septembre 2013

Nos ambitions pour l’Arctique

Une logistique complexe mise en œuvre pour le développement de la mine Raglan

Par Vivian Danielson

Le site de la mine Raglan au Nunavik, sur la péninsule d’Ungava dans le nord du Québec, produit 26 000 tonnes de concentré de nickel par année et les exploitants ont des plans pour augmenter la production à 36 000 tonnes d’ici 2014. Le développement d’une mine n’est pas chose simple, mais les difficultés particulières posées par un environnement hostile et imprévisible exerceront une pression supplémentaire sur l’équipe de la mine Raglan de Glencore Xstrata.

Après 15 ans d’exploitation, le site n’est pas desservi par des infrastructures publiques et aucun plan n’existe pour changer la situation. « Les transports aérien et maritime sont absolument essentiels », affirme Paul Gorodko, le directeur des services aux entreprises pour la mine. « Tout doit être déplacé d’une manière ou d’une autre. »

La logistique préoccupe tout le monde à la mine, que ce soit au niveau de l’exploitation, de l’entretien ou des achats, confirme Kristian Straub, directeur des opérations minières et des services techniques. « Il y a énormément de consolidation entre les différentes équipes. »

Au Nunavik, les températures moyennes annuelles atteignent -10 C et les hivers sont longs, sombres et extrêmement rigoureux. Au début, les tentatives de développement étaient entravées par l’accumulation de glace dans la région des installations portuaires de Raglan à la Baie Déception, atteignant une épaisseur variant entre 10 et 14 mètres et s’étendant sur environ 1,5 kilomètres. La technologie de brisement des glaces polaires qui a augmenté la fenêtre de transport maritime de trois à plus de neuf mois, a créé une grande ouverture et a donné le feu vert à la mine.

Le brisement de la glace polaire est non moins vital aujourd’hui, car le navire affrété polyvalent MV Arctic transporte des cargaisons en vrac incluant du diesel et du carburant d’aviation, de l’équipement et des consommables vers Raglan. Les concentrés de nickel (avec des sous-produits de cuivre et de cobalt) sont transportés par camion à 90 kilomètres du site de la mine vers le port de mer pour être stockés, puis expédiés par bateau pour être fusionnés et affinés en Ontario et en Norvège respectivement. Une restriction pour protéger les populations locales de phoques, empêche le transport maritime entre la mi-mars et la mi-juin.

Le personnel, les bagages, la nourriture et d’autre cargaison légère sont transportés avec deux Boeing 737, propriétés de l’entreprise et exploités par un service d’aviation à l’interne. « Nous n’avions qu’un seul appareil, ce qui constituait un problème de disponibilité, confirme Gorodko. Les retards dus aux conditions climatiques sont fréquents ici, pratiquement toutes les semaines en hiver. »

Le deuxième appareil permet à l’entreprise de récupérer rapidement les retards et procure une plus grande souplesse, puisque nous pouvons l’aménager en vue d’optimiser le ratio passagers-frêt. Nous pouvons maintenant offrir cinq vols de Rouyn-Noranda (35 pour cent des employés habitent l’Abitibi), de Montréal, et dernièrement, de la ville de Québec. Les 150 employés des différentes communautés du Nord sont transportés sur des vols nolisés.

Les 737 représentent des valeurs ajoutées par rapport à des appareils neufs, puisqu’ils peuvent atterrir sur des pistes gravelées. « L’entretien des pistes pavées est plus compliqué et plus coûteux et le gravier offre une meilleure adhérence pour le freinage et pour l’atterrissage avec rafales de vent traversier », confirme Gorodko.

Poussée de croissance

Une plus grande souplesse du système de transport s’est avérée nécessaire, suite à l’expansion du projet Ragan original de 600 millions de dollars, pour l’exploitation de mines à ciel ouvert et du gisement souterrain de Katinniq, desservis par un broyeur central. Quatre mines souterraines sont en exploitation et de gros investissements ont récemment été réalisés pour construire la nouvelle mine Qakimajurq, prolonger la profondeur de la mine 2 et moderniser l’infrastructure. Tout cela s’est fait dans le but d’ajouter 7 000 tonnes de concentré de nickel supplémentaire à la production courante.

Les infrastructures de Raglan qui soutiennent les mines et les installations de broyage ont également dû prendre de l’expansion. En plus des installations portuaires, de la piste d’atterrissage Donaldson et de la centrale électrique, Raglan est desservi par 150 kilomètres de routes et de ponts, par un complexe d’habitation d’une capacité de 800 personnes et par ses propres systèmes de communication.

L’entretien est essentiel, confirme Straub, puisque certains bâtiments prennent de l’âge. « Mais avant tout, le plus gros problème auquel nous faisons face est le pergélisol », ajoute-t-il.

À Raglan, le pergélisol peut atteindre entre 550 et 600 mètres de profondeur. Les bâtisses ont des fondations de tuyaux d’acier et sont installées sur des plateformes au-dessus du sol pour maintenir la stabilité du pergélisol. L’eau de mer est utilisée pour le forage dans le pergélisol afin d’éviter le gel de l’équipement de forage, qui requiert des bassins de saumurage chauffant en surface et des gradins d’eau souterrains. Parce que certains résidus salés se répandent sur les minéraux métallifères et aboutissent dans le circuit de broyage, les programmes d’entretien ont été adaptés pour combattre la corrosion. « Nous investissons continuellement dans la modernisation et la remise à neuf de notre broyeur », confirme Straub.

