Oct 13

Sécurité

Le problème du dur à cuire

Par Dean Laplonge

Une équipe d’hommes me montre un boyau de grande capacité qu’ils utilisent pour laver la machinerie et nettoyer l’installation. Il est long. Il est lourd. Ils insistent pour dire que le poids de ce boyau empêche les femmes de faire leur travail. Ils passent le boyau d’un homme à l’autre, tous aussi motivés les uns que les autres de montrer leur force. Ils m’ont demandé si je voulais le tenir. J’ai refusé.

Sauf pour les interprétations freudiennes, nous pouvons voir comment ces hommes affirment leur masculinité en utilisant cette pièce de machinerie. Dans ce processus, ils se mettent aussi en position de danger. Tous les hommes m’ont confirmé qu’ils ont subi des blessures aux épaules en manipulant ce boyau pour de longues périodes de temps. Vraisemblablement, une femme qui manipulerait ce boyau pourrait aussi se blesser, dans l’éventualité où une femme accepterait d’exécuter ce tour de force masculin pour faire partie de cette équipe d’hommes.

Je leur ai demandé pourquoi ils n’entrent pas en contact avec le service de sécurité pour savoir s’il ne serait pas possible de concevoir quelque chose de plus léger et moins susceptible de causer des blessures. Ils me regardent comme si j’étais un traître, comme celui qui veut leur enlever la chose avec laquelle ils prouvent leur masculinité et la chose qui prouve leur supériorité sur la femme.

Plusieurs études font l’analyse de la relation entre les genres et la sécurité dans un éventail de disciplines et ces études évaluent les prises de risques dans des contextes nombreux et divers. Les études démontrent clairement le lien entre les genres et la sécurité, quoique ces sujets sont passés sous silence dans l’industrie des ressources.

Nous pouvons facilement prétendre que l’homme est plus sujet à la prise de risques que les femmes. En effet, plusieurs études soutiennent que les hommes sont plus sujet à prendre des risques; en fait, ils prennent plus de risques que les femmes. Cela ne signifie pas que les hommes sont naturellement imprudents. Les hommes apprennent en bas âge qu’ils doivent plutôt être durs. Plus tard, ils adoptent un comportement qui prône la prise de risques prouvant ainsi qu’ils sont forts, capables et qu’ils maîtrisent la situation. Lorsque les hommes prennent des risques avec leur corps et qu’ils s’en sortent sans blessures, la récompense tient dans l’approbation.

La vraie masculinité n’existe pas, il ne s’agit que de performances et de constructions des genres. Voilà pourquoi nous devons éviter les stéréotypes lorsque nous réfléchissons sur les genres et sur la sécurité. Les femmes ne sont pas moins enclines à prendre des risques parce qu’elles sont plus douces et plus protectrices. L’identité de leur genre n’exige pas autant de démonstration de robustesse. Lorsque les femmes travaillent et vivent dans un milieu hautement masculinisé, elles peuvent aussi adopter un comportement de prise de risques parce qu’elles réalisent que les manifestations de force gagnantes apportent des récompenses.

Lorsque nous évaluons les possibles impacts du genre sur la sécurité dans les lieux de travail, nous ne devons pas uniquement viser les hommes. Il convient de se demander : Comment nos entreprises et nos lieux de travail encouragent les hommes et les femmes à se livrer à des pratiques qui augmentent leur volonté à prendre des risques? Dans les lieux de travail masculins, les pratiques de masculinité qui favorisent la prise de risques comme une façon d’exprimer la force doivent aussi être évaluées.

C’est un travail extrêmement nouveau et stimulant pour l’industrie des ressources. En tant que tel, la réponse habituelle est de l’ignorer. Les professionnels de la sécurité qui travaillent dans le domaine de l’exploitation minière ne sont pas tenus de connaître les impacts des genres sur la sécurité. Nous ne répondons pas aux vrais impacts de la culture des genres au niveau de la sécurité et du bien-être des travailleurs, ce qui met la vie des gens en danger.

Pour ceux qui désirent sérieusement explorer les relations entre les genres et la sécurité, ils doivent d’abord s’assurer d’informer les professionnels de la sécurité sur les genres. La formation doit débuter en présentant les genres comme un concept large, pour finalement faire le lien entre les genres et la sécurité tel que décrit dans les ouvrages existants. Les professionnels de la sécurité doivent apprendre à appliquer ces connaissances sur la relation des genres avec la sécurité dans les lieux de travail.

Les systèmes de gestion de la sécurité et les politiques et procédures relatives à la sécurité doivent être révisés afin de déterminer comment ceux-ci ont pu être influencés par des hypothèses sur les genres et ainsi encourager davantage les pratiques de prise de risques. Nous référons à ce processus en tant qu’intégration des genres, un processus de révision qui nous aide à reconnaître les impacts des genres sur ce que nous avons supposé être des systèmes sans impacts des genres.

Les pratiques de communication sur la sécurité et les campagnes d’information doivent être évaluées puisqu’il est reconnu que les genres ont une incidence sur le langage et la communication.

Une fois que les bases de sensibilisation et de révision ont été établies avec le service de sécurité, nous pourrons accomplir un travail plus précis avec les employés afin de stimuler des discussions dans le milieu de travail en général et améliorer la compréhension sur les impacts des genres sur notre façon de travailler. Le succès dans le milieu de travail dépend d’un matériel pédagogique de qualité relatif aux genres accessibles aux professionnels de la sécurité et au personnel supérieur. Comme les employés doivent participer, ce travail est souvent délicat et difficile, particulièrement pour les employés qui ont l’habitude de travailler dans une industrie masculinisée, complètement hors de leur zone de confort.


Dean Laplonge, Ph. D., est un chercheur et consultant reconnu du domaine des spécificités des sexes, de la sécurité et des communications. Il dirige Factive (www.factive.ca), une société-conseil en recherche culturelle œuvrant auprès des entreprises de l’industrie des ressources au Canada et en Australie afin de résoudre les problèmes culturels du secteur. Son livre intitulé So, you think you’re tough: getting serious about gender in mining devrait être publié plus tard cette année.

Traduit par SDL

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