mai 2013

La perception est-elle la réalité?

Examen de la méthodologie et de l’utilité de l’enquête annuelle de l’Institut Fraser sur les juridictions minières

Par Virginia Heffernan

Les résultats de l’enquête annuelle sur les sociétés minières de l’Institut Fraser ont été publiés en mars. La Finlande est au premier rang et l'Indonésie au dernier rang de ce classement des juridictions favorables aux investissements miniers. Depuis la publication de la première enquête en 1997, ce document est devenu une lecture incontournable pour les investisseurs, les décideurs et les organismes de réglementation qui souhaitent évaluer les risques pris par les sociétés minières lorsqu’elles choisissent de mener leurs activités dans certaines juridictions.

Mais quel est le niveau de fiabilité d’un rapport de recherche fondé exclusivement sur la perception?

Dans leur évaluation de l’attrait global d’une juridiction pour l’investissement minier, les participants à l’enquête ont tenu compte, entre autres facteurs, du niveau d’imposition, de la qualité des bases de données géologiques et de l’incertitude quant à la réglementation et les aires protégées. Dans la dernière publication de l’enquête, l’Institut a communiqué directement avec 4 100 représentants de l’industrie, et plusieurs entreprises ont distribué l’enquête à leurs membres. De ce nombre, 742 y ont répondu, la plupart étant des présidents ou des vice-présidents de sociétés.

Les résultats de l’enquête ont parfois irrité certaines organisations régionales. Après la publication des résultats de l’enquête de 2011, Michael McPhie, président de l’Association for Mineral Exploration British Columbia, a interpellé l’Institut pour que l’enquête soit modifiée afin de tenir compte des faits et des données réelles et qu’elle reflète ainsi les politiques et l’environnement en matière d’investissement mis en place dans chaque juridiction.

La Colombie-Britannique se classe actuellement au 31e rang des 96 régions minières évaluées, toujours dans le premier tiers du classement, mais à une position passablement inférieure à celle des autres régions canadiennes, à l’exception du Nunavut (37e rang) et des Territoires du Nord-Ouest (29e rang), et ce, malgré une augmentation de 50 pour cent de ses dépenses d’exploration qui ont atteint 600 millions de dollars en 2012. « Il s’agit d’une enquête fondée sur la perception. Je crois que l’utilisation de faits et de chiffres réels permettrait d’obtenir des résultats plus probants » précise Rich Coleman, ministre de l’Énergie, des Mines et du Gaz naturel de la Colombie-Britannique. Durant la dernière année, la province a investi 7 millions de dollars afin d’améliorer le processus d’obtention de permis pour les projets miniers. « Les résultats du sondage semblent contredire les faits observés, soit les investissements importants consacrés à l’exploitation et à l’exploration minières en Colombie-Britannique », ajoute-t-il.

Idéalement, l’enquête devrait intégrer certaines mesures directes de l’incidence des politiques sur l’investissement minier, reconnaît Alana Wilson, coauteur de l’enquête et analyste des politiques pour le Centre d’études sur l’énergie et les ressources naturelles de l’Institut Fraser. Mais le délai entre les changements de politiques et leurs répercussions en matière d’investissement, ainsi que le peu de données sur les investissements rendent cet objectif difficile, voire impossible à atteindre.

« Il est cependant possible de saisir en temps opportun les impressions des cadres des sociétés minières, et c’est ce que notre enquête s’efforce de faire » poursuit Alana Wilson. « À partir des commentaires reçus des acteurs du secteur minier, des nombreuses citations de nos résultats dans les médias et dans les revues spécialisées et de l’attention portée à notre enquête par les organismes de réglementation du secteur minier, nous pensons que l’enquête décrit fidèlement l’influence des divers facteurs associés aux politiques. »

Selon Robert Bassett, chef d’équipe du secteur minier pour la société Holland & Hart du Colorado, l’enquête reflète en grande partie l’expérience vécue en pratique par les experts juridiques du domaine minier. « C’est une mesure de perception raisonnablement fiable et bien souvent la perception est fidèle à la réalité. »

Il ajoute que l’enquête fait partie des nombreux documents qu’il recommande à ses clients d’étudier avant d’envisager d’investir dans une région. Les données et les recherches gouvernementales, tels les Guides commerciaux par pays du Département d’État des États-Unis ou le Rapport sur la compétitivité mondiale du Forum économique mondial, constituent également des ressources précieuses.

Une autre source de renseignements, le Behre Dolbear Group, produit un classement annuel similaire à l’enquête de l’Institut Fraser à partir de sources confidentielles, de bases de données publiques et des évaluations des risques politiques des principaux acteurs de l’industrie. La principale différence est que cette étude ne porte que sur 25 pays, alors que celle de l’enquête de l’Institut Fraser porte sur 96 juridictions.

Mais, globalement, les deux groupes arrivent aux mêmes conclusions. Dans le classement de Behre Dolbear, le Canada, l’Australie et le Chili se classent dans les premiers rangs. Bien que l’enquête de l’Institut Fraser évalue les provinces et les territoires du Canada ainsi que les États de l’Australie comme des régions distinctes, presque toutes celles-ci font partie des 40 régions au sommet du classement et le Canada en compte trois (l’Alberta, le Nouveau-Brunswick et le Yukon) dans les 10 premiers rangs. Le Chili se classe au 23e rang. La Russie, la Bolivie et la République démocratique du Congo se classent dans les derniers rangs dans les deux enquêtes.

Dans l’enquête de l’Institut Fraser de cette année, la Finlande est passée au premier rang du classement, alors qu’elle occupait le deuxième rang l’an dernier. Pour en savoir plus sur le climat d’investissement dans le secteur minier de la Finlande, consultez l’article en page 58.

Traduit par SDL

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