septembre 2013

La mine Giant en grand chantier

Les autorités fédérales pressées de trouver une solution permanente pour l’assainissement de la mine Giant

Par Andrew Livingstone

Depuis des années, plusieurs remettent en question la capacité du gouvernement fédéral à remédier à l’ancienne mine prospère Giant à Yellowknife, T.N.O., aujourd’hui site hautement contaminé à l’arsenic. Située sur les rivages rocheux de Great Slave Lake, la mine contient 237 000 tonnes de trioxyde d’arsenic soluble dans l’eau et 13,5 millions de tonnes de résidus contaminés, répartis sur 95 hectares, soit l’équivalent d’environ 175 terrains de football.

Depuis que le ministère Affaires autochtones et Développement du Nord Canada (AADNC) a pris en main la réhabilitation du site en 1999 après que Royal Oak Mines Inc., propriétaire à l’époque, ait fait faillite, un nettoyage complet a été envisagé et fait l’objet de débats incessants.

En juin, l’Office d’examen des répercussions environnementales de la vallée du Mackenzie a décidé d’approuver l’évaluation environnementale pour le plan du gouvernement fédéral visant à geler à perpétuité les dépôts de trioxyde de diarsenic dans quinze salles souterraines et à les isoler de l’environnement adjacent. Cette méthode, selon le gouvernement, « présente le moins de risques, notamment pour la santé et la sécurité des travailleurs et le risque de déversement de l’arsenic à long terme. »

En tenant compte des 27 recommandations de l’Office, toutefois, l’AADNC aura à composer avec les tristes réalités de la mine Giant sur lesquelles on a fermé les yeux avec la méthode de confinement. Une de ces réalités relevées par l’Office a trait aux préoccupations du public à propos du calendrier indéterminé du projet : « Si on donne au projet beaucoup trop de temps, il est susceptible d’avoir des répercussions négatives. »

« Approuver le projet à perpétuité augmenterait la possibilité qu’un désastre écologique survienne en raison d’événements inhabituels comme une inondation ou un tremblement de terre », selon Alan Ehrlich, directeur des évaluations environnementales de l’Office et directeur du dossier de la mine Giant. L’Office recommandait la réduction du délai du projet à 100 ans. « Cela créerait un niveau de risque acceptable et diminuerait la probabilité que de tels événements surviennent », de rajouter monsieur Ehrlich.

Avant d’opter pour la méthode de confinement, qui coûterait 1,9 million de dollars par année à perpétuité, le gouvernement a examiné 56 solutions de gestion, dont 12 propositions soumises à une analyse approfondie. Cependant, selon Alan Ehrlich, l’évaluation environnementale avait une portée limitée, ce qui a laissé à l’Office une seule option à évaluer, sans prévoir de plans pour explorer de futures innovations technologiques.

Il s’agit là d’un point essentiel, selon lui. Au cours des 100 dernières années, la technologie a fait des progrès inimaginables. « Il y a cent ans, il n’y avait ni télévision, ni pain tranché, ni stylo à bille et on mettait de l’arsenic dans les aliments pour les conserver », fait-il remarquer. Pour cette raison, l’Office propose que le projet soit soumis à une réévaluation aux vingt ans afin de déterminer son efficacité et voir s’il existe de nouvelles technologies pouvant traiter les dépôts toxiques de la mine.

« Le financement est un autre élément clé qui a influencé la recommandation voulant instaurer un échéancier de cent ans », rajoute-t-il. « Beaucoup de personnes dans le public sont inquiètes du fait que la priorité du gouvernement en matière de financement pourrait évoluer au cours du siècle », explique-t-il. « Le public se souciait de la durée du projet, et l’Office a conclu que cette période suffisait à atteindre les objectifs du projet pour que la mise en œuvre initiale en vaille la peine. »

Bien que le gouvernement dit qu’il est trop tôt pour déterminer de quelle façon les coûts de 400 millions de dollars du projets peuvent être influencés aux termes du rapport de l’Office, les autorités réexamineront les recommandations. Dans un courriel, le représentant de l’AADNC a indiqué que le gouvernement avait quatre options : adopter les recommandations du comité de révision; renvoyer les recommandations au comité de révision pour une analyse plus poussée; consulter le comité de révision pour adopter les recommandations avec modifications; ou consulter le comité de révision et soumettre le projet proposé à un examen d’impact environnemental par un conseil d’expert.

Donc, si l’objectif est de trouver une solution permanente, existe-t-il des développements prometteurs? Les nouvelles technologies n’ont pas encore passé l’épreuve décisive, et le gouvernement avait cherché d’autres options potentiellement viables il y a de cela environ une décennie.

Pour sa part, une société canadienne croit qu’elle possède la réponse au problème. BacTech, une entreprise de Toronto, s’est intéressée au projet d’assainissement en 2012. Sa technologie de biolixiviation utilise des bactéries d’origine naturelle pour stabiliser les composés métalliques toxiques afin d’empêcher une lixivation nuisible des matériaux dans l’environnement. Sans avoir de projet terminé à son bilan, BacTech a récemment assuré le financement pour mener à bien un certain nombre d’études sur un possible projet d’assainissement de l’arsénopyrite (le même composé que l’on trouve dans les bassins de résidus de Giant) à la mine abandonnée Snow Lake, au Manitoba. La société espère mettre le projet Snow Lake en œuvre sans alourdir le fardeau des contribuables en récupérant l’or des piles de minerais en guise de revenu.

« L’Office souhaite que le gouvernement s’intéresse à ce genre d’innovations technologiques au cours des cent prochaines années », conclut monsieur Ehrlich.

Traduit par SDL

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