mars/avril 2013

Commentaire économique MAC

Un potentiel inutilisé : exploitation minière et gaz naturel

Par Brendan Marshall

 

Le prix du gaz naturel demeure stable, tandis que le prix du diesel a augmenté.| Source: CGA, Kent Group, Statistics Canada 326-0009


En 2010, les apports en énergie (carburant et électricité) ont coûté 2,2 milliards $ aux sociétés minières du Canada, ce qui en a fait le troisième coût de production en importance après les matériaux et les salaires. Une dépendance au diesel provenant souvent d’une infrastructure limitée ou inexistante aux sites distants a grandement contribué à ces coûts.

Cette dépendance au diesel laisse peu de marge de manœuvre aux exploitations minières pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES). Au milieu de ces préoccupations, de récents développements de gaz naturel ont attiré l’attention des sociétés minières. Les avancées technologiques en extraction du gaz ont stimulé l’approvisionnement grâce à de nouvelles découvertes et ont permis un meilleur accès aux dépôts connus. Grâce à ces développements sur le marché nord-américain, le prix du gaz maintient une moyenne basse. Et l’essence produit moins de GES que le diesel. Cela place le gaz naturel en bonne position pour aider les sociétés minières à réduire à la fois leurs coûts énergétiques et leurs émissions de carbone.

Avec les nouvelles lois sur la réduction des émissions attendues du gouvernement fédéral, différents programmes provinciaux et, plus récemment, l’arrivée de la Western Climate Initiative, les mesures d’incitation à la réduction des émissions de carbone vont croissant. Le diesel émet environ 0,9 tonne de dioxyde de carbone (CO2) par mégawatt-heure (mWh) d’électricité généré, tandis que pour produire la même quantité d’électricité, le gaz naturel n’émet que 0,6 tonne de CO2 sur une unité à cycle unique et 0,4 tonne sur une génératrice à cycle combiné. Selon la valeur du permis sur le marché ou le coût par tonne de la taxe sur le carbone, la réduction potentielle des émissions et l’économie sur la conformité aux lois sont significatives.

Sur le marché nord-américain, le prix du gaz naturel a clôturé à environ 4 $ par million de BTU (MMBTU) en 2012 – le même prix qu’à l’ouverture en 2000. En 2012, le carburant a affiché un prix moyen de 2,75 $ par MMBTU selon le Henry Hub, le niveau de prix pour les contrats à terme sur le gaz naturel échangés sur la bourse New York Mercantile Exchange. Le prix du diesel, par contre, a plus que doublé, passant de 16 $ à 34 $ par MMBTU dans la même période, pour un prix moyen de 34,88 $ par MMBTU en 2012. Pour bien apprécier cette augmentation de prix, sachons que chaque membre de l’AMC consomme en moyenne 2,2 millions de litres de diesel par mois sur une seule exploitation. Selon une simple comparaison de prix, pour 36 500 BTU par litre de diesel, le passage au gaz naturel sur une telle exploitation représenterait une économie de coût en énergie de plus de 2,5 millions $ par mois (plus de 30 millions $ par année) aux prix moyens de 2012. Étant donné que le prix du gaz naturel est plus volatil, comme l’ont montré les hausses de prix de l’hiver 2013 dans le nord-est des États-Unis, les questions portant sur l’efficacité d’un passage au gaz naturel exigent une analyse plus approfondie.

Actuellement, l’approvisionnement des sociétés minières en gaz naturel soulève des défis comparables à ceux qu’amènent les autres solutions de remplacement du diesel. Dans les régions éloignées, notamment dans le nord, aucun pipeline de distribution ni aucune transmission directe n’existent, et le coût de con struction d’un réseau d’acheminement demanderait d’énormes investissements. Le transport maritime du gaz naturel est aussi une solution coûteuse car elle exige des bateaux ainsi que des installations de déchargement et d’entreposage. C’est un défi en plusieurs étapes car les infrastructures portuaires existantes et les réseaux routiers quatre saisons sont très rares. En conséquence, de nombreux sites d’exploitation minière isolés ont déjà encouru des coûts irrécupérables en production et en entreposage du diesel.

Cela dit, les technologies recourant au gaz naturel s’améliorent toujours, ce qui en augmente l’utilité pour les sociétés minières. Certaines technologies de génération du gaz naturel sont conçues de manière à être compatibles avec les systèmes au diesel, ce qui réduit la somme d’investissement nécessaire au passage d’un carburant à l’autre. Du point de vue des utilisateurs, des progrès ont été réalisés dans le développement de moteurs au gaz naturel liquide pour les véhicules lourds. En juin 2012, Westport Innovations Inc., un leader mondial des moteurs au gaz naturel, a signé des ententes avec Caterpillar Inc. prévoyant le développement conjoint d’une technologie au gaz naturel pour l’équipement hors-route, y compris les camions minier (voir Injection d'efficacité). Les camions Cat 793, 795 et 797, qui seront compatibles avec le gaz naturel, sont attendus en 2017. Des gains considérables d’efficacité sur la technologie à cycle combiné ont été réalisés au cours des dix dernières années et permettent de réaliser un meilleur rendement par volume de carburant brûlé.

L’intérêt croissant pour le recours au potentiel que représente le gaz naturel continuera certainement de nourrir l’innovation, et les développements qui en découleront aideront les sociétés minières à relever les défis d’aujourd’hui. Bien que l’intérêt demeure limité pour le moment, certaines sociétés minières évaluent leurs possibilités de tirer profit de ces avantages et les mettent en place lorsque c’est possible. Pour aider ce mouvement, l’AMC est actuellement en pourparlers avec l’Association canadienne du gaz.

Les progrès déjà réalisés dans le domaine des véhicules miniers lourds laissent voir une tendance qui demeurera certainement soutenue grâce à la croissance de la demande pour des solutions basées sur le gaz naturel. Aucun scénario miracle n’est envisagé pour le moment, mais les sociétés minières gardent les yeux rivés sur le jeu.


Brendan Marshall est directeur des affaires économiques à l’AMC. Il travaille à promouvoir les intérêts de l’industrie minière et étudie les questions économiques importantes comme la fiscalité, les échanges et les investissements internationaux, le transport, l’énergie et les changements climatiques, ainsi que l’innovation.

Traduit par SDL

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