Oct 13

Commentaire économique MAC

Le Programme des travailleurs étangers temporaires a été créé pour une bonne raison

Par Pierre Gratton

Le Canada est sur le point de connaître une grave pénurie de main-d’œuvre qualifiée et l’industrie minière ne sera pas épargnée. Pour répondre à cette situation, un éventail d’outils de politique publique est indispensable pour surmonter les différentes difficultés causées par le manque de personnel. Le Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) du fédéral, qui a récemment fait l’objet d’une controverse, d’une révision et d’une réforme, est l’un des nombreux outils conçus pour y faire face.

Le Coare further removednseil des ressources humaines de l’industrie minière (RHiM) estime que plus de 250 000 personnes travaillaient directement pour l’industrie minière canadienne en 2012, et que 145 000 autres personnes devront s’ajouter à ce bassin de travailleurs au cours des dix prochaines années. Ceci représente une augmentation de 60 pour cent par rapport à la capacité actuelle, au moment où le nombre des travailleurs qui ont droit à la retraite augmente.

Durant les dix prochaines années, le nombre attendu de talents disponibles pour les 66 métiers-clés du secteur minier sera de 63 350, soit moins de la moitié des besoins prévus. À moins de s’attaquer au problème, la productivité de l’industrie, la compétitivité, les investissements et les contributions socio-économiques seront tous menacés.

Pour trouver une solution à ce problème, le gouvernement fédéral a posé des gestes concrets. Lors du Budget de 2013, le gouvernement fédéral a annoncé un programme de subventions pour créer de l’emploi et satisfaire les besoins de formation dans les secteurs en grande demande et a affecté 241 millions de dollars sur une période de cinq ans pour soutenir les programmes de formation et préparer à l’emploi les jeunes autochtones. Pour ce qui est de l’immigration, l’introduction d’un système de manifestations d’intérêt pour les travailleurs dans les secteurs de qualification pour la catégorie fédérale et le mouvement vers le système « juste à temps » qui permet de recruter et de cibler rapidement les demandes d’emplois des travailleurs qualifiés pour répondre aux besoins du marché du travail canadien représentent un point positif.

Ces initiatives sont conçues pour favoriser la formation des canadiens afin de répondre aux besoins du marché du travail et permettre aux nouveaux immigrants possédant des compétences bien déterminées de devenir des citoyens parfaitement productifs au sein de leur nouvelle collectivité. Par contre, les différents déficits de main-d’œuvre exigent différentes approches. Dans certains cas, les sociétés minières ne peuvent pas trouver du personnel canadien possédant les compétences requises pour des emplois particuliers et, à moins que ces emplois soient comblés, les activités ne pourront pas aller de l’avant. Le PTET permet aux employeurs de recruter des travailleurs étrangers sur une base temporaire en les aidant à répondre aux besoins importants du marché du travail. Cela n’est permis que si les citoyens canadiens et les résidents permanents ne sont ni disponibles ou ni qualifiés pour combler les postes vacants.

Lorsque vient le moment d"embaucher de la main-d’œuvre qualifiée, l’industrie minière canadienne doit en premier lieu embaucher à l’échelle nationale et doit surtout privilégier l’embauche au sein des collectivités dans lesquelles les sociétés mènent leurs activités. Afin de faciliter ce processus, les sociétés ont investi et continue d’investir des sommes importantes dans l’éducation et la formation au niveau des travailleurs canadiens pour leur fournir les outils et les connaissances leur permettant d’accomplir les tâches requises.

Malgré les meilleurs efforts, les marchés du travail au niveau local, provincial et national n’ont pas toujours satisfait la demande en matière d’emploi. Dans ces cas-là et une fois qu’il a fait appel aux travailleurs canadiens pour combler les emplois, le secteur minier a eu recours aux sources internationales pour rencontrer les besoins immédiats d’emplois. Le PTET a permis au secteur minier de combler ces écarts sans mettre en péril les activités minières tout en évitant de perturber l’emploi de milliers de travailleurs canadiens de l’industrie minière.

Dans de nombreux domaines, des accusations d’abus du système ont été récemment exprimées, dont le cas particulier de HD Mining concernant son projet d’extraction de charbon de Murray River, en Colombie-Britannique. Deux syndicats ont tenté de renverser les décisions du gouvernement fédéral qui permettaient à la société d’embaucher des travailleurs étrangers. Ayant besoin de travailleurs qualifiés en techniques modernes d’exploitation par longue taille de couronne, une méthode qui n’est pas utilisée actuellement au Canada, la société a maintenu qu’elle devait recruter des travailleurs à l’extérieur du Canada. HD Mining a été disculpé de toute faute en mai 2013. Le juge Russel Zin a confirmé qu’aucun élément de preuve n’a été présenté devant la Cour permettant de mettre au jour que HD Mining avait fait de fausses représentations et a maintenu les décisions du gouvernement.

À la lumière de ce cas et des autres allégations qui ont été faites au sujet du programme, le gouvernement a lancé une révision du PTET et a procédé à plusieurs changements. Le gouvernement a annoncé des frais de traitement de 275 dollars pour la demande d’avis sur le marché du travail (AMT), chargés à l’employeur qui cherche à combler un poste avec un travailleur temporaire. Il a aussi placé des restrictions sur les langues permises sur l’affichage d’emplois, à savoir l’anglais et le français. Le gouvernement a imposé une durée minimale de trois mois sur la publication des offres d’emplois avant qu’une société puisse compléter une demande d’avis sur le marché du travail AMT et a mis en place un processus plus strict pour compléter une demande AMT.

Suite à la révision du programme, le processus accéléré d’avis sur le marché du travail a été suspendu et il n’est pas encore déterminé s’il sera rétabli. Ce programme accéléré a été conçu pour permettre aux employeurs de confiance d’utiliser un processus simplifié pour combler des besoins immédiats et temporaires, selon l’historique de leurs applications et de leurs pratiques en matière de recrutement. L’obligation d’utiliser l’AMT pour toutes les sociétés et l’établissement des nouvelles règles ne facilitent pas le repérage et le processus d’embauche pour les sociétés qui ont des besoins pressants de travailleurs À cet égard, l’AMC croit que le gouvernement devrait rétablir le processus accéléré d’avis sur le marché du travail le plus rapidement possible tout en établissant les contrôles appropriés pour décourager les abus.


Pierre Gratton est président et chef de la direction de l’Association minière du Canada.

Traduit par SDL

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