novembre 2013

Commentaire économique MAC

Des investissements ciblés sur l'innovation minière sont nécessaires

Par Pierre Gratton

La performance en termes de productivité du Canada comme pays se dégrade en raison de sa difficulté à innover, et l'industrie minière ne fait pas exception à la règle. Il faut remédier à ce problème, qui est amplifié dans le secteur minier par le renforcement des exigences réglementaires, de l'augmentation des prix de l'énergie, et des minerais à faible teneur situés toujours plus en profondeur et dans des réserves reculées. Un soutien plus important du Conseil canadien de l'innovation minière (CCIM, la réponse du secteur à ce problème) pourrait aider à renverser cette tendance.

L'innovation compte, et les pays qui y accordent de l'importance dépassent le Canada en matière de mesures de performance telles que le revenu par habitant et la productivité, et de la qualité de leurs programmes sociaux. Un récent rapport de Deloitte indique que le travailleur canadien moyen contribue au produit intérieur brut (PIB) à raison de 47,66 US $ (dollars américains) par heure par rapport à 60,77 US $ par heure aux États‑Unis. Il s'agit d'un écart important pouvant entraîner des pertes économiques potentielles considérables.

L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) indiquait dans un rapport que les retards sur le plan de la productivité au Canada constituaient l'un des plus grands obstacles économiques pour le pays. Plus spécifiquement, l'étude explique que la productivité multifactorielle (PMF) du Canada stagne depuis des décennies et décline depuis 2002.

La PMF implique un progrès technologique en considérant que les améliorations en matière d'innovation rendent compte d'une augmentation de la production à partir d'un apport fixe de travail et de capital qui encourage la croissance économique. Depuis 1980, les États‑Unis ont amélioré leur PMF de 40 %, alors que celle du Canada a baissé de 4 %.

À l'aide de 21 indicateurs de l'innovation, le Conference Board du Canada a classé le Canada 13e sur 16 pays semblables. Malgré quelques innovations canadiennes notables, la PMF de notre industrie minière n'a cessé de décliner durant les années 2000, venant s'ajouter à une baisse de la productivité du travail et du capital. D'après un rapport de 2009 publié par le Centre d'étude des niveaux de vie, la productivité du travail dans le secteur minier américain dépasse la productivité des travailleurs canadiens depuis 1995.

L'innovation est importante pour le secteur minier canadien car les progrès techniques et la productivité sont des facteurs de compétitivité fondamentaux. De par sa nature, l'industrie minière est confrontée à des enjeux environnementaux et techniques qui requièrent des solutions innovantes.

Le Canada se situe au-dessus des pays semblables en matière de dépenses publiques globales dans la R&D en pourcentage du PIB, mais cela ne veut pas nécessairement dire que les investissements dans la R&D feront la différence. Dépenser ces placements différemment pourrait stimuler une augmentation de l'investissement lié à des activités économiques en matière de recherche, développement et innovation, un domaine où le Canada obtient de moins bons résultats que les autres pays.

Le CCIM a été créé dans le but d'investir de manière plus stratégique l'argent injecté dans la R&D du secteur minier. Le CCIM est une organisation à but non lucratif se composant d'un partenariat unique entre les milieux industriel et universitaire et le gouvernement, et il représente l'écosystème national de l'innovation minière du Canada. Il a été créé dans le but de renforcer la compétitivité globale de l'industrie par le biais de la collaboration et de l'affectation des ressources aux domaines de l'éducation, de la recherche, de l'innovation et de la commercialisation.

Ce conseil représente la reconnaissance par l'industrie minière de la nécessité d'affronter la concurrence sur le marché mondial de manière plus intelligente. Une grande partie des voies d'innovation que l'organisation a dû suivre reflète étroitement les domaines ciblés par les plans d'actions économiques du gouvernement fédéral de 2012 et 2013, dont le soutien au développement responsable des ressources, la promotion des petites entreprises canadiennes en tant que moteurs de l'innovation, et le besoin de constituer une main-d'œuvre domestique professionnelle et qualifiée plus nombreuse qui comprend tous les Canadiens.

En 2011, les entreprises canadiennes du secteur Mines et métaux ont investi 590 millions $ dans la R&D, dépassant ainsi les investissements dans plusieurs secteurs dont ceux des véhicules à moteur et des pièces automobiles, de l'équipement, des produits ligneux et du papier. L'industrie emploie également plus de 6 000 personnes dans le domaine de la R&D, plus que les secteurs pharmaceutique et de l'aérospatiale, lesquels reçoivent un soutien financier et politique important de la part du gouvernement.

Aujourd'hui, le secteur minier contribue énormément aux coffres du gouvernement, avec des investissements de plusieurs milliards de dollars qui permettent aux gouvernements nationaux de développer des politiques stratégiques pour attirer des investissements mondiaux. L'industrie minière du Canada a modifié son approche à l'innovation en fonction des besoins et en adoptant des points de vue différents, et a créé une nouvelle institution pour concrétiser cette vision.

Le budget fédéral pour 2014 devrait comprendre un engagement en matière de financement afin de permettre au seul écosystème minier ouvert de l'innovation du Canada de contribuer à la mise en place de nouveaux programmes nationaux dédiés à la recherche, au développement des produits et des procédures, ainsi qu'à la commercialisation et à l'innovation essentiels à la compétitivité du secteur. Les dépenses fédérales en sciences et technologie (S&T) pour l'année fiscale 2013‑2014 devraient être de l'ordre de 10,5 milliards $. Les principales agences de financement de la recherche et de l'innovation (CRSNG, IRSC, CRSH et FCI) ont un budget total d'environ 4 milliards $. La demande du CCIM représente une fraction de l'investissement d'Ottawa dans la recherche et l'innovation, et pourrait facilement être satisfaite en redirigeant des fonds existants, présentant ainsi une réelle opportunité de renforcer l'innovation dans un secteur important pour le Canada.


Pierre Gratton est président et chef de la direction de l’Association minière du Canada.

Traduit par Karen Rolland

Publier un commentaire

Commentaires

Version PDF