Entretien chorégraphié

Deux arrêts pour entretien sont prévus chaque année, soit en mars et en septembre, généralement pour une période de cinq à dix jours. Le circuit des broyeurs, le plus gros consommateur d’énergie, est arrêté pendant la procédure d’entretien préventif pour remplacer les pièces usées ou défectueuses.

Une planification préalable des arrêts d’entretien est primordiale, ajoute Straub. « Nous devons régulièrement faire appel à des personnes spécialisées et à leurs outils, ainsi que nous procurer les pièces et les équipements requis. »

En plus des mines et des complexes de broyage, des équipes doivent inspecter et entretenir la piste d’atterrissage gravelée de 6 500 pieds, les installations portuaires, les routes, les ponceaux et les ponts.

« Nous devons aussi entretenir la centrale électrique », affirme Straub. « Nous pouvons mettre un générateur hors service lorsque nous avons une capacité de production suffisante. »

Les trois équipes d’entretien de Raglan (broyeurs, électricité et garage) travaillent en étroite collaboration avec une équipe de gestion des stocks afin de déterminer les besoins et établir des échéanciers.

En 2012, une cellule de planification logistique a été établie, composée de trois planificateurs logisticiens et d’un technicien aéronautique. La cellule se rapporte à un coordonnateur logistique principal, sous la direction de Gorodko. Michael J. Welch, vice-président de la mine Raglan, confirme que la cellule de planification logistique a été établie en réponse à la complexité croissante du projet, y compris l’augmentation récente des vols vers les centres du sud. « Nous transportons davantage de matériel et davantage de personnes et nous ressentons la nécessité d’un processus de planification plus robuste. »

« Nous nous alignons aussi avec les projets d’investissements et la continuité des activités afin de déterminer leurs exigences à l’avance, particulièrement les éléments nécessitant un long délai, confirme Gorodko Il existe toujours un équilibre qui doit être atteint entre la disponibilité du matériel et le contrôle des coûts. »

Les différentes équipes à Raglan travaillent aussi étroitement avec le service d’approvisionnement situé dans le sud du Québec, qui assure la liaison avec les entrepreneurs et fournisseurs et qui gère les achats, le transport routier, la consolidation et l’entreposage de matériel, en préparation du transport aérien et maritime.

Le processus a été conçu comme une toile d’araignée, avec la cellule de planification logistique au centre, confirme Welch : « La responsabilité de la cellule est de rassembler toutes les informations provenant des différents services pour prévoir des activités et maximiser l’efficacité. »

La cellule a contribué à l’amélioration des gains d’efficience, précise Welch. Il. ajoute que Raglan est l’un des rares projets à grande échelle au Québec qui opère sans subventions gouvernementales et sans les services de soutien des infrastructures. « Nous sommes entièrement indépendants et nous assumons tous les risques. Tout doit être bien géré, ou tout s’écroule », souligne-t-il.

La planification logistique comporte également un effort de pronostiquer l’avenir pour déterminer ce que les projets futurs nécessiteront. Les équipes préparent déjà un projet pilote d’énergie éolienne visant principalement à réduire la dépendance au diesel, par exemple.

« Nos plus gros centres de coûts sont l’électricité et la main-d’œuvre, confirme Welch. « La main-d’œuvre ne disparaîtra pas, donc nous devons être efficaces et productifs. Mais nous passons en revue les autres sources d’énergie, particulièrement l’énergie verte, et nous avons découvert que nous avons le meilleur site en Amérique du Nord pour développer l’énergie éolienne »,

L’objectif de l’entreprise est de réduire nos coûts énergétiques (dont la moyenne actuelle est de 32 cents par kilowatt heure), ce qui est cinq fois plus élevé que les exploitations desservies par le réseau de distribution d’électricité du Québec. Si le projet pilote d’énergie éolienne réussit, Welch s’attend à une réduction des coûts énergétiques grâce à un système hybride où l’énergie éolienne et l’entreposage sont soutenus par une combinaison de diesel et potentiellement de gaz naturel liquéfié.

En plus des activités minières et des activités de broyage, Raglan développe une série de gisements répartis sur une longueur d’exposition de 33 kilomètres, à l’intérieur d’un ensemble de terres géologiquement favorables couvrant environ 70 kilomètres d’est en ouest. Straub affirme que la société réalise chaque année des travaux de développement de mine souterraine sur une distance de 12 à 13 kilomètres, ce qui n’est pas un mince exploit, puisqu’il faut prolonger les voies de roulage afin de pouvoir amener le personnel et le matériel pour développer chaque nouvelle veine des gisements

« Nous avons plusieurs gisements comme Sudbury, sauf que leurs gisements sont plus grands et que les nôtres sont plus petits et plus dispersés, dit Straub. La meilleure analogie est de tenter d’exploiter une mine de patates dans un champs de patates. »

Échéanciers serrés et pensée latérale

Vous ne pouvez pas complètement neutraliser l’Arctique, même avec la meilleur planification possible.

En avril 2013, les mauvaises conditions météorologiques ont provoqué des délais dans le transport aérien pendant une période d’interdiction de navigation. « Nous avons prévu une journée de trois vols pour combler le retard, ce qui a nécessité une vraie planification détaillée en collaboration avec les aéroports et les équipes aéronautiques, confirme Gorodko. Pour la première fois le 30 avril, ce projet a pu être mené à bien, ce qui nous a permis de combler les retards. »

Gorodko affirme que la mine Raglan a surmonté de nombreux problèmes au fil des ans avec de bons résultats grâce à un effort d’innovation et d’adaptation, mais de nouveaux problèmes surviennent tous les mois. « Je suis dans cette position depuis deux ans et il y a toujours de nouveaux défis », conclut-il.

Traduit par SDL

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