Oct 13

Profil de projet : Une longueur d'avance

La mine de Sabodala de Teranga Gold veut tirer profit du développement

Par Chris Windeyer

Dans le contexte actuel des marchés imprévisibles et comme beaucoup d’autres, Teranga Gold de Toronto veille sur ses coûts de production. L’entreprise exploite la mine d’or Sabodala dans le sud-est du Sénégal près de la frontière du Mali, 650 kilomètres à l’est de la capitale Dakar. Grâce à un plan d’affaires souple et au jeu du hasard, Teranga se positionne pour des années de production à faible coût.

Tôt en 2013, l’entreprise a réduit ses dépenses d’exploration et discrétionnaires de 35 millions de dollars par année en 2011 et 2012 à 8 millions de dollars cette année. « Nous avons réduit considérablement nos dépenses en exploration », affirme Richard Young, président-directeur général de Teranga.

Combiné avec l’achèvement d’un agrandissement majeur d’une usine de traitement en 2012, ceci permet à Teranga de poursuivre ses activités à plein régime, et ainsi de générer de la liquidité grâce à une augmentation de la productivité. L’entreprise a produit près de 50 000 onces d’or au cours du deuxième trimestre de 2013 soit une augmentation importante de neuf pour cent comparée à la même période l’an dernier. Teranga devrait atteindre son objectif de production annuel situé entre 190 000 et 210 000 onces à un coût de 650 à 700 dollars l’once. Malgré la baisse récente du prix de l’or, Teranga a réalisé des profits de 52 millions de dollars durant le premier semestre de 2013, ce qui est quatre fois plus que les profits réalisés au cours de la même période l’an passé.

Connaissance approfondie de la géologie

Les exploitations de Teranga à Sabodala renferment 2,9 millions d’onces de ressources mesurées et indiquées et 1,6 million d’onces de réserves prouvées et probables.

Martin Lanctot, directeur de la mine Sabodala, explique que les gisements sont principalement composés de basalte et de roches sédimentaires. « Il y a trois structures aurifères qui renferment la majeure partie de l’inventaire minéral, l’une est Main Flat, l’autre est Northwest Shear et la dernière est Ayoub’s Thrust », dit-il. « Pour terminer, il y a également certains substrats rocheux. De part la disposition géologique à cet endroit, au sommet du gisement, particulièrement quand vous exploitez par fosses emboitées, vous pouvez toujours compter sur la bonne vieille North Shear qui engrange des onces au fur et à mesure que vous creusez. Ensuite vous entrez dans la partie la plus riche du gisement, soit le Main Flat. »

L’exploitation est tirée directement du « manuel d’exploitation minière 101 », affirme Lanctot, et le minerai « qui arrive à l’usine de traitement est très propre. » Au total, 5,9 millions de tonnes de minerai ont été minées en 2012 avec un grade moyen de 1,98 grammes d’or par tonne, composé presque exclusivement d’or disséminé.

Il était important pour Teranga d’apprendre à établir un calendrier de production en fonction de la saison des pluies du Sénégal qui dure de juin à septembre. À la fin août, lorsque j’ai parlé avec Lanctot et Mark English, vice-président de la mine Sabodala, 86 millimètres de pluie venaient tout juste de tomber sur la mine durant une tempête de six heures. « Habituellement nous procédons à la majeure partie de notre extraction pendant la saison humide et nous construisons nos puits pendant la saison sèche », dit Lanctot. « Jusqu’à présent, nous avons connu beaucoup de succès. »

Seul mais riche

Le broyeur de Sabodala est le seul qui existe au Sénégal. Construit en 2008 près du site de l’ancien propriétaire, la MDL d’Australie, l’usine de traitement utilise un système de broyage à mâchoires principal et un système secondaire à cônes qui alimente un broyeur SAG et une paire de broyeurs à boulets, suivi d’un concasseur de pierres de retour. L’extraction de l’or se fait par lixiviation au carbone.

La conception de l’usine de traitement est simple, dit English, rendu nécessaire par une pression énorme qu’exerçait le gouvernement sénégalais sur MDL à faire fonctionner la mine. « Ils n’acceptaient pas que quelqu’un puisse s’asseoir sur la propriété et spéculer. Un réel effort a été déployé pour établir un producteur. Pour cette raison [MDL] a opté pour une conception très simple pour l’usine de traitement », dit English, ajoutant que MDL s’est assurée que cette conception pourrait facilement prendre de l’expansion.

C’est exactement ce que Teranga a fait, avec un agrandissement de 73 millions de dollars terminé en 2012, qui permet de doubler la capacité de l’usine de traitement de deux millions de tonnes nominales par année à presque quatre millions. Maintenant que ce grand projet de dépenses de capital est terminé, Teranga profite d’une disponibilité de flux de trésorerie, dit Young : « Nous avons pu adapter la taille de notre mine avec celle de notre broyeur et permettre des économies d’échelle. Il faut assurer une surveillance et avoir une certaine quantité d’infrastructures, que vous produisiez 100 000 ou 200 000 onces. »

« C’est un gros broyeur. Il n’a pas été construit par un petit promoteur avec très peu de moyens. Heureusement, le broyeur est situé au centre de cette ceinture de [roches vertes]. »

À mesure que Teranga exploite les réserves des deux premières phases du puits principal de Sabodala, il sera particulièrement important d’augmenter la capacité du broyeur. Actuellement, l’entreprise procède à l’extraction de roches stériles dans la phase 3 du puits à quatre phases, un processus qui se poursuivra jusqu’à la fin de 2014, dit Lanctot. À ce moment-là, des objectifs seront établis pour les gisements satellites adjacents à Gora et à Niakafiri.

