mai 2013

Les pionniers du tungstène

Northcliff Resources compte accroître la valeur de son projet Sisson au Nouveau-Brunswick en transformant le tungstène en paratungstate d'ammonium – une première au Canada

Par Graham Chandler

La découverte du gisement Sisson remonte aux années 1970, mais c’ est l’apparition d’un marché du tungstène qui a rendu possible le développement du site | Offert par Northcliff Resources


Si tout se passe comme prévu, le projet Sisson, situé à 100 kilomètres au nord-ouest de la ville de Fredericton, au Nouveau-Brunswick, devrait pouvoir fournir aux marchés internationaux du tungstène raffiné sous forme de tungstate(VI) d’ammonium.

Préparée sous la direction de la firme Samuel Engineering, de Denver, l’étude de faisabilité fait état d’une exploitation à ciel ouvert produisant 30 000 tonnes par jour et une durée de vie de 27 ans quant à la mine. Northcliff évalue la valeur nette avant taxe du projet à 714 millions de dollars avec un taux escompté de huit pour cent et un taux de rentabilité interne de 20,4 pour cent, ce qui signifie un délai de récupération d’à peine quatre ans selon un coût de projet de 579 millions de dollars. Ces valeurs sont calculées en fonction d’un prix à long terme de 350 $US la tonne métrique (10 kg) de tungstate(VI) d’ammonium et de 15 $US la livre de molybdène.

La décision d’ériger une usine de tungstate(VI) d’ammonium sur le site même a tenu un rôle d’importance dans le calcul de la rentabilité prévue de la mine.

« Comme il s’agit d’un gisement à faible teneur, nous devions nous assurer que nous pourrions en tirer des quantités raisonnables de métal sur le plan métallurgique », explique Chris Zahovskis, président-directeur général de Northcliff. « La plupart des mines de tungstène produisent un concentré qu’elles vendent ensuite à une raffinerie ou à un acheteur de tungstate(VI) d’ammonium. Nos recherches ont démontré que l’escompte accordé sur le prix du tungstate(VI) d’ammonium varie entre 20 et 40 pour cent, ce qui est la façon dont est établie la tarification du tungstène. » Ainsi, plutôt que de perdre la valeur de cet escompte pendant la durée de vie de la mine, l’usine de tungstate(VI) d’ammonium de Northcliff en profitera pleinement. Chris Zahovskis précise que l’emplacement de la mine, son faible coût d’exploitation et la longue durée de vie du gisement ont également concouru à la décision de bâtir une usine.

Il ajoute que de petits gisements de tungstène ont été exploités dans la région par le passé, mais qu’ils n’avaient rien d’appréciable. Le gisement Sisson a été découvert à la fin des années 1970, mais rien n’en est vraiment ressorti en raison des prix peu élevés de l’époque. L’entreprise Geodex Minerals s’est portée acquéreur de la propriété, qu’elle a commencé à exploiter plus à fond en 2004. « Vers la fin de 2010, Northcliff est devenue coentrepreneur de Geodex à titre d’actionnaire majoritaire », raconte M. Zahovskis, « puis nous avons acquis les parts restantes au printemps 2012. »

L’attention à la métallurgie

Northcliff a procédé à des forages supplémentaires en 2010 et 2011 en vue de l’étude de faisabilité. La ressource est un gisement d’un amas intrusif de tungstène-molybdène de grande taille. Le feuillet de documentation de l’entreprise décrit cet amas comme étant « porté par des roches volcaniques et sédimentaires déformées et métamorphosées d’âge cambrien à ordovicien, associées à des intrusions de granodiorite, de gabbro et de granite de l’âge dévonien. La minéralisation du tungstène et du molybdène produit principalement de la scheelite et de la molybdénite, que l’on retrouve dans des filons de quartz fortement inclinés et le long des fractures, ainsi que sous forme de disséminations. »

Étant donné la faible teneur du minerai, celui-ci a été l’objet de nombreux tests. « Nous avons passé beaucoup de temps, près de 18 mois, à faire des essais métallurgiques », affirme Chris Zahovskis. « En 2011, nous avons lancé un important programme d’échantillonnage. Nous avons extrait 35 tonnes d’échantillons à l’échelle du gisement et en avons fait un composite représentant les diverses phases d’extraction ainsi que différents domaines lithologiques. Puis nous avons effectué les essais métallurgiques dans le cadre d’un programme complet avec SGS Lakefield. Nous avons commencé par des essais par lots, suivis d’essais cycliques, et nous avons même exploité une usine pilote à Lakefield pendant une brève période de temps afin de concevoir le concentrateur pour l’exploitation de Sisson. »

Les travaux à la mine à ciel ouvert seront pour la plupart d’exécution standardisée. « Nous commencerons par les travaux de défrichement et d’essouchement en vue du retrait de la végétation », explique M. Zahovskis. « Le forage et l’abattage à l’explosif viendront ensuite afin d’éliminer une partie du substrat rocheux, puis nous nous mettrons simplement à creuser. » À l’instar d’une mine de cuivre à ciel ouvert, la fosse sera fonction de la géométrie et de la teneur du minerai, de même que du taux de production. « Nous avons adopté cette conception particulière dans l’idée d’optimiser autant que possible tant la teneur des minerais que les coûts d’exploitation », précise M. Zahovskis.

