En revanche, lorsque les équipes sont dans le déni ou font partie d'une culture qui ne leur laisse pas la possibilité d'évoquer un problème, la situation peut prendre une tournure dangereuse. Ainsi, évoquer le sujet en salle de réunion est un moyen d'assurer la sécurité dans le domaine en question.

Une équipe intentionnelle très efficace présente quatre caractéristiques, à savoir un sentiment partagé et irréfutable de l'orientation que doivent prendre les travaux que ses membres mènent ensemble ; un leadership souple ; une mentalité axée sur la performance ; et une culture inclusive qui soutient la performance. Les équipes intentionnelles sont disciplinées, alignées et axées sur les objectifs. Ces caractéristiques sont indistinctement incarnées par une équipe de football championne de la coupe du monde, une équipe de ravitaillement en Formule 1, ou une équipe de projet hautement performante dans une société minière.

L'un de nos clients du secteur minier s'est trouvé confronté à une situation où les jeunes agents de maîtrise d'une société de services d'ingénierie, d'approvisionnement, de construction et de gestion de projets (EPCM) avaient des difficultés à obtenir de la part des membres plus âgés du personnel qu'ils leur rendent des comptes quant aux procédures de sécurité. Si les membres les plus expérimentés du personnel évitaient le sujet, leurs superviseurs n'osaient pas insister pour qu'ils suivent les bonnes procédures. Un directeur de la société de notre client a constaté cette réticence, mais lorsqu'il a évoqué le problème avec son homologue de la société d'EPCM lors d'une réunion, on l'a accusé d'être pointilleux et il n'a obtenu aucun appui.

La question de la sécurité a fini par être abordée, mais cela a attiré l'attention sur le fait que la culture de l'équipe ne soutenait pas totalement la sécurité dans le secteur. Tout commence par la dynamique interne de l'équipe. Dans une société minière où la culture de l'équipe soutient les questions épineuses, les chances qu'un problème de sécurité apparaisse dans le secteur sont réduites étant donné que les problèmes sont débattus ouvertement.

Parfois, il faut un mal pour un bien. Prenons comme exemple cette société où une pièce lourde de l'équipement a chuté de 1 000 mètres dans le fond d'un puits de mine. Personne n'a été blessé heureusement, mais la production a dû être suspendue et la remise en état était risquée. Une équipe intentionnelle engagée de remise en état a tout mis en œuvre pour reprendre les activités sans encombres, et elle a remporté le prix international de la sécurité décerné par son organisation.

ESTHER-EWING
Esther Ewing est cofondatrice et partenaire de Big Tree Strategies, une société d'experts-conseils dédiée aux dirigeants responsables d'équipes gérant de grands projets d'immobilisations essentiels à la réussite de leur organisation. Big Tree Strategies a de nombreux clients dans l'industrie minière.

Traduit par Karen Rolland


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