Oct 13

Un oeil sur les activités

En dépréciant leurs actifs, les mineurs récoltent ce qu'ils sèment

Par Phillip Crowson

Depuis le début de 2012, les sociétés minières ont collectivement déprécié près de 73 milliards de dollars américains, dont 30 milliards de dollars sont associés aux actifs des sociétés aurifères. Le reste des dépréciations s’étend sur un éventail de différents produits miniers. Chaque cas est sans doute unique, mais il existe quelques thèmes communs qui poussent à poser des questions sur la gestion des sociétés.

Un premier coup d’œil sur les actifs autres que l’or révèle un volet important en 2013, soit la radiation complète des erreurs apparentes des prédécesseurs par les nouvelles équipes de direction. Plusieurs grandes sociétés remplacent leurs dirigeants avec le résultat que ces ménages du printemps représentent plus d’un tiers de toutes les dépréciations. Les concurrents principaux déprécient leurs actifs à un point tel qu’il devient beaucoup plus facile pour les autres de suivre leur trace sans trop susciter de commentaires hostiles. L’union fait la force.

Aussi longtemps que la haute direction demeure en place, elle a une forte tendance à vivre avec les erreurs du passé, peu importe les coûts. Cette situation s’explique par le refus de reconnaître que certaines acquisitions et certains investissements ont été mal conçus et mal mis en œuvre. Elle s’explique également par la croyance que la situation va s’améliorer dans un proche avenir et que les investissements finiront par profiter. Dans plusieurs cas, les conditions du marché favorables ont permis à la magie d’opérer et de transformer de vilains petits canards en de beaux cygnes, du moins en canards présentables. Au cours de la dernière année, les conditions de l’économie et du marché se sont avérées incertaines et les mauvais investissements révèlent de plus en plus ce qu’ils sont réellement. Le fait que les prix des produits diminuent et que les coûts augmentent a eu comme conséquence d’exacerber les faiblesses de certains projets, qui ont probablement toujours semblé marginaux.

Ceci nous mène aux dépréciations dans l’industrie aurifère, qui peuvent être attribuées à l’augmentation des coûts, au renouvèlement des permis imprévu, aux retards de construction et, plus particulièrement au prix de l’or plus bas que prévu. Le dernier élément, c’est-à-dire la faiblesse des prix, est davantage une excuse malhonnête pour les sociétés d’extraction d’or que pour les autres secteurs, sans compter les niveaux des prix atteints et les prévisions générales des banques et les prévisions encore plus élevées des analystes d’investissements. Le prix à la bourse des métaux de Londres s’est établi, en moyenne, à 1 573 dollars l’once en 2011, et à 1 669 l’once en 2012, atteignant un sommet de 1 896 dollars l’once en septembre 2011. Même en 2012, plusieurs prévisions des prix ont dépassé les 2 000 dollars l’once à court terme. Les dirigeants des sociétés d’extraction d’or peuvent faire valoir qu’ils étaient en bonne compagnie en faisant une mauvaise interprétation des conditions à venir, qu’ils avaient été mal guidés par la communauté financière, que la chute des prix était totalement inattendue et que les dépréciations d’actifs en étaient la conséquence. « Désolé, ce n’était pas ma faute ».

C’est ici que nous devons poser nos questions aux sociétés minières et à la communauté financière. Oui, les prévisions étaient trop optimistes et les sociétés ont sans doute été encouragées par les investisseurs. Dans certain cas, le prix de leurs actions aurait été entraîné à la baisse et ils auraient pu être la proie de prises de contrôle indésirables s’ils n’avaient pas augmenté la valeur comptable de leurs actifs ou cherché à prendre de l’expansion. En fait, baser nos décisions pour le long terme sur les prix des produits atteints sur une courte et récente période est le comble de l’irresponsabilité. Ce principe ne s’applique pas seulement pour l’or, mais pour d’autres produits comme le cuivre, le fer et le charbon, qui ont aussi été touchés par les dépréciations d’actifs. Dans le secteur aurifère, la moyenne mobile des dix dernières années exprimée en termes monétaires a augmenté à plus de 1 000 dollars l’once en juin de cette année, et la moyenne mobile des cinq dernières années à 1 337 dollars l’once au mois d’août. Il n’y a aucune justification économique qui permette que ces deux tendances persistent, mais elles intègrent beaucoup plus d’expérience historique que les conditions atypiques du passé récent lorsque les taux d’intérêt ont été artificiellement maintenus à la baisse.

C’est tout simplement un manque de perspective historique qui sous-tend les motifs des nombreuses dépréciations. Les conditions de marché sont en constante évolution et l’histoire ne se répète pas exactement. Il est essentiel d’examiner l’expérience et les enseignements du passé plutôt que d’analyser les tendances courantes ou les déclarations d’un éventail de plus en plus étroit d’analystes et de commentateurs. La mémoire institutionnelle de l’industrie minière s’est considérablement contractée depuis quelques années avec la réduction des coûts et les changements dans le personnel. Il y a une tendance grandissante pour l’industrie et les institutions financières de se fier à une poignée de sources pour obtenir des analyses de marché et de prévisions des prix plutôt que de se fier à leur propre expertise interne et à leur jugement. Comme toutes les monocultures, cela expose l’industrie à un large éventail de problèmes potentiels. Les dépréciations de cette année ne représentent qu’une seule manifestation.


Phillip_CrowsonPhillip Crowson est l’ancien économiste en chef de la société Rio Tinto, président de la European Copper X et de l’ Association des Mines du Royaume-Uni. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages et a publié plusieurs articles sur différents aspects de l’industrie minière.

Traduit par SDL

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