De plus, Teranga achève la prise de contrôle de Oromin Explorations Ltd, basé à Vancouver. Oromin possède le projet OJVG, constitué de deux gisements, Golouma et Masato, situés respectivement au sud et à l’est du site de Sabodala. Les deux gisements contiennent des ressources présumées et indiquées de 4,5 millions d’onces. « Nous allons intégrer ces gisements dans notre plan de mine, ce qui pourrait entraîner un ré-alignement du développement des puits », affirme Young. « Nous allons nous concentrer sur le mélange des matières à haute teneur et du sol meuble pour maintenir un solide profil de production. »

Infrastructures en place

Sabodala est située sur la partie nord-ouest d’une ceinture massive de roches vertes, qui parcours le Mali, la Guinée, le Burkina Faso et le Ghana. Sabodala bénéficie également d’un lien direct avec la capitale sénégalaise et le port principal de Dakar par la route Transafricaine entièrement pavée, qui s’étend de Dakar à Ndjamena au Tchad. Cette route se trouve à 100 kilomètres du site de Sabodala et des routes pavées locales se trouvent à moins de 60 kilomètres, affirme Young, en ajoutant que « le système de transport est excellent. »

La mine a aussi accès à l’eau douce grâce à deux barrages de rétention conçus pour contenir conjointement 11 millions de mètres cubes d’eau, ce qui est plus qu’il n’en faut pour faire fonctionner Sabodala. Teranga a aussi obtenu les droits d’accès à l’eau de la rivière avoisinante Faleme en cas de pénuries éventuelles.

L’unique retard en matière d’infrastructures concerne l’électricité. Sabodala n’est pas reliée au réseau électrique et doit produire sa propre électricité avec une centrale au mazout lourd de 36 mégawatts, dont la capacité initiale de 30 mégawatts a été augmentée lors de l’expansion du broyeur. Une moyenne de 25 cents par kilowatt-heure représente un coût important « comparé à six cents au Québec », observe Young. « De ce point de vue, ceci nous place dans une position désavantageuse, mais nos infrastructures sont tout de même assez bonnes, particulièrement pour un endroit éloigné comme le Sénégal. »

Le site offre l’hébergement à 940 des 1 200 des employés de la mine. Les sénégalais constituent 90 pour cent des employés de Sabodala (l’autre 10 pour cent représente une main-d’œuvre expatriée composée de 22 nationalités). Young affirme que l’entreprise a comme objectif d’embaucher localement dans la mesure du possible. Les ouvriers moins spécialisés provenant des collectivités environnantes sont transportés par autobus.

English dit que l’entreprise fait venir par bateau l’expertise hautement qualifiée depuis Dakar, tout en essayant de mettre sur pied dans l’est du pays un corps local de travailleurs spécialisés. La mine embauche 76 femmes sur le site, dont 13 conduisent de l’équipement lourd à Sabodala, « ce qui n’est pas considéré normal dans cette société et nous en sommes très fiers », ajoute-t-il.

Selon Lanctot, les premières difficultés importantes étaient de trouver des conducteurs de matériel lourd. Quand le projet de construction a débuté en 2007, des camions à benne de 100 tonnes n’étaient pas chose commune dans l’ouest du Sénégal. « Pour plusieurs conducteurs, la plus grosse pièce d’équipement jamais vue était un vélo », se rappelle-t-il. « Nous devions les former et les encadrer, mais surtout nous assurer qu’ils sont des conducteurs sécuritaires. »

L’équipement lourd est fourni par Bia Overseas, qui est un des sous-traitants importants de Teranga et un pilier principal sur les sites miniers africains (voir les détails du projet). Il y a 109 personnes à l’emploi de Bia sur le site : huit expatriés et 101 sénégalais. « [La mine d’or Sabodala] n’a qu’à conduire le matériel », précise le porte-parole de Bia Overseas, Cedric Leturcq. « Nous nous occupons du reste : vérifications quotidiennes, entretien préventif, analyse d’usure, réparations et remises en état. »

Création d’une industrie nationale

Depuis les dix dernières années, le Sénégal a mis en œuvre une politique active pour attirer des investissements étrangers dans l’industrie minière et est généralement considéré comme l’une des démocraties les plus ouvertes et les plus stables de l’Afrique. Comme si ce n’était pas suffisant, le président actuel Macky Sall est un ingénieur géologue de profession.

Le code minier du Sénégal favorable à l’industrie offre des congés d’impôt et des taux de redevances plus faibles. Ces incitatifs ont permis à Teranga de traverser des périodes de baisse de prix de l’or et d’augmentation des dépenses de capital d’immobilisations et ont permis à Teranga d’acquérir des gisements satellites.

Par contre, Young affirme qu’il est temps pour Sabodala de contribuer davantage aux coffres du Sénégal : l’entreprise a volontairement augmenté le taux de redevances de trois pour cent à cinq pour cent et ne cherchera pas à prolonger le congé d’impôt présentement en vigueur se terminant en mai 2015. Teranga tente de faciliter le développement économique dans l’est de la région de Kedougou où elle exerce ses activités, en construisant des routes d’accès et des installations d’approvisionnement en eau que les collectivités environnantes peuvent utiliser.

« Vous devez aller là où se trouve la géologie, mais il serait souhaitable de considérer les juridictions qui ont des antécédents et une réputation de démocratie et de stabilité, ouvertes à l’industrie minière et sécuritaires avec une main-d’œuvre qualifiée », dit Young. « Même si le Sénégal n’a pas nécessairement de main-d’œuvre qualifiée, il possède tout le reste. »

Traduit par SDL

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