mars/avril 2013

Les mineurs font fi de l’arrêt du projet du CN

Les sociétés d’extraction de minerai de fer iront de l’avant même si le chemin de fer n’augmente pas en capacité

Par Peter Diekmeyer

Pour le moment, les sociétés d’extraction de minerai de fer de la fosse du Labrador se contenteront des modes de transport disponibles, maintenant que le CN a remisé son projet d’évaluation de la construction d’un chemin de fer de 550 km traversant la région pour 5 milliards $ | Courtoisie de CN


Les extracteurs de minerai de fer estiment que rien n’a changé depuis l’arrêt par le CN de l’étude de faisabilité du projet d’expansion du chemin de fer et de la capacité de transport de minerai dans la région riche en ressources de la fosse du Labrador, au coût estimé à 5 milliards $.

En août dernier, le CN, la Caisse de dépôt et de placement du Québec et six sociétés minières ont convenu de démarrer une étude visant à évaluer le coût projeté et les paramètres techniques de la construction d’un réseau ferroviaire partagé de 550 kilomètres, qui permettrait de transporter le minerai de la fosse du Labrador vers la ville portuaire de Sept-Îles, au Québec. L’étude évaluait aussi la possibilité de bâtir une usine de manutention et de stockage d’une capacité annuelle de 125 millions de tonnes à Sept-Îles. Actuellement, le chemin de fer Quebec North Shore and Labrador Railway, qui appartient à la Compagnie Minière IOC, est le transporteur de deux mines exploitées par Cliffs Natural Resources et du projet Labrador Iron Mines Holdings. ArcelorMittal utilise son propre chemin de fer entre ses sites de Mont-Wright et Port-Cartier.

Malgré l’annonce de progrès, en février, le CN a justifié sa décision par les réalités du marché actuel et « des délais attendus dans le développement des projets miniers dans la fosse du Labrador et aux alentours ». Des conflits entre les échéanciers de construction et les besoins divergents de chacun des projets compliquaient la tâche du transporteur ferroviaire chargé de calculer le volume de minerai de fer nécessaire pour soutenir le projet. Adriana Resources et Century Iron Mines ne se sont pas engagés dans l’étude, ce qui a influencé la décision du CN. Les sociétés minières ayant participé au projet sont Cliffs Natural Resources, Champion Iron Mines, Labrador Iron Mines Holdings, New Millennium Iron Corp., Cap-Ex Ventures Ltd. et Alderon Iron Ore Corp.

Pour la Labrador Iron Mines Holdings, cela aura peu de conséquences. « Nos installations sont en production depuis un certain temps, et nous avons donc déjà des solutions pour le transport », précise Keren Yun, vice-président des relations aux investisseurs et des communications. « Nous avons accepté de participer, mais en tenant les coûts au minimum, pour voir les choix qui pourraient être offerts. Mais le projet ne devait se compléter qu’en 2017 ou en 2018, ce qui en réduisait la valeur potentielle à nos yeux. »

Ian Chadsey, porte-parole d’Alderon, indique que son entreprise ira de l’avant avec l’infrastructure de transport actuelle. Alderon ne devrait démarrer la production, au projet Kami près de Labrador City, qu’en 2016, ce qui laisse une certaine flexibilité de planification. M. Chadsey ajoute que la société ne comptait pas sur le développement proposé, puisque la Quebec North Shore and Labrador Railway répond aux besoins du projet. « Nous sommes situés près d’un chemin de fer existant et dont la capacité actuelle est plus que suffisante, alors ça devrait aller », précise-t-il.

New Millennium Iron a publié un communiqué soulignant que si le projet de chemin de fer pourrait être une solution au transport de la production du projet Taconite jusqu’à la côte, la société prévoit acheminer son produit sous la forme de coulis concentré par ferroduc. « La suspension de ce projet n’aura aucune incidence », précise Dean Journeaux, président et chef de la direction de l’entreprise. Le projet Taconite en est à l’étude de faisabilité.

La fosse du Labrador qui chevauche la frontière entre le Québec et Terre-Neuve-et-Labrador au sud de la Baie d’Ungava sur 1600 kilomètres, abrite des mines depuis presque 60 ans. Mais la région attire de plus en plus l’attention, avec la croissance de la demande des économies émergentes.

Si les occasions de développement abondent, le contexte économique est rude, ce qui rend de nombreux investisseurs réticents à avancer les sommes importantes nécessaires au lancement de nouvelles exploitations. Leurs doutes sont amplifiés par la distance entre la région et les infrastructures disponibles, notamment les installations portuaires nécessaires à l’acheminement de la production vers les principaux marchés.

L’étude de faisabilité du chemin de fer est remisée pour le moment, mais on ignore pour combien de temps. Au moment de l’annonce de cette initiative, en août dernier, le prix du minerai de fer, qui dépend de la demande des marchés chinois, vivotait sous la barre des 90 $ par tonne métrique sèche. Mais les prix ont rebondi à plus de 150 $ la tonne en février grâce à la baisse des stocks chinois, dont on disait qu’ils avaient atteint leur niveau le plus bas en trois ans. Peu de temps après l’interruption du projet du CN, Champion Iron Mines annonçait qu’elle s’efforcerait d’obtenir un appui pour la construction d’une ligne de chemin de fer entre sa propriété de Fire Lake North et Sept-Îles.

Traduit par SDL

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