mai 2013

La Finlande au premier rang

La Finlande dispose d’une excellente culture d’entreprise et de riches compétences en géologie

Par Eavan Moore

Des géologues de la société Mawson Resources Ltd. inspectent une carotte de forage dans la neige | Offert par Mawson Resources Ltd.


Lorsque Michael Hudson a commencé ses explorations nordiques il y a une douzaine d’années, la Finlande et les pays scandinaves voisins n’étaient pas reconnus pour leur industrie minière. « Je passais beaucoup de temps à expliquer aux gens qu’il s’agissait de pays miniers, qu’ils l’étaient depuis des siècles, et que leur économie ne se résumait pas à ABBA, IKEA et Nokia », se souvient Michael Hudson, aujourd’hui président de Mawson Resources Ltd.

Le reste du monde semble enfin l’avoir réalisé. La Finlande s’est classée au premier rang des juridictions les plus favorables à l’investissement minier dans l’enquête de l’Institut Fraser sur les sociétés minières pour l’année 2012-13. Ses ressources, ses infrastructures et ses politiques clairement définies ont reçu les éloges de la cinquantaine d’entreprises qui s’y sont installées, même si les autorités s’efforcent aujourd’hui de concilier le développement minier en plein essor avec le récent débat animé concernant le permis social d’exploitation des sociétés minières.

L’histoire ancienne

Dans un marché particulièrement soucieux des risques, la Finlande fait figure de destination de tout repos. Sa main-d’œuvre formée dans les universités parle l’anglais, ce qui facilite passablement le processus d’embauche. Les impôts miniers demeurent bas, les administrateurs gouvernementaux sont accessibles et il n’y a aucun risque souverain. Les entreprises de technologie et les fournisseurs d’équipements, comme Outotec, Metso, Sandvik et Atlas Copco, sont facilement accessibles. Même les sites en haute altitude disposent d’accès routiers et d’une réception pour les téléphones cellulaires. Le service Geological Survey of Finland offrent des cartes et des données d’une qualité exceptionnelle.

La liste des avantages est longue, mais ce qui classe la Finlande au premier rang, c’est qu’elle possède une géologie riche qui n’a rien à envier à celles du Canada et de l’Australie. L’or est aujourd’hui la ressource la plus ciblée; les roches vertes protérozoïques de Laponie contiennent d’importants gisements d’or et de nickel, selon Krister Sundblad, professeur de géologie à l’Université de Turku. Dans cette ceinture de roches vertes, la mine Kittila de sept millions d’onces de la société Agnico-Eagle représente le plus important gisement aurifère d’Europe. Mais les mines en exploitation dans les parties finlandaises du bouclier fennoscandien exploitent également différents minéraux, notamment du fer, du nickel, du cuivre, du chrome, de l’uranium et des éléments du groupe du platine. Les récents travaux de Krister Sundblad ont porté sur l’exploration de gisements d’indium.

Bien que l’histoire minière de la Finlande remonte à plus de 500 ans, cette région présente les caractéristiques d’une juridiction émergente. « Au Canada et en Australie », explique Michael Hudson, « nous devons désormais aller jusqu’à 200 mètres de profondeur pour trouver la prochaine couche de gisements, alors que dans des projets comme le nôtre [au nord de la Finlande], nous les trouvons en surface. »

Du rattrapage à faire

L’une des raisons expliquant cette situation, c’est qu’avant 1994, année durant laquelle une modification à la Loi sur les mines a levé une interdiction concernant la propriété étrangère majoritaire, il n’y avait que quelques sociétés publiques qui exploitaient des mines au pays. Les répercussions des modifications législatives apportées ne sont devenues apparentes que récemment, lorsqu’un boom des projets d’exploration alimenté par la hausse du prix des métaux a obligé le gouvernement à revoir ses politiques minières en 2006. « Ils n’étaient pas vraiment préparés aux investissements étrangers, particulièrement dans des domaines comme celui de l’exploitation minière », explique David Pym, chef de la direction de l’entreprise minière de nickel et d’or Belvedere Resources Ltd. « Leurs lois en matière d’exploitation minière n’avaient pas été testées à fond. »

La réaction du pays à son boom minier a été productive. Le ministre de l’Emploi et de l’Économie a présenté un mandat de consultation publique et a commencé à examiner de plus près les demandes de permis. La loi modifiée sur les mines, élaborée durant plusieurs années et entrée en vigueur en 2011, a ajouté plusieurs mesures de protection pour les gens et l’environnement. Par exemple, les services liés aux permis d’exploration ont été retirés du ministère de l’Emploi et de l’Économie, pro-minier, pour être confiés à l’agence responsable de la sécurité et des produits chimiques de la Finlande.

Malheureusement, cette réorganisation a fait en sorte que 15 nouveaux employés, ainsi que des entreprises minières et le grand public ont dû se familiariser très rapidement à un tout nouveau processus de délivrance de permis. Entretemps, de nombreuses demandes de permis d’exploration s’étaient accumulées depuis 2006. « Ça a été une période très difficile », se rappelle Riikka Aaltonen, conseiller principal sur la politique des mines du ministère de l’Emploi et de l’Économie.