Le broyeur principal sera adjacent à la mine afin de minimiser les déplacements des camions à benne d’une capacité de 136 tonnes, qui seront appelés à livrer 10,5 tonnes métriques de minerai par année. L’usine de concentration sera située pour sa part à un kilomètre de la mine; elle abritera les cylindres secondaires de concasseur conique, les cylindres tertiaires haute pression et un broyeur à boulets mono-étagé à deux lignes. « Vient ensuite l’étape de la flottation, en commençant par le molybdène, suivi du tungstène », explique M. Zahovskis. Des concentrés de molybdène et de tungstène doivent alors être déshydratés. Le concentré de molybdène sera vendu à des tiers, qui en poursuivront le traitement. Quant au concentré de tungstène, il sera transformé en tungstate(VI) d’ammonium sur le site même. Un entrepôt servira au stockage des résidus provenant de l’usine de traitement et de l’usine de tungstate(VI) d’ammonium, de même que des déchets de la mine.

M. Zahovskis indique qu’il n’y a rien de vraiment nouveau, dans l’ensemble, et que le processus correspond à ce qui se fait actuellement dans l’industrie, y compris le traitement du tungstate(VI) d’ammonium. « Nous avons effectué suffisamment d’essais à l’aide de notre propre matériel pour savoir que nous pourrions recouvrer de très bonnes quantités de trioxyde de tungstène de cette usine », dit-il.

L’emplacement est primordial

L’emplacement du site facilite l’arrivée du personnel et des approvisionnements et l’expédition du produit. La route principale s’étend sur 100 kilomètres depuis Fredericton et une ligne ferroviaire se trouve à 15 kilomètres du site, toutes deux conduisant directement aux ports de haute mer de Saint-Jean au sud et de Belledune au nord-est. Une ligne de transport d’électricité de 345 kilovolts traverse la propriété de Sisson et une seconde ligne de 138 kilovolts, longue de 42 kilomètres, sera érigée expressément pour les besoins du projet.

Une main-d’œuvre locale qualifiée constitue un aspect important du projet Sisson. « Nous n’utiliserons pas de navette aérienne », de dire Chris Zahovskis. « Le site est suffisamment proche des localités environnantes, et même de Fredericton, pour que les gens puissent s’y rendre tout les jours et retourner chez eux après leur quart de travail. » Fredericton est à environ 80 minutes de route et celle-ci est parsemée de petites villes. « Nous sommes donc d’avis que les gens n’aurons pas à se taper d’interminables heures de navette. » M. Zahovskis dit connaître des travailleurs qui doivent endurer des navettes de cinq heures chaque jour pour pouvoir travailler dans les mines de la région. « La province regorge de main-d’œuvre qualifiée », ajoute-t-il. Qui plus est, la fermeture de la mine Xstrata de Bathurst, au Nouveau-Brunswick, plus tard cette année, contribuera peut-être à grossir les rangs des personnes de métier et des opérateurs. Zahovskis indique que de nombreuses personnes qualifiées ont quitté la province et qu’elles seraient heureuses d’accepter un poste qui les rapprocherait de chez elles. « Et puis, nous formerons nos employés au fur et à mesure que nous embaucherons. »

Il reste encore beaucoup à faire, notamment la signature d’ententes d’écoulement, avant que le projet n’obtienne le feu vert. « Avant l’étude de faisabilité, il était évident que nous ne pouvions donner de détails sur les quantités, les coûts et ainsi de suite », dit M. Zahovskis. « Mais maintenant que l’étude est achevée, nous pouvons poursuivre nos discussions avec des acheteurs potentiels et d’autres qui ont démontré un intérêt possible face au projet. »

La concurrence la plus importante vient de toute évidence du marché chinois de la production de minerai, mais Zahovskis se dit confiant face au projet canadien. Nous nous attendons en fait à ce que nos coûts de production de tungstate(VI) d’ammonium reflètent ceux de la Chine, puisque nous aurons notre propre usine, dit-il. La plupart des exportations chinoises visent les trois grands marchés du Japon, de l’Amérique du Nord et de l’Europe, qui, avec la Chine, sont les principaux utilisateurs de tungstène. Sisson est idéalement situé par rapport aux marchés nord-américain et européen, de l’avis de M. Zahovskis, si bien que lorsque le produit se retrouvera sur un navire océanique, il pourra être expédié partout dans le monde. La signature des contrats d’écoulement est prévue pour la fin de cette année.

Et maintenant qu’une étude de faisabilité est en place, les travaux d’ingénierie de base commenceront sous peu. Des négociations de financement sérieuses peuvent également être entreprises. Le financement autonome du projet de 579 millions de dollars peut s’avérer difficile et Zahovskis avoue qu’il cherche de possibles coentrepreneurs qui pourraient se montrer intéressés à investir dans le projet, ces associés pouvant ou non être liés à l’écoulement du produit. « Une part du financement viendra évidemment d’un prêt », dit-il. « Lorsque nous aurons signé les contrats d’écoulement, nous pourrons discuter de financement par emprunt avec les banques, ce qui nous permettra ensuite de déterminer le financement par actions qu’il nous restera à établir. » M. Zahovskis prévoit finaliser cet aspect au milieu de 2014.

Il compte également remettre le rapport sur les répercussions environnementales du projet vers la fin du second trimestre de cette année. « Nous devrions avoir le feu vert au cours du second semestre de 2014. » Northcliff entend d’ici là se procurer les permis qui lui permettront d’entreprendre la construction dès l’approbation de l’étude d’impact sur l’environnement.

Traduit par SDL

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