novembre 2013

Prêt à affronter la concurrence

Ontario Graphite est la première société à intervenir dans la nouvelle course visant à garantir au secteur de la fabrication la sécurité de l’approvisionnement en graphite en paillettes

Par Alexandra Lopez-Pacheco

Le graphite est considéré comme un marché peu étendu, mais il est pourtant primordial. La résistance à la chaleur de ce minerai en fait un matériau important pour les briques de magnésie-carbone qui entourent les fours dédiés à la fabrication d’acier, ainsi que pour les feuilles de métal et les joints d’étanchéité. On l’utilise aussi dans les batteries au lithium-ion (Li-ion), les lubrifiants, les cellules solaires, les piles à combustibles et bien entendu, le modeste crayon gris qui se vend à 14 milliards d’exemplaires chaque année.

Tout l’équipement essentiel d’Ontario Graphite se trouve déjà sur le site, aussi la société s’est concentrée sur la création de son équipe et elle espère commencer l’exploitation début 2014, puis accélérer les opérations pendant l’année. « Notre équipe de direction, dont je fais partie et qui est aussi constituée d’un responsable des broyeurs et d’un responsable de la mine, est en place. À nous trois, nous réunissons près de 70 années d’expérience dans l’exploitation minière », expliquait en septembre Jerry Janik, directeur général de la mine. « Nous avons environ 20 employés, une main-d’œuvre relativement qualifiée dans ce domaine et un plan de formation fiable en cours de développement pour les personnes habituées à l’industrie lourde, comme la diagraphie. Nous prévoyons d’ouvrir environ 80 emplois à temps plein. »

Ce même mois, la société a publié un nouveau rapport NI 43-101 réalisé par Golder Associates Ltd. à l’aide de données historiques sur le forage ainsi que de résultats provenant d’une dizaine de nouveaux trous de forage. Le rapport estime l’inventaire des ressources minérales de la mine à 51,5 millions de tonnes de ressources minérales indiquées à une teneur moyenne de 2,14 % de carbone-graphite (Cg), et à 46,8 millions de tonnes supplémentaires de ressources minérales présumées à une teneur moyenne de 2,0 % de Cg, ce qui vient ajouter quelque 20 années supplémentaires au 30 années d’existence de la mine. Les permis actuels d’exploitation autorisent l’extraction de 20 000 tonnes de matériaux sur une période allant jusqu’à 10 ans d’activité minière, mais la société pense pouvoir obtenir facilement des renouvellements le moment venu. La production de graphite au Canada (environ 20 000 tonnes par an actuellement) est assurée par deux mines, l’une en Colombie-Britannique et l’autre au Québec.

En 1989, la société Cal Graphite Corporation a commencé ses opérations de broyage du minerai de la mine à ciel ouvert de Kearney, et au cours des cinq années suivantes, elle a produit près de 17 000 tonnes de graphite en paillettes pour des clients canadiens et américains.

Au début des années 1990 cependant, la société a subi la pression importante d’un géant chinois, lequel semblait être persuadé que la voie de la réussite passait par la production de graphite de mauvaise qualité à bas prix. À cette époque, la Chine, qui détient la majeure partie des ressources mondiales en graphite, était le paradis des produits à bas prix ; elle a envahi le marché avec des petites paillettes de graphite, principalement de mauvaise qualité. A suivi un effondrement des prix ainsi qu’une baisse des exportations canadiennes de 10 %, ce qui a permis à la Chine de renforcer ses bases sur le marché du graphite.

Les problèmes de production et de gestion à la mine Kearney ont aggravé la pression du marché, et en 1994, l’exploitation fermait ses portes. Entre-temps, la demande mondiale en graphite a continué d’augmenter rapidement, pour passer de 600 000 tonnes en 2000 à 1,1 million de tonnes en 2011. En 2005, les prix ont commencé à augmenter, ce qui a généré un regain d’intérêt de la part des anciens producteurs. L’année suivante, la mine était rachetée par iCarbon, qui a par la suite changé son nom en Ontario Graphite Ltd. En 2009, le projet de la société de remettre la mine en service battait son plein.

Se préparer - Tirer des enseignements de nos erreurs passes

La société Ontario Graphite est détenue et financée par un consortium d’organismes de capital-investissement, et gérée par une équipe de direction chevronnée. Elle savait que pour réussir, il lui fallait identifier les erreurs qui s’étaient initialement produites dans l’ancienne exploitation. « Au début des années 1990, nous avons été victimes d’un concours de circonstances malheureuses aux macro- et micro-niveaux », expliquait Ellerton Castor, directeur financier de la société. Au macro-niveau, nous avons subi la prédominance de la Chine, laquelle représente encore aujourd’hui 80 % de la production mondiale totale de graphite.

