Oct 13

Sur les traces de l'empereur

Les trois régions prometteuses du Sénégal

Par Pierrick Blin and Antoine Dion-Ortega

Au XIIIe siècle, l’empereur du Mali, Mansa Musa, dont l’empire s’étendait sur dix pays modernes, dont le Sénégal, a rapporté tellement d’or de son territoire lors de son pélerinage à la Mecque que le prix du métal précieux s’est effondré pendant de nombreuses années. Bien que le phosphate soit l’actif principal du Sénégal depuis le milieu du XXe siècle, l’or pourrait effectuer un retour grâce aux nouvelles découvertes à venir et aux nombreuses compagnies minières attirées par la stabilité politique du pays.

Le Sénégal est divisé en trois régions géologiques, qui abritent toutes d’importants gisements de minéraux. La côte située entre la capitale Dakar et Saint-Louis, près de la frontière avec la Mauritanie, est constituée de sables noirs riches en zircon et en ilménite, un minerai d’oxyde de titane-fer. Ces sables, apportés par la mer, pourraient être un produit du schiste cristallin trouvé dans la structure du sable de la côte ouest africaine. Le zircon, historiquement utilisé par les joailliers, est depuis récemment utilisé dans la gestion des déchets radioactifs. La demande en titane, un sous-produit de l’ilménite, a augmenté au cours des dernières années principalement en raison de son utilisation dans le matériel biomédical et l’industrie aéronautique.

Ces marchés croissants ont favorisé le lancement du projet de Grande Côte Operation SA (mise en service prévue au premier trimestre de 2014), qui sera la troisième plus grande mine de zircon au monde. Tizir, une coentreprise entre Eramet de France et Mineral Deposits Limited d’Australie, détient 90 pour cent du projet et l’État détient les parts restantes. Ce projet d’un demi-milliard de dollars pourrait produire 85 kilotonnes par année (ktpa) de zircon et 575 ktpa d’ilménite sur une période de 20 ans.

Le grand bassin sédimentaire du Sénégal, qui recouvre les trois quarts du pays, se trouve sous ces dunes à quelques kilomètres des côtes. À l’est, le bassin touche la base précambrienne des Mauritanides et à l’ouest, la profondeur du bassin atteint de six à huit kilomètres près de la côte. Dans cette savane, le phosphate est roi depuis plus d’un demi-siècle. L’exploitation des gisements de phosphates, formés pendant l’Éocène moyen et inférieur, a commencé dans les années 1940 avec l’ouverture des mines Taiba et Lam-Lam dans la région de Thiès. Ces gisements ont contribué au succès de l’économie sénégalaise pendant plusieurs décennies et ont permis la construction de la plupart des infrastructures du pays, y compris le chemin de fer, nécessaire pour le transport du fertilisant jusqu’au port de Dakar, situé à 70 kilomètres des mines.

Aujourd’hui, le phosphate représente 13 pour cent des exportations du pays, avec une production totale d’environ un million de tonnes par année. En plus des domaines de Taiba, les régions du nord, dont Matam, Coki, Gossas et Niakhene, abritent d’autres gisements connus qui pourraient être de qualité supérieure, mais qui ne sont toujours pas en exploitation. Selon le Ministère de l’Énergie et des Mines, ces domaines pourraient gonfler les réserves du pays jusqu’à un milliard de tonnes et propulser le Sénégal dans le top 10 des producteurs mondiaux.

Les concessions de phosphate de la région de Thiès sont contrôlés par la société d’État Industries Chimiques du Sénégal. Le gouvernement démontre toutefois un intérêt grandissant pour l’investissement étranger privé dans le secteur minier, qui pourrait atteindre cinq milliards de dollars cette année, selon Tracy Weslosky, éditrice du site Web InvestorIntel.

Retour à l’or

Le sous-sol rocheux précambrien situé à l’est du pays a également attiré l’attention des compagnies d’exploration, particulièrement les séquences volcano-sédimentaires paléoprotérozoïques de la formation birimienne, qui pourraient contenir des gisements aurifères.

Les activités minières se sont intensifiées dans la région au cours des dix dernières années. La mine Sabodala de Teranga Gold, le premier projet aurifère à grande échelle du pays, est entrée en activité en 2009. En 2012, elle a produit plus de 210 000 onces d’or. D’autres sociétés, comme Randgold et son projet Massawa et Iamgold avec son projet Boto, espèrent reproduire le succès de Teranga.

Ces sociétés ont été attirées par la ceinture de roches vertes birimienne qui s’étend sur l’Afrique de l’Ouest. « Essentiellement, le Sénégal possède des extensions d’unités géologiques que nous avons observées au Ghana, en Guinée et au Mali, particulièrement connues pour abriter des gisements aurifères importants », explique Craig MacDougall, vice-président principal de l’exploration à Iamgold.

La ceinture de roches vertes birimienne a même été le lieu de naissance de certaines de ces sociétés. « Iamgold a vu le jour à la suite d’une découverte et du développement d’une mine au Mali et, réellement, notre intérêt au Sénégal a suivi ces environnements géologiques favorables au-delà de la frontière du Sénégal », affirme MacDougall.

La ceinture de roches vertes du Sénégal est divisée en trois des unités stratigraphiques : le Supergroupe Mako à l’ouest, le Supergroupe Dialé au centre et le Supergroupe Daléma à l’est. Le gisement de Sabodala et de nombreux projets d’exploration en cours sont situés dans le Supergroupe Mako, dans une zone de cisaillement silicifiée contenant de la minéralisation d’or et de pyrite. La structure tectonique forme une ceinture orientée vers le nord-est qui tourne vers le nord-ouest à proximité de la frontière du Mali.

« Ce corridor est l’un des plus prolifiques en ce qui a trait aux gisements aurifères », affirme Martin Lanctot, directeur de la mine de Sabodala. « Nous ne sommes pas seuls. À seulement 40 kilomètres à l’intérieur du Mali, il y a beaucoup d’autres gisements et, si vous allez vers l’est jusqu’au Burkina Faso, il y a d’autres installations de production d’or, dont certaines appartiennent à des sociétés canadiennes. Au fond, nous suivons tous la même tendance ou le même corridor de minéralisation. »

Le monde s’entend pour dire que les activités en cours dans la région n’en sont qu'aux premières étapes, car l’ensemble de la ceinture pourrait présenter un grand potentiel. « D’un point de vue macroscopique, nous n’exploitons qu’une portion d’une plus grande zone qui traverse l’Afrique de l’Ouest », affirme Lanctot.

« Je crois que l’avenir au Sénégal est très prometteur », ajoute MacDougall.

Bien que le Sénégal n’aura pas le même pouvoir de changer le prix de l’or qu’avait son ancien empereur, le secteur minier pourrait tout de même contribuer à améliorer son avenir.

Traduit par SDL

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