septembre 2013

À propos des avions

D’après Hart Mailandt les entreprises du secteur aéronautique prennent leur envol dans le domaine des sables bitumineux

Par Correy Baldwin

En 2003, North Cariboo Air est devenu l’un des deux premiers transporteurs aériens à la demande à desservir la région des sables bitumineux de l’Alberta. Il y a eu une réelle croissance du trafic au cours des dix dernières années et le sables bitumineux représentent maintenant 70 % des activités de North Cariboo, avec six à huit vols de 700 à 800 passagers par jour. Selon Hart Mailandt, directeur du développement des affaires, North Cariboo Air a été en mesure de doubler sa croissance tous les deux ans depuis 2007. Il s’agit maintenant d’un des plus gros transporteurs individuels des sables bitumineux.

ICM : Compte tenu du coût des voyages aériens, pourquoi les compagnies pétrolières choisissent-elles cette option pour déplacer leurs travailleurs?

Mailandt : Lorsque vous analysez les risques du transport aérien par rapport à ceux du transport routier, les résultats sont nettement à l’avantage de l’aviation. C’est sans aucun doute la meilleure solution à adopter. Il y a bien entendu les facteurs de temps et tous les autres éléments à considérer, mais la sécurité du transport aérien est à ce point supérieure à celle du transport routier, que la décision se prend presque d’elle-même.

ICM : Quels développements entrevoyez-vous pour le secteur du transport aérien?

Mailandt : L’un des projets qui nous occupent en ce moment est une approche novatrice pour transporter les gens à Fort McMurray. Les transporteurs basés à Calgary récupèrent les travailleurs à la fin de leur quart pour les ramener à la maison dans les provinces de l’Atlantique, mais comme ils utilisent le même avion pour revenir en Alberta, il faut une journée entière avant que l’avion puisse revenir avec des travailleurs de remplacement. Ceci se traduit pratiquement par une journée supplémentaire où le groupe d’employés n’est pas sur place, car le matériel des transporteurs de Calgary n’est habituellement pas basé en permanence dans l’est du Canada. Contrairement au nôtre. C’est un modèle très différent et beaucoup plus économique, car nous ne perdons pas une journée entière de quarts pour traverser le pays et revenir.

ConocoPhillips, avec son projet Surmont, a été la première entreprise à repenser sa façon de gérer le transport. Nous avons défini, conçu et mis en œuvre la logistique pour leur projet, y compris les systèmes, l’avion, le système de réservations et le logiciel. D’autres producteurs et transporteurs réévaluent leurs projets en fonction de cette solution. Nous avons introduit leur innovation dans un marché entier. Notre secteur connaîtra un grand changement au cours des prochaines années.

ICM : C’est un changement étonnamment simple.

Mailandt : Effectivement, sauf pour nous, les transporteurs. Nous sommes ici à Calgary et devons d’une certaine façon déterminer comment ramener cet avion de l’autre côté du pays et le laisser à cet endroit, tout en nous assurant qu’il est suffisamment rentable de transporter des clients particuliers. Il n’est pas facile d’aménager un horaire qui fonctionne et de garantir la rentabilité. Ce sera intéressant de voir au cours des prochaines années quelle sera l’incidence sur les programmes de navette aérienne pour nos clients existants.

Un autre changement à venir est la croissance du trafic transfrontalier provenant des États-Unis. Le plus gros défi que pose ce groupe de main-d’œuvre est la différence entre la qualification et la certification des corps de métiers du Canada et des États-Unis. Les gouvernements fédéral et provincial mettent tout en œuvre pour définir une norme et certaines qualifications qui dirigeront les personnes vers des corps de métiers particuliers. Les Canadiens pourront ainsi aller chercher de la main-d’œuvre dans des régions des États-Unis marqués par le manque d’emploi. Cette ouverture est extrêmement importante pour les projets à Fort McMurray.

ICM : Certains des risques que vous avez pris au commencement vous ont-ils aidé à vous implanter dans les sables bitumineux?

Mailandt : En général, les risques d’un point de vue financier ne sont pas onéreux. Les avions constituent des actifs de bonne valeur, peu importe ce que vous en faites. Leur âge et leur entretien sont certainement importants, mais un investissement dans du matériel aéronautique conserve toujours une valeur résiduelle.

