novembre 2013

Pénurie d'or à la mine d'or de Yellowknife

Par Ryan Silke

En 1945, suite à la découverte de zones de cisaillement contenant de l'or à la mine Giant, Yellowknife devient un point névralgique pour la spéculation sur les minéraux. Cette ville connue pour ses mines d'or, qui a été fondée en 1930, connaît une phase descendante pendant la guerre, mais la découverte à la mine Giant ravive l'intérêt, plaçant Yellowknife en tête de liste des ventes de propriétés à la Bourse de Toronto (TSE). Les prospecteurs entreprenants à cette époque font preuve d'une certaine créativité pour dénicher des capitaux, mais dans leur quête d'or, peu parviennent à se démarquer.

À cette époque, c'est le public investisseur qui fournit les capitaux pour les nouveaux projets miniers, et dans les années 1940, peu de règles sont instaurées pour empêcher la manipulation du marché. C'est alors que voit le jour la société Beaulieu Yellowknife Mines Limited, l'invention personnelle d'Emil Schnee qui s'assure une option pour une zone productive possible près de la rivière Beaulieu, à 75 kilomètres à l'est de Yellowknife. Samuel Ciglen, un avocat très réputé de Toronto, fournit alors à M. Schnee un appui financier et devient le président de la société.

La zone aurifère présumée de Beaulieu est en réalité un filon de quartz contenu dans des couches sédimentaires. Les premiers essais sont impressionnants. Le trou # 57 est testé à une profondeur de 185 pieds, avec des teneurs de 1,25 once par tonne sur 27 pieds de filon. L'échantillonnage par éclats dans des anciennes tranchées révèle jusqu'à 38 onces par tonne. Naturellement, ces essais incroyables intriguent les investisseurs. Les intersections sont rendues publiques ; une attention particulière est accordée aux essais à grande largeur et des rapports techniques sont rédigés avec soin pour mettre en avant le potentiel de la mine. Le cours de l'action Beaulieu, négociée à la TSE, passe de 50 cents à 2,65 $ en mai 1946, et devient l'action la plus demandée sur un marché déprimé.

M. Ciglen fait de son mieux pour faire connaître la propriété et compare le corps minéralisé de Beaulieu aux récentes découvertes en Afrique du Sud. Des rédacteurs sceptiques de l'hebdomadaire The Northern Miner commencent à avoir des soupçons et remettent en question les « hypothèses indéfendables » concernant le calcul d'une réserve de minerai en explorant le même sol à plusieurs reprises et en ignorant les essais de faible teneur sur une courte durée, qui n'ont d'autre résultat que celui de produire un flot d'essais à haute teneur à des fins commerciales.

M. Ciglen prend la défense de la société, mais l'action Beaulieu commence à dégringoler sur les marchés. En juin 1946, l'action s'achète à 73 cents. Lors de l'assemblée générale annuelle, les investisseurs qui ont subi de lourdes pertes admonestent M. Ciglen. Le président émet ses propres théories quant à la raison pour laquelle l'action s'est effondrée, prétextant que les vendeurs à découvert se sont continuellement attaqués à la mine. Il critique la TSE pour ses règles laxistes, mais d'autres restent persuadés que c'est bien M. Ciglen qui se livre à un manège avec le marché.

La Commission des valeurs mobilières de l'Ontario lance alors une enquête et, bien qu'elle ne puisse mettre le doigt sur des activités frauduleuses, convient que M. Ciglen a intentionnellement gonflé la valeur de l'action et également que des ventes à découvert ont eu lieu. Cette enquête soulève beaucoup de questions, mais montre finalement que rien de ce qui a été fait n'est illégal. L'affaire est clôturée, et Beaulieu peut poursuivre ses activités de négociation. M. Schnee recommande de construire un puits, déclarant qu'un échantillon en vrac est nécessaire pour révéler la véritable teneur moyenne du minerai, et la société met en œuvre un calendrier de développement ambitieux.

Art Ames est embauché au titre d'ingénieur résident pour surveiller les travaux souterrains. Malgré ses qualifications professionnelles douteuses et sa réputation d'alcoolique, M. Ames entretient de bons rapports avec les mineurs.

La construction d'un concentrateur et d'un puits se poursuit en 1947, alors que la société réévalue son gisement de minerai et annonce en fanfare que la mine a le potentiel d'exploiter 104 000 tonnes de minerai à teneur d'une once par tonne à une profondeur de 250 pieds. Il apparaît plus tard que ces chiffres ont été créés de toutes pièces, car aucun travail supplémentaire n'a eu lieu depuis que des calculs menés l'année précédente ont évalué la réserve à 14 000 tonnes. L'essayeur est perturbé par les teneurs lamentables qu'il obtient et le personnel commence à exprimer son inquiétude à M. Ames, qui n'en fait aucun cas. Au diable la faisabilité, Beaulieu décide de couler son premier lingot d'or d'ici la fin de l'année 1947. La date de cérémonie est fixée, et des personnalités telles que Gene Tunney, ancien champion de boxe dans la catégorie poids lourds, figurent sur la liste des invités.

Le concentrateur est mis en marche, mais les résultats sont si mauvais que, lorsqu'il s'arrête de fonctionner un mois plus tard, seulement sept onces d'or brut sont extraites. M. Ames est embarrassé. De désespoir, il paraîtrait qu'il aurait demandé à une autre mine de lui prêter de l'or. La cérémonie est annulée. Une brève étude géologique suit et montre que la réserve en minerai ne dépasse pas les 1 200 tonnes.

Beaulieu, la mine d'or sans or, est laissé à l'abandon à Yellowknife et devient une curiosité locale ainsi qu'une bonne leçon. L'embarras généré dans cette affaire révèle les failles qu'il existe au niveau du commerce des valeurs mobilières et encourage les investisseurs à accorder une plus grande attention aux informations divulguées par les sociétés.

Traduit par Karen Rolland

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