La mine de Kearney, par ailleurs, s’étouffait en raison de problèmes d’inefficacités et d’obstacles, et n’a jamais atteint le taux d’extraction de minerai brut prévu de 3 000 tonnes par jour.

Mais aujourd’hui, au macro-niveau, la fortune sourit aux producteurs de graphite. Les prix du graphite sont sur une courbe ascendante malgré les fluctuations, et les grosses paillettes se vendaient l’année dernière entre 1 400 et 1 800 $ la tonne. Le secteur du graphite en Chine connaît des bouleversements qui risquent de mener au retrait d’une bonne partie du graphite vendu sur le marché mondial. Ces dernières années, beaucoup ont étudié de près la formule « moins cher à tout prix », y compris les producteurs chinois qui se rendent bien compte de l’impact environnemental qui découle de cette approche. En outre, les salaires ont augmenté en Chine, et l’on comprend désormais mieux les coûts cachés et à long terme des chaînes d’approvisionnement complexes dépendant de produits venant de Chine. Qu’il s’agisse des coûts de transport et d’entreposage ou de la fiabilité d’une livraison à temps et avec la qualité attendue, le rapport coût/valeur d’importation de Chine ne semble plus être aussi simple qu’auparavant.

« Aujourd’hui, les clients nord-américains et européens à qui nous prévoyons de vendre notre graphite souhaitent assurer leur approvisionnement en grosses paillettes auprès de pays industrialisés sur lesquels ils pourront compter pour une longue période », ajoute M. Castor. « La question de la logistique entre aussi en ligne de compte. Les clients cherchent à s’assurer que le processus de gestion de leur voie d’approvisionnement est aussi efficace que possible. Le contrôle de la qualité est un autre problème. En effet, l’une des principales préoccupations lorsque l’on s’approvisionne en Chine est de s’assurer que la qualité du produit corresponde bien au prix que l’on paye. Personne ne souhaite se retrouver dans une situation où un produit est prépayé et où il faut ensuite attendre entre six et huit semaines pour qu’il arrive par conteneurs ; sans compter que le produit peut ne pas être à la hauteur de nos attentes et devra être prétraité avant d’être introduit par un processus de fabrication. Tout cela coûte de l’argent. »

Se préparer en faisant ce qu’il faut

La société Ontario Graphite a entamé son processus d’ingénierie, d’approvisionnement et de gestion de la construction (IAGC) à l’aide d’une petite société d’ingénierie. Elle a cependant rapidement réalisé que la mine aurait besoin d’un plan détaillé, non seulement pour sa remise en service mais aussi pour sa restructuration de manière à aborder les difficultés qui étaient largement intégrée au système et à créer une exploitation pouvant assurer une production optimale à tout moment. Elle a donc engagé la société internationale d’ingénierie DRA Americas Inc. ainsi que la société Merit Consultants International Inc. de gestion de la construction et des projets basée à Vancouver.

« Nous avons passé beaucoup de temps à restructurer l’exploitation de manière à ce qu’elle soit vraiment plus efficace, et nous avons pour cela revu nos méthodes d’exploitation minière, de forage et de dynamitage et même la production d’énergie électrique », déclare M. Janik. « Nous avons aussi assuré une certaine redondance au niveau de notre équipement afin de ne pas avoir à interrompre la production au cas où nous devrions effectuer des réparations. » Les contractants s’occuperont du forage et du dynamitage, et la société gèrera la planification de la mine et toutes les étapes ultérieures de l’exploitation. « L’objectif est d’utiliser la stabilité des roches à notre avantage et d’optimiser l’angle de talus de la mine afin de minimiser la quantité d’enlèvement des déchets nécessaire. Selon nos prévisions, le nouveau plan de la mine comprendra un coefficient de recouvrement de 3:1, voire moins », ajoute-t-il.

L’énergie électrique était un problème pour les premiers exploitants de la mine. Lorsqu’elle n’était pas connectée au réseau, la mine ne disposait tout simplement pas de suffisamment d’énergie électrique pour maintenir la production. Cette fois-ci, Ontario Graphite utilisera trois générateurs diesel de 1,24 mégawatt pour les activités de l’exploitation et en aura un quatrième de secours.

