août 2014

Les Forges du Saint-Maurice

Une histoire tourmentée

Par Jakub Stachurski

Les problèmes de financement, de traitement et de ressources humaines associés au développement de projets n'ont rien de nouveau dans l'industrie minière. Les Forges du Saint-Maurice au Québec ont connu de multiples mises en route et interruptions en l'espace de 200 ans, entre le moment où le gisement de minerai de fer a été découvert et celui où la production a commencé. Néanmoins, toutes les difficultés rencontrées se sont révélées utiles pour la Nouvelle-France et, plus tard, le Canada.

En 1541, Jacques Cartier arpente pour la première fois la région aujourd'hui connue sous le nom de Trois-Rivières, au Québec, à la recherche de métaux précieux, et y découvre « une mine précieuse contenant le meilleur minerai de fer au monde ». Mais ce n'est qu'en 1670 que commencent les recherches sérieuses dans la perspective d'exploiter le gisement, lorsque le premier intendant de la Nouvelle-France Jean Talon se charge de tester d'autres échantillons de minerai dans cette région. « Les dépenses engendrées par l'installation d'une forge et de ses fourneaux ne sont pas des moindres, aussi il convient de prendre toutes les précautions nécessaires pour ne pas envisager cette aventure à la légère », écrivait-il, indiquant l'investissement de capitaux nécessaire pour développer les ressources dans la région, une somme d'argent que les intérêts privés de ce qui constituait à l'époque la Nouvelle-France n'étaient pas en mesure de fournir. En outre, la colonie française nécessaire pour mener tout projet minier à bien connaît à cette époque une grave pénurie de main-d'œuvre qualifiée.

Malgré le succès des premiers tests qui permettent à l'intendant Talon d'extraire environ 800 tonnes de minerai de fer, les travaux sur la future forge se feront longuement attendre. Dans la période intermittente, l'industrie française du fer connaît des pénuries de demande et, en 1717, le Duc d'Orléans rejette le projet de mine de fer pour lequel Jean Talon avait effectué des recherches, déclarant en faisant référence au minerai de fer que « la France en a suffisamment pour approvisionner tout le Canada ».

Dans les années qui suivent, la demande de fer ne cesse de croître et en 1730, le roi de France consent à François Poulin de Francheville un prêt de 10 000 livres pour exploiter les gisements de minerai de fer de la région de Trois-Rivières et créer une forge le long de la rivière Saint-Maurice. En 1733, M. de Francheville utilise ce prêt pour fonder la Compagnie des Forges du Saint-Maurice, mais il décède plus tard dans l'année, à l'âge de 41 ans.

Après sa mort, Pierre-François Olivier de Vézin, un jeune maître de forges français, est envoyé au Canada pour évaluer les travaux de M. de Francheville aux Forges du Saint-Maurice. Après avoir surmonté de nombreux problèmes techniques et apporté des modifications au plan initial établi par M. de Francheville, M. de Vézin et son équipe réussissent, le 20 août 1738, à allumer le haut fourneau et commencent la production de fer en barres.

Cependant, des rumeurs concernant une mauvaise gestion financière et le manque de fondeurs qualifiés dans la nouvelle colonie française mettent en péril l'exploitation, et bientôt, les Forges du Saint-Maurice font faillite. M. de Vézin se retire du projet minier en 1741. Des rapports ultérieurs reportent la faute sur sa mauvaise gestion des fonds et sur son manque d'expérience ; il n'avait que 28 ans lorsqu'il était arrivé en Nouvelle-France pour mener le projet. Pourtant, pendant les trois années où il dirigeait les Forges du Saint-Maurice, M. de Vézin avait supervisé la construction d'une seconde forge ainsi que plusieurs ateliers et structures adjacentes indispensables qui dureront près de 150 ans après son départ. Les forges, reprises par la France après la faillite, servent principalement à la construction navale dans la colonie française et constituent une ressource vitale pour sa défense contre les Britanniques.

Les forges restent sources de profit pendant plus d'un siècle, assurant la stabilité économique d'une communauté atteignant 425 personnes à son apogée où les nouvelles générations de fondeurs apprennent le métier de la génération précédente. Finalement, ces forges autrefois sophistiquées et technologiquement avancées deviennent des reliques du passé et ferment définitivement leurs portes en mars 1883.

Aujourd'hui, les bâtiments des Forges du Saint-Maurice sont préservés comme site historique national et tiennent lieu de vestiges de plusieurs siècles rappelant le chemin difficile que rencontrent les sociétés minières pour atteindre la phase de production.

Traduit par Karen Rolland

Retour à la table des matières | Article de fond : les noms à connaître 2014 | Profil de projet : Red Chris | Section technologie : équipement lourd | Section Voyage : Antofagasta, Chili | Section Communauté : les actualités de l'ICM du Canada et d'ailleurs

Autres sections : 
Actualités
À la une
Chroniques
Outils de travail
Résumés techniques
Remarques

Publier un commentaire

Commentaires

Version PDF