Oct 13

Les tuyaux s’accumulent

TransCanada amasse les tuyaux alors que le débat sur Keystone XL fait rage

Par Ian Ewing

Le controversé oléoduc Keystone XL de TransCanada continue de coûter de l’argent à la société et il ne s’agit pas uniquement de perte de revenus. Plus d’un milliard de dollars de tuyaux ont déjà été réservés, fabriqués et payés. Jusqu’au moment où ils seront installés dans le sol, TransCanada est aussi aux prises avec des coûts d’entreposage et d’entretien croissants, car des centaines de kilomètres de tuyaux dépérissent sur des lots loués à travers le continent.

L’oléoduc de 1 900 kilomètres et de 7 milliards de dollars, évoqué pour la première fois en 2008, est bloqué dans le purgatoire législatif depuis 2010. À la suite du désastre de la plateforme Deepwater Horizon et du déversement du pipeline Enbridge aux Michigan, l’Agence de protection environnementale des États-Unis a décrété qu’un projet d’étude d’impact environnementale n’était pas suffisant. En plus d’aborder ce problème ainsi que d’autres préoccupations diffusées depuis lors, TransCanada a vu plusieurs organes gouvernementaux locaux et fédéraux retarder l’approbation des permis nécessaires à mesure que les groupes environnementaux et les propriétaires de terrains le long du tracé de l’oléoduc sont devenus plus influents et que l’opinion public s’est détérioré. Le projet est présentement entre les mains du Président des États-Unis Barak Obama, qui doit décider si l’oléoduc est dans le meilleur intérêt de son pays. Il est fort possible qu’Obama ne prenne pas de décisions avant 2014.

Entre temps, TransCanada a complété le long processus de préparation du projet de l’énorme infrastructure servant à la construction. « Dans le passé, la procédure normale de révision légale pour un projet comme celui-ci prenait entre 18 et 24 mois », dit Davis Sheremata, porte-parole de TransCanada. « Par conséquent, nous devions nous engager à faire produire le matériel afin que tout soit disponible à temps. » Les articles exigeant de longs délais de livraison, comme les tubes en acier, les robinets et les stations de pompage ont été commandés il y a quelques années en fonction d’une procédure d’obtention de permis normal.

Welspun, le fabricant américain de pipelines de TransCanada a déjà produit la commande qui lui est attribuée, soit 800 milles (500 kilomètres) pour le projet de Keystone XL. « Ils peuvent installer un tuyau plus rapidement qu’ils ne le fabriquent », explique le Président de Welspun, David Delie. Environ la moitié de ces tuyaux ont été utilisés pour construire l’embranchement sud à partir de Cushing, en Oklahoma, jusqu’à Houston, au Texas. Ce projet du Golfe du Mexique a été approuvé sans aucun problème, malgré qu’il ait été conçu avec les mêmes spécifications que la ligne qui se dirige vers le nord en Alberta. Les 400 milles (250 kilomètres) restants de tuyaux en acier API de 36 pouces de diamètre de Welspun n’ont nulle part où aller. TransCanada a été contraint de parvenir à une entente avec Welspun afin qu’elle entrepose les tuyaux dans son usine de Little Rock, en Arkansas. Bien qu’aucune des deux sociétés ne souhaite dévoiler le coût de l’entente, Delie affirme que c’est une entente à long terme en admettant que 250 kilomètres de tuyaux en section de 25 mètres « prennent beaucoup d’espace », près de 30 hectares.

Le fabricant canadien Evraz fait face à la même situation. Ayant obtenu une commande qui représente presque la moitié de ce que a obtenu Welspun, Evraz entrepose un peu plus que 150 kilomètres du produit destiné à TransCanada à son usine de Régina, en Saskatchewan. Un autre 145 kilomètres (valant environ 200 millions de dollars d’après certains rapports provenant du National Journal de Washington D.C.) sont entreposés dans une aire de préparation près de Gascoyne, au North Dakota, confirme Sheremata.

À ce jour, le projet Keystone XL à coûté environ 1,9 milliards de dollars à Transcanada et plus que la moitié de ce montant a été consacré à la production des tuyaux. Si le projet Keystone XL ne reçoit pas l’approbation du gouvernement américain, TransCanada devra probablement vendre plus de 600 000 tonnes de tuyaux à un autre constructeur de pipelines ou concevoir les projets futurs avec les spécifications des tuyaux qu’elle a en inventaire. Même si les tuyaux prévus pour Keystone XL ont été fabriqués selon des normes plus strictes que les normes exigées par la majorité des clients, Delie croit que TransCanada devra les vendre à un prix réduit.

Le fait que les tuyaux sont à l’extérieur pour une longue période de temps est une autre préoccupation. Un revêtement de surface spécial appliqué à la scierie est susceptible de se détériorer sous les rayons ultraviolets. « TransCanada nous a demandé d’appliquer de la chaux afin de protéger l’extérieur du tuyau », affirme Delie. Des inspections réalisées après la construction assureront l’intégrité du tuyau et du revêtement avant la mise en service.

Une fois que Keystone est approuvé ou si le projet est approuvé, Delie estime qu’il faudra compter six mois pour transporter tous les tuyaux des aires d’entreposage aux aires de préparation où ils seront utilisés. TransCanada s’attend à ce que le projet soit terminé et en service environ deux ans après avoir reçu l’approbation du Président.

D’ici là, les sociétés trouvent d’autres moyens pour transporter le produit. En septembre, le Wall Street Journal a confirmé que les raffineurs de pétrole commencent à penser que le pipeline ne sera jamais construit et qu’ils explorent d’autres options, principalement le transport ferroviaire. Par contre, comme la tragédie du déraillement au Lac Mégantic le prouve bien, le transport du pétrole par voie ferroviaire n’est pas nécessairement une meilleure option. Pipeline ou pas, l’exploitation des sables bitumineux ne ralentit pas. « Nous sommes quand même confiants que Keystone XL sera approuvé », dit Sheremata. « Il y a un besoin dans le marché pour ce pipeline »

Traduit par SDL

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