déc '14/jan '15

Finances

Où est passé l'argent du marché aurifère ?

Par Doug Pollitt

Les investisseurs dans le marché de l'or sont plutôt désenchantés ces derniers temps. Le recul des prix du lingot d'or et des actions aurifères a entraîné de grosses pertes pour beaucoup de personnes. Mais le plus démoralisant est que, même pendant la période florissante du marché à la hausse entre 2000 et 2013, lorsque le prix de l'or était passé de 250 $ US l'once (oz) à 1 900 $ US l'once à son apogée, la plupart de ces personnes ne gagnaient pas plus d'argent.

On ne manque pas d'arguments pour expliquer les piètres résultats des actions aurifères. Certains disent que les fonds négociés en bourse (FNB) ont monopolisé les rentrées d'argent, d'autres accusent l'inflation par les coûts. Mais aucun d'eux n'est valable. Au contraire, on constate que le secteur aurifère est aujourd'hui marqué par un phénomène structurel qui diminue les profits pour les investisseurs dans cet espace.

Pour mieux comprendre le contexte, il suffit d'observer ce qu'il s'est produit pour le pétrole et les métaux communs, deux secteurs qui ont aussi connu un fort marché à la hausse en termes des prix pratiqués pour leurs marchandises respectives pendant cette période. Dans ce cas précis, l'industrie a également dû faire face à une hausse des coûts des facteurs de production ainsi qu'à des conditions de travail difficiles, mais contrairement au secteur aurifère, les actions des marchés du pétrole et des métaux communs ont donné aux investisseurs de solides rendements.

Le secret de la meilleure performance des actions du pétrole et des métaux communs n'est pas difficile à saisir ; la performance financière de ces sociétés, comme le montrent leurs bénéfices non répartis et leurs dividendes, est positive. On ne peut pas en dire autant des sociétés aurifères, dont la performance sous-jacente a été a peu près équivalente à celles de ses actions, à savoir médiocre.

Les actions aurifères ont enregistré un rendement dérisoire, et l'on ne peut attribuer ces résultats au fait que les FNB « ont monopolisé tout l'argent », mais simplement au fait que le secteur aurifère n'est pas l'endroit idéal pour faire des affaires, même au vu du vent favorable qui souffle sur le cours (en hausse) de l'or. En outre, on ne peut accuser la simple inflation touchant les facteurs de production, notamment si l'on prend comme contre-exemples les sociétés pétrolières et productrices de métaux communs.

En tant que classe d'actif , le secteur aurifère présente des caractéristiques macroéconomiques distinctes des autres classes d'actifs telles que les actions et les obligations, et ces caractéristiques deviennent encore plus intéressantes lorsque les classes d'actifs concurrentes perdent du terrain. Mais en même temps, l'or constitue une minuscule classe d'actif par rapport aux actions et aux obligations. Pour inscrire cette situation dans son contexte, la valeur de marché des actions américaines est environ 100 fois plus élevée que celle des actions aurifères, et celle des obligations américaines environ 200 fois plus élevée que celle des actions aurifères. Ainsi, il suffit d'un événement infime émanant de ces classes d'actifs et affectant le secteur aurifère pour perturber le marché. Mais peut-être qu'il n'existe tout simplement pas d'endroit idéal où placer ce déluge de capital entrant.

De nouveau, le marché du pétrole nous donne un aperçu de la situation . Beaucoup de fonds ont été injectés dans ce secteur, et particulièrement dans les sables bitumineux en Alberta. Dans ce cas cependant, le capital a pu être utilisé au profit de projets de développement des sables bitumineux qui étaient suffisamment solides pour offrir aux investisseurs un bon rendement.

D'autre part, on pourrait comparer les récents courants d'investissement dans le secteur aurifère à un verre à liqueur que l'on tente de remplir de l'équivalent d'une carafe d'eau (le verre à liqueur représentant la taille relative d'un secteur aurifère viable, et la carafe d'eau l'investissement financier). Le verre à liqueur se remplit, mais l'eau se répand sur le reste des convives à table.

Contrairement aux sables bitumineux, le secteur aurifère n'a pas connu, au début du marché haussier, cette même myriade d'occasions sous-marginales de placements aurifères à exploiter au cas où les prix monteraient. Il n'y avait tout simplement pas d'or. Les milliards de dollars investis dans le secteur qui n'ont généré aucune réponse en termes d'offre viennent en témoigner.

Mais de très grosses sommes d'argent ont tout de même été injectées ; et on laisse rarement dormir l'argent. Il doit être placé, même si aucun placement ne semble être intéressant. Le fait que de telles sommes d'argent courent après si peu d'opportunités a entraîné un déclin du coût du capital, et cette période d'abondance a mené, comme c'est toujours le cas, à prendre de mauvaises décisions en matière d'investissement. Un nouveau cycle verra le jour, et lorsqu'il arrivera, la masse de fonds disponibles sera encore plus conséquente, pour des occasions encore plus rares.

Les gisements dans les mines en production connaissent un déclin de longue durée et les foreuses ont cessé de tourner. En outre, six années d'assouplissement quantitatif se sont traduites par une masse encore plus grande de crédit, ce qui laisse présager un avenir prometteur pour le prix de l'or à plus long terme. Mais si l'industrie de l'or ne peut faire preuve de suffisamment de discipline pour résister à la tentation d'un capital bon marché et abondant, les investisseurs doivent garder à l'esprit les leçons tirées du dernier cycle et rester prudents et perspicaces, aussi difficile que cela puisse paraître.

Doug Pollitt
Doug Pollitt a obtenu son diplôme au département de génie des mines et de la métallurgie de l'université McGill au début des années 1990, et a passé les dix années suivantes à écrire des codes de logiciels pour des applications de visionique. Au moment où le marché de la technologie a commencé à prendre son essor, M. Pollitt a décidé de s'installer en ville et de devenir analyste dans la société de courtage Pollitt & Co. Inc. spécialisée dans le secteur aurifère, à une période où ce marché déclinait ; il n'a jamais été très bon négociateur. Il vit avec sa femme et ses trois enfants à Toronto.

Traduit par Karen Rolland


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