En même temps, un avion demeure un bien périssable. Vous devez l’entretenir pour le maintenir conforme, mais il atteint toujours sa fin de vie utile. Pour être en mesure de poursuivre vos activités, vous devez comprendre qu’il s’agit d’un bien périssable et vous assurer de constituer une réserve afin de pouvoir rajeunir votre parc.

ICM : Comment avez-vous su tirer profit de la croissance en Alberta?

Mailandt : La plupart de nos clients sont des multinationales et leurs exigences et normes de sécurité sont très élevées. Alors, nous nous assurons de les maintenir et même de repousser les limites, ce qui nous démarque de certains de nos concurrents. De cette façon, nous décrochons des contrats.

Nous pouvons ensuite présenter ces chiffres à nos bailleurs de fond et continuer d’acquérir des avions et des installations. Les installations sont essentielles pour se positionner dans le marché, nous pouvons ainsi offrir des services au client, même s’il ne s’agit que de stationnement ou de services d’embarquement. Ce sont tous là des éléments essentiels à la bonne mise en œuvre d’un ensemble de services logistiques pour nos clients.

Finalement, c’est une question de coordination. Vous devez être en mesure de travailler en fonction de l’horaire du client pour déterminer quel avion est à disposition.

ICM : Nous entendons souvent parler de pénurie de main-d’œuvre dans les sables bitumineux. Avez-vous également de la difficulté à trouver votre personnel technique?

Mailandt : C’est de plus en plus difficile, parce qu’il n’y a pas suffisamment de nouveaux pilotes qui arrivent dans le secteur pour remplacer les pilotes sortants. Nous pouvons toutefois compter sur certains éléments qui nous avantagent. Comme notre service de navette aérienne dessert Fort McMurray, la plupart de nos pilotes peuvent rentrer à la maison le soir. De nombreux pilotes de lignes commerciales sont absents de la maison 10, 12 ou 14 jours par mois, alors que nos pilotes retournent à la maison dans 90 % des cas. Nos pilotes peuvent jouir d’une grande qualité de vie, ce qui nous permet de recruter et de retenir les personnes qui travaillent pour nous. Nous avons également des programmes comme un régime de pension et une certaine souplesse en matière d’avantages sociaux qu’un bon nombre de nos concurrents n’offrent pas. Mais là encore, ceci découle du volume et de la croissance que nous avons bâti pour nous-mêmes.

ICM : Je m’intéresse à votre perspective concernant la logistique à l’extérieur de secteur aérien. Savez-vous si d’autres secteurs ont tenté de changer pour s’adapter aux nouvelles demandes?

Mailandt : En ce moment, la logistique relative à la main-d’œuvre est ce qu’il y a de plus urgent. Si vous fabriquez un produit, vous devez l’expédier et vous devez également vous procurer des matériaux pour fabriquer ce produit. Un des éléments essentiels du processus de fabrication est la main-d’œuvre, qu’il faut employer au bon moment en s’assurant qu’elle possède les bonnes qualifications et qu’on embauche le bon nombre. C’est la même chose dans chaque secteur. Même les entreprises de camionnage ont commencé à se définir comme des entreprises de logistique. Tous ces éléments s’entrecroisent et tout ce qui entre dans ce processus est de nature logistique.

Je crois que les producteurs considèrent la logistique comme un secteur spécialisé, qui n’est pas nécessairement l’une de leurs compétences de base. J’entrevois donc davantage d’entreprises en logistique qui viendront aider les producteurs, plutôt que de voir les producteurs développer cette expertise à l’interne. Il s’agira d’un changement majeur.

ICM : Certaines grandes compagnies pétrolières exploitent leur propre avion. Le voyez-vous comme une tendance? S’agit-il d’une option d’affaires viable?

Mailandt : Certainement, des sociétés comme Suncor et Shell ont démontré que ce modèle fonctionne pour eux dans ce milieu particulier. Il y a sans aucun doute un avantage à détenir un actif que l’on peut utiliser à son plein potentiel. La difficulté pour les petites entreprises est de savoir comment utiliser ses actifs de façon efficace, car il peut s’avérer coûteux d’être le seul à utiliser un avion. Vous devez profiter d’une croissance ou avoir une exigence qui justifie ce modèle d’affaires.

Traduit par SDL

Publier un commentaire

Commentaires

Version PDF