Un nouveau broyeur SAG hydraulique de 5,5 mètres a été installé sur la fondation du broyeur existant. La société ajoute également des circuits de flottation supplémentaires sur la tête du broyeur à boulets afin d’améliorer la récupération et la qualité du minerai, surtout pour le graphite en paillettes grossières. « Plus les paillettes sont grossières, plus elles ont de valeur », explique M. Janik. « Ainsi, il faut libérer le graphite sans détruire les paillettes, ce qui constitue une grande difficulté pour le traitement et l’exploitation. C’est exactement ce que nous essayons de faire avec la technique de forage et de dynamitage, dans la façon dont nous transportons, concassons puis calibrons le matériel pour la flottation et avec cette flottation supplémentaire, nous tentons de récupérer ce qui a été perdu dans l’opération précédente », fait-il remarquer.

Le nouvel équipement compte des tamis horizontaux à haut rendement qui sont faciles à entretenir et totalement hermétiques de manière à contenir la poussière. La chaleur résiduelle provenant du générateur servira à sécher le concentré de graphite afin de tirer au maximum profit du carburant utilisé pour la production d’énergie électrique.

C’est parti !

La mine de Kearney se trouve à environ 100 kilomètres au sud du centre d’approvisionnement minier de North Bay et à quelques heures de route des installations portuaires des Grands Lacs. Avec un tel emplacement stratégique, l’équipe de direction prévoit de resserrer les liens avec des clients d’Amérique du Nord, d’Europe et du Japon, et d’assurer la livraison juste-à-temps, orientée client et fiable de grosses paillettes de qualité supérieure (volume de la maille de + 50 à + 80 avec une pureté de 92 à 97 %). Ontario Graphite s’attend à un retour sur investissement dans les six mois, une fois que les expéditions commenceront début 2014. La majeure partie de la production de la mine servira à la production de feuilles et de joints d’étanchéité en graphite. « La plupart du graphite chinois envahissant le marché est un produit de petite taille ou de taille moyenne », déclare Michael Coscia, vice-président directeur de la société chargé des ventes et de la stratégie de marché. « Le graphite que nous proposons consiste principalement en de grosses paillettes. Nous ne serons jamais aussi peu chers que la Chine, mais nous leur ferons fortement concurrence. »

Peu de risques, forte rentabilité

Peu de risques, forte rentabilité – la dynamique de l'offre pour le graphite

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Offert par Ontario Graphite

En 2010, la Chine a commencé à réquisitionner 200 à 250 exploitations minières privées illégales de graphite et les a placées sous le contrôle de l'État, prétendument pour être proactive et lutter contre les impacts environnementaux nuisibles de ces mines. Selon les estimations, ceci entraînera une réduction de la distribution d'environ 200 000 tonnes par an de graphite sur le marché mondial. Par ailleurs, dans un effort de conserver le graphite (considéré comme une ressource primordiale) en Chine pour un usage domestique, le pays a imposé un droit d'exportation de 20 % sur le graphite et une taxe sur la valeur ajoutée de 17 %.

« La Chine a un impact non seulement sur la production, mais aussi sur les exportations, et elle peut actionner des leviers tels que les droits d'exportation qui affectent à terme la quantité de graphite exporté et le prix au débarquement en Amérique du Nord », explique Jay Patel, en charge des pratiques d'évaluation dans le secteur Mines et métaux d'Ernst & Young au Canada. « Ainsi, les fabricants d'Amérique du Nord qui utilisent le graphite dans leurs projets doivent étudier le risque et l'instabilité des prix qu'ils obtiennent. Le prix va-t-il fluctuer ? Y-a-t-il un risque au niveau de l'approvisionnement ? C'est là l'avantage qu'ont les producteurs de graphite d'Amérique du Nord. Ils peuvent garantir aux fabricants qu'il n'y a aucun risque au niveau de l'approvisionnement. »

En outre, si le marché des voitures électriques se développe dans les années à venir, la demande en batteries au lithium-ion, et parallèlement le besoin en graphite, augmentera. Ceci n'échappe évidemment pas aux développeurs de projets, d'autant plus que les fabricants aux États‑Unis font partie des principaux utilisateurs de graphite dans le monde, et ce malgré que la région en produise très peu. D'après un rapport publié en juillet 2013 par les services d'informations Roskill basés au Royaume‑Uni sur l'industrie du graphite, « plus de 70 projets sur le graphite en paillettes sont en cours de développement en dehors de la Chine, lesquels pourraient venir ajouter quelque 200 000 tonnes par année à la capacité mondiale d'ici 2016 ». Environ 40 projets émanent du Canada, et pratiquement tous en sont à la phase d'exploration préliminaire. Ainsi, Ontario Graphite se retrouve en tête de file, avec comme concurrent principal la société Northern Graphite Corporation basée à Ottawa, laquelle prévoit de débuter sa production début 2015 si elle parvient à financer le projet.

Traduit par Karen Rolland

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