mars/avril 2013

L’industrie en bref

Par Herb Mathisen

Teck passe à une approche conservatrice

Après une production record de cuivre en 2012 et une augmentation des capacités globales de production de charbon, les prévisions de Teck Resources sont optimistes mais prudentes pour 2013. Lors d’un appel-conférence en février portant sur la présentation des résultats financiers de fin d’année aux investisseurs, Don Lindsay, chef de la direction, a confirmé que l’entreprise laisserait un peu de charbon sous terre en 2013, compte tenu du cours actuel. « La production de charbon conseillée se situe entre 24 et 25 millions de tonnes, ce qui est en-deçà de notre capacité de production actuelle de 27 millions de tonnes, car nous continuons d’ajuster notre production aux conditions du marché », précise-t-il. Le prix du charbon a chuté de 37 pour cent au quatrième trimestre de l’année 2012, par rapport à la même période en 2011. Teck a aussi produit la quantité record de 373 000 tonnes de cuivre l’an dernier, dont 103 000 tonnes au dernier trimestre, mais diminuera sa production principalement à cause de la baisse de la qualité de ses minerais.

Si M. Lindsay a assuré que l’entreprise ira jusqu’au bout, il n’a pas fermé la porte à une éventuelle acquisition, notamment dans le domaine du cuivre ou du fer. Avec la confortable somme de 3 milliards $ dans les coffres de Teck, M. Lindsay laisse croire que certains actifs sont désormais disponibles et qu’une entente pourrait être conclue, si le prix est convenable. « Bien sûr le cuivre est une priorité pour nous tous et, avec le déclin de la production sur les prochaines années, nous pourrions combler notre écart de cette façon », ajoute-t-il.

Attention et appréhension à la conférence de l’ACPE

Malgré les sombres perspectives qui entourent le secteur de l’exploration minière, la conférence annuelle de l’Association canadienne des prospecteurs etentrepreneurs (ACPE) a réuni à Toronto plus de 30 000 délégués du monde entier du 3 au 6 mars dernier.

L’événement, auquel ont participé des représentants gouvernementaux, des dirigeants du secteur minier, des étudiants, des géologues et des investisseurs du monde entier, comptait plus de 20 séances techniques et plusieurs programmes portant sur des sujets aussi variés que l’engagement et la consultation des autochtones, la responsabilité sociale des entreprises et des ateliers d’investisseurs.

« Si de nombreuses personnes souriaient, et j’ai pu parler à quelques personnes qui avaient conclu une entente au cours de la semaine – et je crois que c’est un aspect essentiel de cet événement – du point de vue des petites entreprises et des projets d’exploration en friche, les temps sont durs pour qui cherche à obtenir du financement », résume Ross Gallinger, chef de la direction de l’ACPE.

Avec le ralentissement économique actuel, M. Gallinger précise que l’ACPE s’efforcera d’aider les entreprises à conserver leurs professionnels hautement qualifiés dans le domaine de l’exploration et travaillera à développer des manières pour celles-ci d’obtenir du financement et de réduire leurs coûts afin de garder la tête au-dessus de l’eau. Par exemple, l’association tâchera par ses efforts concertés de lobbying de faire en sorte que le gouvernement renouvelle et étende le crédit d’impôt pour l’exploration de minerai.

Quant à la conférence de l’an prochain, qui aura lieu à Toronto du 2 au 5 mars 2014, M. Gallinger annonce qu’une bonne part du programme est déjà déterminée, même si la planification en est encore à ses débuts. « Nous ne regardons pas encore si loin dans l’avenir, indique-t-il. Bien sûr, nous devrons réévaluer l’état de l’industrie dans six mois ».

Des règles plus strictes sur le réaménagement des mines sont attendues au Québec

Tenant l’une des promesses électorales du Parti Québécois, la ministre québécoise des ressources naturelles, Martine Ouellet, a annoncé l’intention du gouvernement d’augmenter les garanties financières que les sociétés minières doivent fournir en début de projet pour restaurer le site d’extraction entier à la fermeture de la mine. Actuellement, les sociétés doivent fournir des garanties de 70 pour cent des coûts de nettoyage des zones d’accumulation comme les tas de résidus et de rebuts sur une période de 15 ans. Mais ce chiffre passera bientôt à 100 pour cent de tous les coûts de nettoyage, lesquels devront être disponibles dans les trois ans qui suivent le début de l’exploitation. 50 pour cent de la somme sera due dans les 90 jours suivant la présentation du plan de fermeture d’une usine, et 25 pour cent supplémentaires seront dus à chacune des deux années suivantes.

« Pour un site d’exploitation minière, cela veut dire qu’il faudra immobiliser beaucoup d’investissement dans cette garantie », indique Charles Kazaz, spécialiste des lois environnementales chez Blake, Cassels & Graydon LLP. La loi ne fait pas partie du projet de loi sur les mines attendu de Québec prochainement, puisque ces nouvelles règles sont soumises à l’approbation du cabinet plutôt qu’à celle de l’Assemblée nationale. M. Kazaz ajoute que ces changements rapprocheront la réglementation québécoise à ce qui se fait ailleurs au Canada.

