juin/juillet 2013

L'âge d'or de l'austérité

La chute du prix de l'or en avril force les sociétés minières à revoir leurs plans

Par Anna Reitman

Après avoir atteint 1 750 $ US en novembre, le prix de l'or a baissé régulièrement en 2013 avant de dégringoler à la mi-avril | Offert par www.kitco.com


On reproche aux sociétés minières de ne pas avoir tiré parti du prix de l'or alors qu'il était à la hausse. Mais maintenant que le prix de ce métal précieux a chuté, les actionnaires examinent de près les coupures de coûts.

Au milieu d'avril dernier, le prix de l'or a baissé de plus de 200 $ et, bien que d'importants achats de matériaux effectués en Asie aient calmé certaines inquiétudes, petits et grands producteurs n'ont de cesse d'annoncer un examen opérationnel de leurs résultats trimestriels.

Citant la baisse de prix comme motif des changements, le producteur canadien Yamana Gold a annoncé qu'il était à évaluer la production prévue pour les années à venir et qu'il songeait à suspendre ses projets de Cerro Moro, Suruca et Corpo Suen en Amérique du Sud. Les mines dont le coût tout inclus dépasse la moyenne de leur société d'exploitation, telles que Jacobina et Ernesto/Pau-a-Pique, sont aussi l'objet d'une étude minutieuse, bien que Yamaha fasse remarquer qu'elle compte poursuivre ses opérations dans les deux cas, ces mines présentant une valeur d'importance égale au prix du marché ou inférieure à celui-ci.

Au cours d'une conférence téléphonique en mai dernier, Charles Jeannes, président-directeur général de Goldcorp, a déclaré que sa société était d'avis que la récente baisse de prix de l'or marquait un ajustement en cours de cycle plutôt que le début d'un marché baissier. Il demeure toutefois que la compagnie réévaluera ses priorités afin de déterminer les coûts qu'il lui faudrait couper ou reporter si le prix à la baisse devait perdurer.

Newcrest, qui exploite des mines en Australie, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, en Afrique et en Indonésie, a fait savoir dans une conférence de presse qu'en raison « des projets d'envergure en pleine progression et d'une industrie qui pose plus de défis, [la compagnie] continue d'évaluer l'ensemble de ses activités, plus particulièrement celles liées à une production plus coûteuse, actuelle ou à venir. »

La société Barrick Gold, de son côté, a été durement touchée par l'importante chute du prix de ses actions, ainsi que par les revers essuyés à Pascua-Lama, au Chili, et par la dévalorisation de Moody de ses créances non garanties prioritaires. La cote, selon Moody, prend en compte « la volatilité des prix des métaux, la pression des coûts liés à l'exploitation et au développement, (ainsi que) le risque de retards importants des projets », entre autres facteurs.

Ces sociétés sont toutes confrontées aux mêmes problèmes, mais le changement qui découle d'une baisse de prix n'est pas nécessairement mauvais, de l'avis de Carole Ferguson, analyste pour SP Angel.

« Tout dépend de la façon dont s'opère la baisse et de l'incidence de celle-ci sur les prévisions opérationnelles, » explique-t-elle. « Lorsque les prix se stabilisent, les acheteurs peuvent alors examiner les diverses valeurs et choisir des actifs parmi les moins coûteux » Qui plus est, ajoute-t-elle, ces prix sont soutenus du fait que les projets marginaux ont peu de chance de voir le jour. À mesure que s'intensifie la pression pour réduire les dépenses d’investissement, les frais généraux découlant des projets en développement, des salaires des membres de la haute direction, des coûts liés aux sous-contractants et aux consultants, ainsi que du nombre total d'employés, pourraient se retrouver au tout début de la liste des éléments à réévaluer.

Pendant ce temps, les producteurs marginaux sont éliminés du jeu. Tanami Gold a mis fin à la production de sa mine d'or Coyote, en Australie, et mis son personnel à pied; la production trimestrielle de la mine était d'un peu plus de 5 000 onces au coût décaissé de 2 005 $ CA l'once, redevances comprises. La mine d'or Drumlummon de Silver & Gold, au Montana, prévoit mettre fin à la majeure partie de ses activités d’ici la fin du mois de juin après une production trimestrielle d'environ 21 000 onces d'argent et 2 150 onces d'or au prix de 2 288,73 $ US l'once d'or. « Malheureusement, la production de la mine de Drumlummon n'est plus économiquement viable au prix actuel de l'or, » a déclaré Darren Blasutti, au moment de remettre le premier rapport de résultats trimestriels de la société.

« J'ai bien peur que ce ne soit là que les premières de nombreuses fermetures », de dire Carole Ferguson, qui ajoute que la fermeture de projets dont les coûts d’exploitation sont les plus élevés est un reflet du sentiment qui anime le marché Si les actionnaires ne s'attendent pas à soutirer une valeur de la croissance du capital, dite-elle, ils s'y attendent du flux de rentrées. Mais les sociétés minières font savoir que même les dividendes sont sur la défensive. Randgold Resources, par exemple, a récemment payé 0,50 % US par dividende-actions au beau milieu d'une révolte par rapport aux salaires de la haute direction.

Les rapports sur tous les coûts décaissés se multiplient afin de mieux représenter les dépenses engagées. On y inclut les redevances, les délais fiscaux, le réinvestissement de maintien et le surdébit de gestion. Cette pratique ne constitue pas encore une norme de l'industrie, mais la communauté des investisseurs a louangé la migration vers une plus grande transparence.

Tant que les prix de l'or demeureront volatiles, les stratégies qui réussiront à apaiser le mécontentement des investisseurs reste à venir. Entretemps, prévoit Carole Ferguson, la gestion des coûts restera probablement en place tant que les actionnaires exigeront l'austérité au sein des opérations austères et qu'ils se pencheront sur les salaires gonflés des sociétés minières, petites et grandes.

Traduit par SDL

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