Oct 13

Innovation

Le Canada doit retrouver sa soif d’innovation

Par Vic Pakalnis

La vérité pure et simple réside dans le fait que le Canada affiche un rendement médiocre au niveau de l’innovation et n’investit pas en recherche. Nous perdons notre avantage et devenons moins concurrentiels, particulièrement dans le secteur minier. Le Forum économique mondial classe le Canada au 21 e rang en matière d’innovation et au 22e rang parmi les pays de l’Organisation de coopération et de développement économique en matière de dépenses en recherche et développement. Cette corrélation est frappante. La recherche et l’innovation minières au Canada ont besoin d’une renaissance et de leadership.

Ce sujet a occupé une place de premier plan lors de nombreux événements à forte visibilité qui ont eu lieu récemment. Lors du Congrès minier mondial qui a eu lieu à Montréal au mois d’août, des représentants du monde entier ont entendu Mark Cutifani, chef de la direction d’Anglo American et co-président du Congrès, insister sur le fait que l’industrie minière mondiale doit reconnaître qu’elle a pris un important retard dans de nombreux secteurs en matière d’innovation par rapport à d’autres secteurs. Selon les revenus générés, l’industrie minière dépense 80 pour cent de moins en technologie de recherche et développement que l’industrie pétrolière. Il a fait appel à des investissements à long terme plutôt qu’à une vision à court terme.

Puis, lors de la conférence des ministres de l’Énergie et des Mines à Yellowknife, le premier conférencier Kevin Lynch, vice-président de BMO Groupe Finance, a énoncé le problème. À l’échelle nationale, nous nous classons derrière la Slovénie et l’Islande en matière de dépenses de recherche, avec moins de un pour cent de notre produit intérieur national brut. Les statistiques sont encore pires pour notre industrie. Dans son compte-rendu « Mining capital » de 2013, la Chambre de commerce du Canada a souligné que le secteur minier dépense moins de 800 millions de dollars par année. Cela se compare au 2,7 milliards de dollars investis annuellement par l’industrie minière australienne.

Ça n’a pas toujours été de la sorte. Souvenez-vous des années 1970 et 1980 où la culture de l’innovation était une réalité incontournable. Nous étions le chef de fil mondial en matière de technologie des contrôles à distance, comme les bennes à godet téléguidées. De nouvelles méthodes d’exploitation, comme l’exploitation par charges concentrées, ont aussi émergées durant ces années. Certaines améliorations de la mécanisation ont contribué à diminuer les taux d’accidents et les coûts afférents. Nous avions des leaders de l’exploitation minière de la trempe de Mike Sopko et Walter Curlook de INCO, Bill James et Warren Holmes de Falconbridge, Henry Brehaut de Dome et Alfred Powis de Noranda. Ils avaient une vision à long terme en matière d’investissement, de recherche et d’innovation. À cette époque, il y avait un désir d’édification du pays.

Le gouvernement de l'Ontario a pris l’initiative en 2006 du dernier investissement d’importance en matière de recherche et d’innovation dans le secteur minier en égalant un montant de 5 millions de dollars investis conjointement par INCO et Xstrata. Un témoignage de vision, de courage et de collaboration fructueuse entre le gouvernement et l’industrie.

L’industrie tourne au ralenti actuellement et nous connaîtrons des périodes difficiles au cours des deux prochaines années. Il faut faire preuve de leadership afin de nous positionner pour la reprise inévitable. Nous devons recruter et développer du personnel hautement qualifié. Habituellement, durant les ralentissements, les emplois d’été pour les étudiants disparaissent et les jeunes ingénieurs en formation sont licenciés et la création d’emplois devient presque nulle. En raison de coupures budgétaires, les dépenses discrétionnaires comme la formation et la recherche sont coupées en premier. L’industrie se concentre sur le court terme, mais les investissements demeurent nécessaires pour que la réserve de projets en matière de recherche et d’innovation ne se tarisse.

La capacité de recherche de l’industrie minière est fragile. Dans d’autres secteurs comme les industries forestière et automobile, le gouvernement apporte son soutien afin qu’ils puissent traverser les périodes de ralentissement économique. Par exemple, le secteur forestier reçoit annuellement du gouvernement 5,1 millions de dollars pour la recherche. En janvier 2013, le gouvernement fédéral annonçait 250 millions de dollars pour le secteur automobile. Cette année, l’industrie minière a reçu 5,1 millions de dollars sur une période de cinq ans pour un projet relié à l’exploration. Ces chiffres ne concordent pas considérant que l’industrie minière contribue de manière importante à l’économie canadienne et à son avenir.

Voici un appel aux armes : Les leaders de l’industrie et du gouvernement doivent renouveler les investissements dans l’industrie minière. Nous devons reprendre notre position de chef de fil dans les domaines de la sécurité minière, dans les opérations de secours dans les mines, dans la ventilation de mines et dans le développement de projets miniers durables. Si l’action volontaire est peu probable, des politiques publiques devront être adoptées, comme des incitatifs financiers améliorés ou la création d’un fond pour la recherche basé sur un cent par tonne exploitée. Si ce projet vous semble trop onéreux, considérez que l’Australie alloue présentement cinq cents par tonne de charbon exploitée pour un fond de recherche. De telles initiatives assureraient un financement à long terme viable qui permettrait à l’industrie minière canadienne de reprendre sa place de chef de fil en matière d’innovation, de technologie et d’expertise minière.


Vic_PakalnisVic Pakalnis, ingénieur de profession, est le président-directeur général de MIRARCO, une organisation de recherche minière à l’Université Laurentian de Sudbury, en Ontario.

Traduit par SDL

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