mars/avril 2013

Avancer sur la pointe des pieds en matière de taxes

Les fournisseurs canadiens doivent livrer des produits uniques pour pouvoir accéder au marché brésilien

Par Correy Baldwin

Marcotte Mining Machinery Services Inc. réussit à exporter son équipement au Brésil sans payer les droits car la société n’a aucun concurrent au pays | Courtoisie de Marcotte Mining Machinery Inc


Compte tenu de ses vastes réserves minérales, de sa main-d’œuvre bien éduquée, de ses infrastructures améliorées et de la récente augmentation des privatisations, l’intérêt international est grand pour l’industrie minière du Brésil. De nouvelles zones riches en minerais s’ouvrent, ce qui attire investisseurs et fournisseurs du monde entier. Actuellement, 45 fournisseurs canadiens d’équipement minier et 20 fournisseurs de services travaillent au pays.

« Le Brésil est un grand marché qui présente beaucoup d’occasions, résume Geraldo Pinto », directeur du développement des affaires international chez Marcotte Mining Machinery Services. « L’économie brésilienne est très stable. Depuis huit ans déjà, avec le dernier président, Lula da Silva, et plus récemment grâce à la présidente Dilma Rousseff, le pays se porte très bien. » Bien que, selon M. Pinto, Marcotte se concentre d’abord sur le Mexique, les mines souterraines brésiliennes pourraient représenter de gros chiffres pour son entreprise qui fabrique et livre des véhicules utilitaires souterrains.

Au cours des dix dernières années, l’économie brésilienne est passée de difficile à florissante, et le pays est désormais considéré comme un marché d’importance stratégique par les investisseurs. Son économie arrive au septième rang mondial, avec un PIB de 2 400 milliards $ USD. L’exploitation et le traitement de minerais représentent une part croissante de cette économie. Le secteur a rapporté 39 milliards $ USD en 2010.

Les taxes compliquent les choses

Mais les fournisseurs étrangers doivent toujours relever des défis, les taux de taxation n’étant pas les moindres. « Honnêtement, le Brésil n’est pas une solution de facilité », résume Jean-Phillip Bouchard, directeur de compte du secteur minier chez ISAAC Instruments. « Le marché peut présenter des défis, mais il est grand, et il mérite certainement notre attention. » ISAAC Instruments produit des solutions de télémétrie en véhicule pour les mines souterraines et à ciel ouvert.

M. Bouchard précise que l’entreprise n’est pas attirée par le marché brésilien en particulier, mais que son potentiel naissant en fait une cible stratégique. « Notre objectif est de nous trouver parmi les 500 principales sociétés minières pour ce que nous offrons, et un grand nombre de nos clients potentiels se trouvent au Brésil, note-t-il. L’Amérique du Nord et du Sud constituent nos principales cibles pour le moment. »

L’enthousiasme des entreprises canadiennes est refroidi par les mesures de protection de l’industrie locale qu’a introduites le gouvernement brésilien, explique Franz Brandenberger, attaché commercial du Canada au Brésil : « Le Brésil a une importante industrie locale qui répond à plus de 90 pour cent de sa demande intérieure en équipement et services miniers. Le marché est très concurrentiel, et le gouvernement brésilien s’efforce de protéger l’industrie locale en imposant des taxes élevées sur l’importation d’équipement, notamment pour l’équipement qui se fabrique aussi au pays. » En fait, le Brésil a maintenant autant de fournisseurs du secteur minier que le Canada, et le nombre de fournisseurs brésiliens, qui affiche une croissance de 25 pour cent au cours des deux dernières années, est en croissance rapide.

Le gouvernement brésilien protège bien son industrie locale, indique M. Pinto. « Tout compte fait, les taxes représentent entre 50 et 70 pour cent du prix du produit (coût, assurance, transport). Avec un tel niveau de taxation, très peu de produits étrangers peuvent faire concurrence aux produits comparables fabriqués au Brésil. »

Certains pays, comme les États-Unis, l’Allemagne, la France, l’Italie et la Chine, ont fondé des usines au Brésil même pour contourner le problème que représente la taxation. Les sociétés canadiennes n’ont pas encore fait beaucoup de progrès dans ce domaine, sauf quelques exceptions comme Metso. « Les fournisseurs d’équipement canadiens sont généralement des petites et moyennes entreprises qui n’ont pas les moyens d’investir les sommes énormes nécessaires à l’installation d’une usine là-bas », précise M. Brandenberger.

Mais certaines nouvelles sont encourageantes. Les importateurs peuvent demander une réduction de taxe – jusqu’à zéro pour cent – pour les produits qu’ils ne peuvent se procurer auprès de fournisseurs locaux. « Avant d’importer, explique M. Pinto, ils doivent faire une demande au gouvernement en expliquant : “je prévois importer cette machine, mais elle n’est pas fabriquée au Brésil, et il n’y a donc aucun conflit avec une société brésilienne, alors nous aimerions demander une réduction de la taxe.” » C’est ainsi que Marcotte est en mesure de vendre ses véhicules au Brésil sans payer de taxe. « Nous n’avons aucune concurrence au pays, ajoute M. Pinto. Nos principaux concurrents se trouvent ici, au Canada. »

Les taxes sont peut-être élevées, précise M. Pinto, « mais d’un autre côté, le Brésil accueille très bien les nouveaux produits et technologies qui n’entrent pas en concurrence avec des produits brésiliens. » Cela incite les sociétés internationales à offrir un produit innovateur, spécialisé ou de qualité supérieure. La plus grande partie des ventes d’équipement minier canadien se font dans des marchés de niche précis.

M. Brandenberger cite les appareils de forage exploratoire comme un exemple de produit canadien en demande : « Les appareils de forage canadiens sont bien plus chers que les appareils locaux, mais ils sont à la fine pointe de la technologie et très fiables. »

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