août 2014

Finances

Les coûts du secteur public : les risques si l'on n'en tient pas compte

Mauro Chiesa

Dans une rubrique récente, j'appelais les sociétés minières à prendre en compte les coûts du secteur public dans les prévisions financières de leurs futurs projets en développement. Selon moi, cela contribuerait à donner au secteur public un rôle plus inclusif et opportun dans le financement et les approbations d'un projet. Pourtant, les commentaires que j'ai reçus de cette rubrique me suggéraient que les ressources financières étaient déjà bien limitées, et qu'il valait mieux laisser le secteur public gérer ses propres procédures. Il ne faut en aucun cas sous-estimer le besoin d'évaluer les coûts du secteur public car ils sont fondamentaux pour déterminer la viabilité d'un projet et la prise de décisions stratégiques d'une société.

Dans un contexte où le capital est limité et où la situation n'est pas prête de changer, les sociétés minières doivent définir avec précaution la priorité de chacun de leurs projets en développement pour remplacer leurs actifs qui s'épuisent. La rareté de ces ressources s'explique par le fait que de nombreux investisseurs institutionnels sont consternés par une industrie dont les 40 acteurs les plus influents, d'après le rapport Mine 2014 de PricewaterhouseCoopers, ont collectivement affiché une dépréciation de leurs actifs de l'ordre de 97 milliards $ en 2012 et 2013. Parallèlement, les gouvernements accusent des déficits et ne sont plus à même d'apporter leur soutien aux futurs projets miniers. Si les gouvernements étaient en mesure de co-investir, ils chercheraient aujourd'hui un rendement plus élevé du co-investissement du secteur public. Ceci implique une « double attente » pour la société : l'une pour les permis, et l'autre pour les approbations du co-investissement public. Parmi les exemples récents, citons l'Ontario avec la région du Cercle de feu et la Mongolie avec la mine d'Oyou Tolgoï.

L'exemple hypothétique suivant nous aidera à illustrer l'importance de tenir compte des coûts du secteur public : la société X dispose de trois projets candidats mais son capital de 1 milliard $ ne lui permet d'en assumer qu'un seul financièrement. Elle constate que le projet A offre un taux de rentabilité interne (TRI) de 18 %, le projet B de 22 % et le projet C de 26 %. Le conseil d'administration décide de poursuivre le projet C en priorité, suivi du B en tant que solution de repli. Le projet A est vendu à ses concurrents.

Le capital public requis, qui comprend la formation technique, le partage des coûts environnementaux, l'infrastructure, les subventions accordées à la consommation d'énergie et les coûts sociaux, n'est pas pris en compte dans ce processus. Si chaque projet avait été dûment chiffré, la société X aurait constaté que le projet A ne requiert aucun capital public, alors que les projets B et C nécessitent 300 millions $ chacun et offrent des rendements de 10 % et 4 % respectivement au secteur public lorsque l'on prend en compte les recettes fiscales et en redevances.

Ce genre de négligence cache de graves problèmes. Par exemple, la rapidité du développement n'est pas prise en compte dans la décision. Le projet A, avec un TRI de 18 %, n'a besoin d'aucun cofinancement et permet d'éviter la question de la double attente. Le gouvernement pourrait même appuyer ce projet car il génère des emplois, respecte les exigences en matière de permis et ne requiert aucun fonds public tout en générant des recettes fiscales et en redevances.

Cependant, si le secteur public dispose du capital nécessaire pour co-investir, le projet B serait le candidat idéal pour toutes les parties car le secteur public bénéficierait d'un rendement de 10 %. Ce genre de situation gagnant-gagnant serait également une sage décision à prendre étant donné les perceptions actuelles du public selon lesquelles une exploitation minière ne profite qu'aux sociétés. Le projet C pourrait en réalité attirer des détracteurs car on accuserait alors le secteur privé de profiter de rendements généreux alors que le secteur public ne perçoit rien. Indépendamment des rendements pour les fonds du secteur public, le résultat final pour les deux parties est une double attente qui aura pour seule conséquence de demander plus de temps (et donc plus d'inflation), un examen plus attentif du public et une angoisse supplémentaire pour les actionnaires ayant des attentes élevées étant donné le TRI annoncé par le projet C.

En réalisant l'évaluation globale du coût de toutes les options avant de prendre des décisions stratégiques, la société X se place également en meilleure position pour négocier les « échanges d'actifs » avec le secteur public. La société X peut, par exemple, accepter des rendements plus faibles en échange du financement de davantage d'actifs (comme une centrale électrique) et éventuellement encourager un processus d'approbation plus rapide en réduisant la charge de financement qui pèse sur le secteur public et en augmentant ses rendements. La société pourrait aussi tout simplement s'en tenir au projet A plutôt que de l'abandonner prématurément.

 Mauro_Chiesa

Mauro Chiesa a plus de 33 ans d’expérience en financement
et en conseil de projets d’extraction et d’infrastructure dans
le monde entier. Il a travaillé avec des banques internationales,
la Banque mondiale et EDC.

En d'autres termes, une société doit dûment évaluer les coûts de ses options stratégiques étant donné que les nouveaux projets doivent non seulement être achevés à temps, sans dépassement de budget et en respectant les spécifications, mais pourraient également requérir un co-investissement plus important d'un secteur public qui se trouve en difficulté financière. La nature « originale » ou « exploratoire » de certains nouveaux projets vient amplifier ce besoin. Si la société n'évalue pas dès le départ l'intégralité du coût de toutes les options, elle pourrait se retrouver confrontée à des retards et à un risque politique supplémentaire, ce qui pourrait générer des lacunes possibles au niveau des plans de production en raison d'une double attente. De nos jours, les investisseurs n'apprécient guère ce genre de situation car ils sont de plus en plus en quête de dividendes et d'une bonne performance qui « répond aux lignes directrices ».

Traduit par Karen Rolland

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