mai 2013

La première découverte d’or de type Carlin au Canada

Comment l’équipe d’ATAC a trouvé des dépôts de « no-seeum » dans la ceinture d’or Rackla au Yukon

Par Graham Chandler

Rob Carne, président d’ATAC Resources (ci-haut) a remporté le prix H.H. « Spud » Huestis d’excellence en prospection et en exploration minière de l’Association for Mineral Exploration British Columbia avec ses collègues Bill Wengzynowski et Doug Eaton  | Offert par ATAC Resources


C’était à l’été 2010, et le géologue Bill Wengzynowski rentrait tout juste d’une visite de mine organisée par la Geological Society du Nevada, au cours de laquelle il avait pu observer les orangés et jaunes vifs du réalgar et de l’orpiment. Ces minerais, tous deux des sulfures d’arsenic, sont associés aux dépôts d’or Carlin-Trend du Nevada. Mais ce jour-là, M. Wengzynowski était à des milliers de kilomètres au nord de cette région, à l’extrémité est de la ceinture d’or Rackla du Yukon, afin d’effectuer un suivi sur l’intuition qu’avait eue son collègue Rob Carne.

« Il a trouvé du réalgar quelques heures après être descendu de l’hélicoptère », indique M. Carne, président d’ATAC Resources à Vancouver, qui a fait jalonner le secteur. « Avant la fin de la journée, il avait suivi le dépôt jusqu’à une falaise qui devint la zone Osiris. »

Les grains d’or des dépôts de type Carlin sont extrêmement fins et se trouvent dans la roche sédimentaire. Cette formation, plus communément connue sous le nom d’or « no-seeum », porte le nom de la tranchée Carlin Trend, qui a produit plus de 70 millions d’onces depuis la moitié des années 1960. On trouve des dépôts comparables en Chine, en Serbie et en Macédoine, mais aucun n’avait été trouvé au Canada avant la découverte d’ATAC.

L’équipe a mérité des félicitations pour son travail. En janvier, MM. Carne, Wengzynowski et Eaton ont reçu le prix H.H. « Spud » Huestis d’excellence en prospection et en exploration minière de l’Association for Mineral Exploration British Columbia. La découverte est l’un des principaux critères d’obtention de ce prix, souligne Ed Kimura, président du comité d’attribution des prix. « L’autre est l’excellence géoscientifique, et cette équipe montre l’exemple sur ce point. Ils avaient entendu parler d’un potentiel qui se trouvait loin dans les régions inhabitées au nord-est de Mayo. Ils y sont allés et ils l’ont trouvé, et ce faisant, ils ont découvert cette très intéressante minéralisation. Nous appelons ce genre d’activité l’exploration sur le terrain. »

Donner vie aux données

MM. Carne, Wengzynowski et Eaton avaient déjà été partenaires chez Archer, Cathro & Associates (1981) Limited, une firme de consultants en géologie qui dirige depuis longtemps des explorations couronnées de succès en Colombie-Britannique et au Yukon. Ils ont conservé une étroite relation de travail. M. Wengzynowski est maintenant consultant chez ATAC tandis que M. Eaton agit à titre de directeur chez Archer Cathro.

En 2006, M. Eaton a reconnu que la limite ouest de la ceinture de Rackla présentait des anomalies géochimiques importantes en or et en tungstène dans les bases de données gouvernementales. Dans les quatre années qui ont suivi, l’exploration a mené à la précision du tracé de la zone Tiger, un dépôt d’or de type remplacement dans un environnement calcaire. Mais en procédant à des relevés de reconnaissance géochimique trois ans plus tard, l’équipe a réalisé qu’elle se trouvait sur une fine bande de roche carbonate provenant en grande partie du paléozoïque : des roches marginales de sangle s’étendant quelque peu vers l’est. Alors, guidés par une interprétation de la Commission géologique du Canada (CGC) voulant que ces roches soient semblables à celles du nord-est du Nevada et sachant que les criques échantillonnées par la CGC présentaient une anomalie d’arsenic à 100 kilomètres à l’est, dans une autre chaîne de montagnes, leur regard s’est rapidement tourné vers l’est. « Le fait que ces criques ne présentaient pas d’anomalie d’or ne nous a pas découragés parce que nous savions que l’or de type Carlin est généralement si fin qu’il continuerait de s’écouler », précise M. Carne. Ils savaient que s’ils prenaient un échantillon en amont, ils trouveraient la source des anomalies d’arsenic repérées par la CGC.