La responsabilité sociale des entreprises et les questions environnementales on fait l’objet de vifs débats au pays. Le public, récemment sensibilisé aux questions minières et consterné par une fuite des eaux usées dans un bassin de la mine de nickel et d’uranium de Talvivaara, a exercé des pressions sur les organismes de réglementation environnementale et les sociétés minières pour qu’elles fassent preuve de prudence. Ceux qui s’opposent aux projets miniers, parce qu’ils nuisent selon eux au tourisme, à la conservation des terres ou à la santé des populations, consacrent de plus en plus d’efforts à contrecarrer les projets de développement, ce qui vient prolonger les processus d’approbation. Les données gouvernementales indiquent qu’il faut en moyenne environ trois ans pour traiter les demandes de permis d’exploration dans le système.

L’objectif du gouvernement est de ramener ce temps d’attente à six mois d’ici la mi-2014. Mais d’ici là, cette accumulation des retards a une incidence importante sur les petites sociétés d’exploration minière, note Michael Hudson. « Il est presque impossible de vous établir en Finlande aujourd’hui si vous n’y êtes pas déjà implanté ou si vous n’avez pas les fonds nécessaires pour attendre. » Son entreprise, bien qu’elle puisse se permettre d’attendre, a néanmoins été touchée. « Nous avions fait une découverte d’or très prometteuse [à Rompas-Rajapalot] », explique-t-il. « On en a beaucoup parlé et bien sûr nous souhaitions faire avancer le projet. Il nous a fallu trois ans pour accéder au terrain pour forer, et ce n’est pas encore fini. Pour la plupart de nos secteurs ciblés les plus prometteurs, nous attendons encore les permis environnementaux qui nous permettront d’installer nos équipements de forage. »

Ces retards ont également affecté la mine de nickel Hitura de la société Belvedere, qui vient tout juste de se voir accorder une prolongation de son bail minier pour l’expansion de son bassin de résidus après en avoir fait la demande il y a quatre ans.

Les grandes entreprises ont eu plus de facilité à passer à travers ce processus. Ingmar Haga, vice-président pour l’Europe de la société minière canadienne Agnico-Eagle, a souligné qu’il n’avait fallu que trois ans à l’entreprise pour obtenir les permis d’exploitation pour le projet Kittila et qu’elle avait obtenu tous les permis demandés. Il note cependant que les sociétés minières consacrent dorénavant plus d’efforts à expliquer pourquoi l’industrie minière est importante. « Je crois que c’est une bonne chose, car au bout du compte nous allons tous apprendre les uns des autres », ajoute-t-il. Alors que le gouvernement national et les communautés locales ont tendance à appuyer les activités minières, selon Ingmar Haga, les gens qui vivent dans le sud de la Finlande connaissent moins bien l’industrie et sont moins enclins à lui faire confiance.

Des gens pragmatiques

Agnico-Eagle est l’une des plus importantes sociétés minières en activité en Finlande; étrangement, peu d’entreprises minières de grande envergure se sont établies ici. David Pym, de la société Belvedere Resources, croit que le système de concession minière empêche les grandes entreprises d’exploiter les grands territoires qu’elles convoitent. Une société qui jalonne des concessions doit parfois aviser des centaines voire des milliers de propriétaires fonciers et leur verser des frais élevés. « Jalonner de larges portions de territoires en Finlande est un processus long et coûteux, et c’est ce qui tend à tenir à l’écart les grandes entreprises » note-t-il. « La société Anglo-American est en fait la seule grande entreprise établie en Finlande ayant procédé à d’importants projets d’exploration. »

Ingmar Haga explique que, du point de vue des Finlandais, jalonner de larges portions de territoires sans les exploiter revient à mal employer la ressource. Le modèle finlandais encourage les entreprises à effectuer leur travail rapidement et à passer à un autre projet, rendant ainsi l’exploration plus efficace.

Cette tendance à aller de l’avant, caractéristique du pays, est l’une des principales raisons expliquant l’optimisme des sociétés étrangères travaillant ici. Les Finlandais, très axés sur la résolution des problèmes, trouveront des moyens de dénouer les complications administratives. « La Finlande est un pays où les gens ont une approche très pragmatique des choses », explique Casper Herler, un avocat de la société finlandaise Borenius Ltd. Il fait remarquer que le gouvernement actuel, formé d’une coalition de six partis, fonctionne : « Il est possible de faire les choses dans l’intérêt général de tous. » C’est pourquoi il y a peu de risque que les législateurs effectuent des changements brusques de politiques, selon lui. La nouvelle loi sur l’exploitation minière laisse place à des modifications dans les détails, mais elle reste de façon générale favorable aux activités minières. Un impôt minier proposé, mis de côté pour au moins les deux prochaines années, pourrait être adopté avec prudence.

Malgré sa frustration, Michael Hudson croit que la Finlande est la solution à la hausse des coûts d’immobilisation et aux bases de ressources plus risquées à exploiter. « Ce que les sociétés recherchent, ce sont des gisements de haute qualité protégés par des permis dans des juridictions de bonne réputation », précise-t-il. « Je crois que la Finlande a réussi à s’imposer en ce domaine. »

Pour en savoir plus sur l’enquête sur les sociétés minières de l’Institut Fraser, veuillez consulter l’article « La perception est-elle la réalité? »

Traduit par SDL

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