Oct 13

Ben-My-Chree

Ben-My-Chree : la vie, l'époque et l'histoire d'amour d'un couple de montagnards

Par Correy Baldwin

L’image que la plupart d’entre nous avons de la ruée vers l’or est celle de cabanes rudimentaires et sales, probablement habitées par des hommes rudes et malpropres. Le Klondike n’évoque pas d’images de splendides maisons de campagne entourées de jardins anglais remplis de pivoines et de delphiniums. Et pourtant, c’est le spectacle qui se présentait aux invités de la maison de campagne d’Otto et de Kate Partridge, d’anciens chercheurs d’or du Klondike qui étaient en fin de compte d’excellents jardiniers, d’exceptionnels hôtes et parfaitement dévoués l’un envers l’autre.

Otto est arrivé la première fois en Amérique du nord en 1874 à l’âge de 19 ans. Avec son expérience au service de l’expédition, il s’est rendu à San Francisco à partir de l’île de Man à la demande de son frère pour travailler dans une société commerciale de goélettes. Son frère étant introuvable à son arrivée, il s’est enrôlé dans l’armée américaine où il a servi pendant trois ans avant de retourner en Angleterre pour bénéficier d’un héritage. C’est à ce moment-là qu’il a rencontré et qu’il est tombé amoureux de Kate. Le couple s’est installé à San Francisco où les nouveaux mariés, intéressés par l’horticulture, ont dirigé une ferme fruitière.

Toutefois, en 1897, lorsque la nouvelle de la ruée vers l’or du Klondike leur est parvenue, ils ont plié bagage et ont apporté leurs maigres biens vers le nord. Kate est demeurée derrière et a attendu qu’Otto lui confirme que les rumeurs de richesse instantanée étaient vraies.

L’intérêt qu’avait Otto n’était pas tant pour les gisements de placers du Yukon que pour le transport requis pour s’y rendre. Il avait entendu parler du pénible voyage pour se rendre au Yukon et savait que des bateaux de rivière seraient nécessaires. Cette occasion lui a permis de mettre à contribution son expérience au service de l’expédition. Après avoir caché 20 000 dollars dans une balle de filasse, une fibre utilisée dans la construction navale, il s’est embarqué sur un navire vers Skagway en Alaska, a traversé le col de Chilkoot et a poursuivi son chemin vers Bennet Lake où a débuté le périple sur les lacs et sur les rivières vers Dawson City.

À Bennet, il a supervisé la construction des trois premiers bateaux à vapeur à roues de la ruée vers l’or : l’Ora, le Flora et le Nora. Lancés durant l’été de 1898, ces bateaux sont devenus immédiatement indispensables et, pour une période de cinq ans, se sont avérés les plus rapides et les plus fiables bateaux à vapeur à roues pour le transport de voyageurs et de fournitures en direction du Klondike.

Kate est allée rejoindre Otto plus tard cet été là, étant une des rares femmes à traverser le col de Chilkoot. Le couple a exploité une scierie sur Bennet Lake et a fourni des traverses pour la construction du chemin de fer en direction du Yukon. Otto a construit pour son couple un bateau-maison qu’il a nommé, en l’honneur de Kate, Ben-My-Chree, qui signifie « fille de mon cœur » en gaélique mannois. Ils ont vécus sur le bateau-maison plus de dix ans pendant que Kate entretenait des jardins sur les rives du lac. Ensemble ils ont eu une vie à la fois rustique et élégante, remplie de rencontres pour prendre le thé et de voyages de chasse dans la brousse.

Une fois la construction du chemin de fer terminée, ils ont fermé leur scierie. En 1911, Otto a rencontré un prospecteur de la région, Stanley McLellan, qui avait trouvé de l’or au plus haut point du Lac Tagish. Otto a contribué à financer une mine fournissant du matériel en contrepartie d’une part dans l’exploitation de la mine.

Les Partridge ont déplacé leur bateau-maison près du site pour participer à la mise en place de la mine de McLellan. Le minerai était de bonne qualité, mais l’entreprise qui employait 60 travailleurs n’a pu durer plus d’une saison. En octobre de la même année, une avalanche et un éboulement ont dévasté le site enterrant les chantiers miniers et tuant plusieurs personnes, dont McLellan et son épouse Anne.

Cette tragédie a durement frappé les Partridge. Ils n’ont jamais tenté de réouvrir la mine, mais n’ont jamais pu quitter la région. À l’extrémité sud du lac, non loin du site, ils ont construit une demeure qu’Otto a surnommé de nouveau Ben-My-Chree.

Dans cette vallée, parmi les majestueux pics montagneux, les ruisseaux et lacs alimentés par les glaciers, les Partridge sont revenus à leur premier amour : le jardinage. Ensemble, ils ont transformé près d’un hectare de terrain en jardins comptant 40 variétés de fleurs. Malgré un environnement dure et une saison de croissance courte, le jardin a fleuri sous leurs soins.

À partir de 1916, les touristes commençaient à visiter le site de plus en plus impressionnant de Ben-My-Chree, qui était devenu un arrêt essentiel de la tournée nordique. Les Partridge ont été les hôtes du président Théodore Roosevelt ainsi que d’une foule d’étoiles du cinéma muet et d’autres célébrités.

Les jardins à eux seuls rendaient la visite intéressante, mais la généreuse hospitalité des Partridge devenait de plus en plus célèbre. Otto était un conteur exceptionnel et Kate divertissait les visiteurs avec son harmonium, l’orgue portatif qu’elle a transporté sur son dos pour traverser le col Chilkoot. Ils étaient aussi généreux avec leur vin de rhubarbe maison. Durant les hivers tranquilles, ils sortaient avec leur traineaux à chien pour se divertir jusqu’à l’été suivant.

C’était leur vie pendant près de 20 ans. Les deux sont décédés en 1930, Otto à l’âge de 73 ans et, cinq mois plus tard, Kate à l’âge de 77 ans. Les visites guidées de leur célèbre demeure ont continué jusqu’en 1956. Les jardins de Ben-My-Chree sont aujourd’hui sauvages.

Traduit par SDL

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