En 2009, MM. Carne et Wengzynowski et la géologue Sara Dreschler ont effectué un nouvel échantillon dans trois de ces zones d’écoulement de l’est. « Tous les échantillons présentaient une anomalie d’arsenic et d’or », se souvient M. Carne. Le cours supérieur de la crique échantillonnée par Mme Dreschler a permis une nouvelle découverte nommée Anubis, où un premier forage l’an dernier a révélé une intersection à teneur élevée de 8,51 mètres à 19,85 grammes d’or par tonne. « L’endroit d’où provenait mon échantillon est devenu notre zone Osiris et l’endroit d’où provenait celui de Bill [Wengzynowski] est devenu la zone Conrad. »

L’année suivante, après que la découverte par M. Wengzynowski du réalgar et de l’orpiment en surface eut confirmé la minéralisation de type Carlin, l’équipe dut procéder rapidement pour obtenir la concession. « Nous nous sommes engagés dans un ambitieux programme de concession, se rappelle M. Carne. Nous avons dessiné un grand bloc de concessions autour de la découverte Osiris, puis nous avons tâché de la relier à la zone Tiger par un tracé de 100 kilomètres par environ quatre kilomètres de large – ce qui représentait beaucoup de concessions. » On se passait déjà le mot. L’équipe avait pris des concessions à l’est, mais après en avoir obtenu 8 500, un prospecteur leur faisait concurrence. « Nous nous sommes rencontrés à environ 30 kilomètres à l’est d’Osiris. Par la suite, il a accordé l’ensemble à une société chinoise du nom d’Anthill Resources. » L’an dernier, Anthill a fait une importante découverte d’or de type Carlin dans ces concessions.

Les concessions amènent des liquidités

L’importance de la découverte a rapidement été reconnue par la communauté des investisseurs. En juin 2010, peu de temps après que M. Wengzynowski eut identifié le réalgar et l’orpiment, Michael Gray, vice-président principal de la recherche en valeur minière chez Macquarie Capital Markets Canada Ltd., visita l’emplacement puis en démarra la couverture en septembre. Il prit pour cible l’or d’Osiris. « C’est l’environnement géologique de type Carlin le plus comparable au Nevada au monde, précise-t-il. Et ce n’est pas une surprise puisque tous deux sont situés sur la même marge continentale d’Amérique du Nord. On a là un contexte géologique de grande échelle comparable, allié à un type de minéralisation comparable : une roche mère calcaire et surtout, les mêmes chemins géologiques. » M. Gray reconnaît que la découverte représente d’éventuelles nouvelles provinces minérales, plutôt que de simples districts. De plus, « les découvertes se font à la surface même ». M. Gray souligne qu’il reste beaucoup de chemin à faire avant d’atteindre la rentabilité, mais que « cela impressionnerait toute société du Nevada ». Macquarie gère les offres de titres publics d’ATAC depuis un an.

M. Carne précise que ces découvertes de type Carlin en sol canadien sont importantes pour leur taille. « Le nord de la tranchée Carlin ne mesure, je crois, que 40 kilomètres de long et contient, selon les estimations, entre 100 et 200 millions d’onces d’or – produit et défini, indique-t-il. Mais le fait qu’il s’agisse du même type de dépôt ne veut pas dire que nous allons trouver autant d’or. Cependant, puisque nous sommes dans le même environnement géologique et que la minéralisation a peut-être le même âge, on serait tenté de comparer et d’en déduire qu’il y a peut-être ce volume. » M. Carne ajoute que si les premières découvertes de Carlin, au Nevada, remontent à 60 ans, la plus grande partie des gisements n’ont été découverts qu’au cours des 25 dernières années : « Et dans les faits, si l’on additionne tous nos jours d’exploration, cela ne donne que 359 jours, alors ce n’est qu’un début. »

Avec un placement privé de 13 millions $ à la mi-mars par Agnico-Eagle Mines, et des actifs d’environ 14 millions $ sous la main, ATAC compte démarrer son programme de forage dès 2013. Une partie se fera dans une découverte de type Carlin près d’Osiris dénommée Sunrise, distincte d’Osiris en ce qu’il s’agit d’un système d’alimentation de faille.

Quant aux perspectives de production, M. Gray estime que les prochaines étapes seront cruciales pour situer les plus grandes concentrations et pour voir si elles sont continues. « On trouve de bons points de minéralisation et certains trous spectaculaires, mais la continuité n’est pas encore acquise, précise-t-il. Au site Conrad, le forage s’est fait systématiquement et aucune ressource n’a été annoncée, mais ce que nous avons publié dans les Rapports Macquarie Equities Research se situe quelque part entre trois quarts d’un million d’onces et un million d’onces. » Cependant, rappelle M. Gray, il y en a probablement plus en profondeur et malgré quelques points à haute teneur, la zone Conrad présente probablement une moyenne de six à huit grammes par tonne. « Dans cette région du monde, c’est très loin du seuil [pour justifier un développement minier] : il faudrait que la ressource soit plus abondante pour justifier les coûts d’infrastructure et pour qu’une mine à ciel ouvert ou souterraine offre une marge assez haute. »

Si les conditions économiques se réunissent pour permettre la construction d’une mine, les questions d’infrastructure seront évidemment déterminantes. Le dépôt d’or Tiger se trouve à 48 kilomètres de l’autoroute et 100 kilomètres de plus sont nécessaires pour rejoindre la zone Osiris. « Cela représente 150 kilomètres pour atteindre la minéralisation de type Carlin, résume M. Carne. Nous en sommes pleinement conscients, et ce que nous tâchons de démontrer avec notre programme, c’est que la quantité en onces est suffisante pour justifier un investissement dans l’infrastructure. »

Traduit par SDL

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