novembre 2013

À contre-courant

Un ambitieux projet albertain de modernisation espère que le raffinage local s'avèrera intéressant

Par Andrew Livingstone

Avant que le partenariat North West Redwater n'annonce en novembre 2012 son projet de lancer la première phase de construction de la raffinerie de bitume de Sturgeon, qui devrait coûter près de 15 milliards $, des experts du secteur du pétrole et de l'énergie avaient déclaré que la construction de raffineries en Alberta n'était pas économiquement viable. Mais ces opposants systématiques pourraient bien avoir à ravaler leurs paroles ; en effet, ce projet, qui constitue la première raffinerie construite en Amérique du Nord en près de 30 ans, commence ses travaux de construction.

North West Upgrading Inc. travaillera en partenariat avec la société Canadian Natural Resources Ltd sur la raffinerie, dont la construction comprendra trois phases. La première phase, estimée à 5,7 milliards $, a officiellement commencé en septembre et devrait s'achever fin 2016. Elle permettra à la raffinerie de transformer 50 000 barils de bitume par jour en diesel à faible teneur en soufre. Ce diesel aidera l'Alberta à couvrir ces besoins et permettra aux clients d'exporter ce produit amélioré vers des marchés internationaux. À la fin de la troisième phase, la raffinerie traitera 150 000 barils de bitume par jour.

« Les facteurs à long terme étaient en faveur d'une construction ici en Alberta [plutôt que] vers la côte du golfe du Mexique », expliquait Ian MacGregor, directeur de North West Upgrading, ajoutant qu'il faudra environ une dizaine d'années pour achever les trois phases de construction de la raffinerie. « Une fois les travaux terminés, les gens vont se demander pourquoi ils ne font pas la même chose. » Le diesel produit à la raffinerie, qui est située au nord d'Edmonton, se trouvera à seulement 12 jours des marchés asiatiques, lesquels reposent énormément sur les carburants importés. La consommation de carburant liquide de l'Inde, par exemple, était constituée à 42 % de diesel en 2012.

Steve Laut, président de la société Canadian Natural Resources Ltd qui fournira le bitume à la raffinerie, déclarait que ce projet donnait à la société la possibilité d'augmenter la capacité de conversion de son produit. « Sa structure laisse la voie libre à la participation sans influer sur notre capacité à rester concentrés sur le développement de nos vastes ressources. »

Le gouvernement d'Alberta, qui reçoit le bitume en vertu d'un programme permettant aux exploitations de sables bitumineux de donner du bitume plutôt que de payer des redevances, jouera également un rôle important dans le projet. Il fournira au moins 40 000 barils de bitume par jour pour les 30 années à venir, à des fins d'enrichissement du produit. D'après les estimations, le gouvernement attribuera environ 500 millions $ par an en plus de ce qu'il obtient actuellement sous forme de redevances (la province a amassé 4,5 milliards $ en redevances entre 2011 et 2012) au cours des 30 années à venir.

Ken Hugues, le ministre de l'énergie d'Alberta, fait remarquer que le gouvernement a « un véritable intérêt à accorder autant de valeur ajoutée que possible à nos ressources naturelles. » S'engager dans le secteur du raffinage « nous donne la possibilité de créer davantage de valeur pour l'Alberta et le Canada que si nous nous contentions d'exporter le bitume brut. »

M. Hughes citait l'installation albertaine de NOVA Chemicals Joffre, qui transforme le gaz naturel de la province, comme un exemple d'optimisation des possibilités dans la région. Il s'agit de l'une des plus grandes usines de production d'éthylène et de polyéthylène au monde.

D'après M. MacGregor, la raffinerie de Sturgeon constitue bien plus qu'une simple opportunité de distribuer du carburant sur le marché. « Il s'agit aussi d'une chance de proposer des emplois bien rémunérés à des milliers de personnes », déclarait-il. À l'heure actuelle, environ 1 000 travailleurs se trouvent sur le site et, au plus fort de la construction, près de 8 000 personnes devraient être embauchées.

M. MacGregor ajoutait que les questions environnementales n'avaient pas été laissées de côté lors de la phase de conception de Sturgeon. « Il s'agit de la première raffinerie au monde qui intègre le captage de CO2 dans sa conception initiale. L'installation assurera le captage de 1,2 million de tonnes de CO2 par an et par phase, lequel sera revendu pour une utilisation dans la récupération assistée des hydrocarbures avant qu'il ne soit séquestré. »

Traduit par Karen Rolland

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