Marius Kloppers, chef de la direction de BHP Billiton, prend sa retraite

Le jeu des chaises musicales se poursuit. Cette fois, c’est le parton de BHP Billiton, Marius Kloppers, qui a annoncé le 20 février dernier qu’il quitterait sa fonction de chef de la direction de la plus grande société minière du monde le 10 mai prochain. Andrew Mackenzie, directeur général de la division des minerais non ferreux de BHP, a été nommé à sa succession. M. Mackenzie, 56 ans, raconte que M. Kloppers l’a persuadé de se joindre à BHP il y a cinq ans.

M. Kloppers était chez BHP depuis près de 20 ans et a pris le rôle de chef de la direction en octobre 2007, juste avant la récession mondiale de 2008. « Il a fait entrer de nouvelles sources d’investissement dans une nouvelle génération d’occasions, comme les gaz et liquides à terre aux Etats-Unis, et il a créé l’une des sociétés de plus grande valeur au monde », rappelle le président Jac Nasser dans son énoncé. « Il laisse une BHP Billiton plus sûre et plus forte. »

M. Kloppers s’est récemment attelé à la tâche de simplifier le portfolio de BHP, se dessaisissant des projets non essentiels pour se concentrer sur les actifs à longue durée de vie et de moindre coût, ce qui demandait de vendre la division des diamants à la société Harry Winston Diamond Corporation. BHP a affiché des bénéfices de 4,23 milliards $ USD au second semestre de 2012, en baisse de 57,8 pour cent par rapport à la même période de l’année précédente, nommant comme facteur le faible coût des marchandises. M. Mackenzie a mentionné son intention de garder le point de mire de BHP sur la gestion disciplinée des investissements.

Une explosion dans une mine de charbon fait 18 morts en Russie

Une explosion de méthane à la mine de charbon Vorkutinskaya de Severstal, en Russie, a causé la mort de 18 mineurs le matin du 11 février. Selon l’entreprise, trois autres travailleurs ont été blessés dans l’explosion, et l’un d’eux a dû être évacué vers un hôpital de Moscou. Le service des urgences du gouvernement russe a annoncé que 241 travailleurs ont pu être évacués de la mine située au nord du cercle polaire arctique, près de la ville de Vorkuta.

La mine a rouvert ses portes le 15 février, mais les activités ont été suspendues sur le côté sud touché par l’explosion. Les tunnels y ont été scellés pour permettre au gouvernement d’enquêter sur la cause de l’explosion. « Pour le moment, nous ne pouvons pas dire ce qui pourrait avoir causé l’explosion, parce que l’enquête n’est pas encore terminée », indique Anastasia Mishanina, porte-parole de Severstal. « Cela prendra un certain temps. » Severstal a offert environ 1,33 million $ en compensation aux familles endeuillées des mineurs.

Gravelle redevient ministre ontarien des mines

Michael Gravelle a repris le titre de ministre du développement du nord et des mines de l’Ontario. La première ministre Kathleen Wynne l’a nommé pour remplacer Rick Bartolucci qui est parti à la retraite. M. Gravelle, membre du parlement provincial originaire de Thunder Bay, a tenu ce poste de 2007 à 2011. Il a indiqué que la mise en place de la loi ontarienne sur la modernisation des mines sera d’emblée l’une de ses priorités. La loi exige une consultation rapide entre les Premières Nations et les sociétés minières, et M. Gravelle indique qu’elle offre un cadre clair et progressif en matière de consultation des autochtones.

L’un des premiers appels de M. Gravelle après sa nomination fut fait à Joseph Carrabba, chef de la direction de Cliffs Natural Resources, pour discuter des initiatives d’infrastructure pour le projet de chromite Ring of Fire proposé par Cliffs. Cliffs a appelé à la coopération des divers paliers gouvernementaux pour développer un accès à cette région. « Je crois que nous avons un rôle à jouer, mais j’aimerais ajouter que le gouvernement fédéral a un rôle très important à jouer aussi », a précisé M. Gravelle, ajoutant qu’il trouvait encourageant de voir que le gouvernement Harper a nommé Tony Clement à la direction du dossier Ring of Fire.

Le projet d’usine à Bécancour est abandonné

Invoquant les faibles conditions du marché du titane et son besoin de limiter ses coûts, Rio Tinto Iron and Titanium (RTIT) a annoncé au début de février qu’elle mettait fin à l’étude de faisabilité préliminaire chargée d’évaluer, entre autres, la construction d’une usine de traitement de plusieurs millions de dollars à Bécancour, au Québec.

L’usine envisagée s’inscrivait dans le cadre du projet TiO4 de RTIT, conçu pour assurer la croissance de l’entreprise dans le secteur de l’extraction et du traitement du titane. Si les études de faisabilité préliminaires du projet TiO4 ont été suspendues pour les opérations au Canada et à Madagascar, une expansion de mine prévue en Afrique du Sud ira de l’avant, tout comme le travail d’exploration au Mozambique.

Bryan Tucker, porte-parole de Rio Tinto, précise que la décision n’affectera pas le projet TiO2050 de l’entreprise. Ce projet d’investissement de 800 millions $ qui aura lieu sur cinq ans au Québec, annoncé en 2011, prévoit l’augmentation des capacités de l’usine métallurgique de RTIT à Sorel-Tracy et l’extension de la durée de vie de la mine d’ilmenite à Havre-Saint-Pierre jusqu’en 2050. « Il est important de mentionner que la décision n’a rien à voir avec les changements récents au sein de notre organisation », souligne M. Tucker. L’ancien chef de la direction, Tom Albanese, a été remplacé par Sam Walsh en janvier.

Traduit par SDL

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