juin/juillet 2013

Le grand incendie de Porcupine

Timmins renaît de ses cendres

Par Correy Baldwin

Les résidents s'entassent sur les navires qu'ils lancent sur le lac Porcupine afin d'échapper aux flammes du grand incendie de Porcupine | Toronto Star/Library and Archives Canada/PA-179598

Au tournant du vingtième siècle, les rives du lac Porcupine, situé au nord-est de l'Ontario, étaient à la fois sauvages et vierges. Des études avaient auparavant démontré des traces d'or, mais la région était beaucoup trop sauvage pour attirer qui que ce soit.

Tout cela allait changer avec la venue du chemin de fer. Dès 1903, on construisit une ligne ferroviaire à l'est du lac Porcupine, permettant aux prospecteurs de s'aventurer plus avant dans la brousse. La construction venait à peine de commencer lorsque les cheminots découvrirent de l'argent, ce qui donna lieu à la ruée vers l'argent de Cobalt. Un petit nombre d'entre eux commencèrent à creuser les pourtours du lac Porcupine. Reuben D’Aigle, un vétéran du Klondike, prospecta dans la région en 1906 et 1907, mais n'y trouva toutefois que de petites quantités d'or et s'en fut donc en abandonnant ses outils au fond la dernière mine qu'il avait creusée. Or, cette infortune allait contribuer à faire passer D’Aigle dans les annales de l'histoire : à quelques mètres à peine de sa dernière mine gisait, dissimulé, un filon d'or qui allait plus tard compter parmi les trois grandes découvertes qui ont lancé la ruée vers l'or à Porcupine.

Celle-ci commença avec l'ancien cheminot Jack Wilson qui, en 1909, conduisit un groupe de quatre prospecteurs au lac Porcupine. En juin, le groupe tomba sur un affleurement rocheux strié de quartz, lui-même moucheté d'or. Creusant autour du rocher, les membres du groupe recouvrèrent 132 livres d'or en une seule nuit. Ils baptisèrent l'affleurement du nom de Dome et le riche filon devint la mine Dome.

Les nouvelles de la découverte se répandirent rapidement et les prospecteurs du coin se précipitèrent vers Porcupine. L'un de ceux-ci, Benny Hollinger, ancien barbier de profession, tomba par hasard sur la mine abandonnée de Reuben D’Aigle... et sur le filon d'or qui avait échappé à ce dernier. Hollinger et son associé jalonnèrent douze concessions, qu'ils se partagèrent ensuite en tirant à pile ou face. Par la suite, Hollinger vendit ses concessions à Noah Timmins, un homme d'affaires qui avaient investi dans les mines d’argent de Cobalt. Peu après, l'Écossais Sandy McIntyre aborna quatre concessions situées au nord de celles de Hollinger et découvrit la mine McIntyre.

Le printemps suivant, à la fonte des neiges, la ruée vers l'or commença. Des milliers de personnes envahirent la région, jalonnèrent des concessions et se mirent à creuser. Des campements furent érigés tout autour du lac Porcupine, tout comme les villes de Golden City, Pottsville, South Porcupine et Tisdale, qui attirèrent à leur tour hommes d'affaires et familles.

La compagnie de chemin de fer construisit une ligne secondaire menant à Golden City, dont l'achèvement se trouva retardé, les cheminots abandonnant le travail pour tirer parti des richesses des champs aurifères. À la fin, la province dut dépêcher une équipe de prisonniers afin d'achever les travaux et la ligne rejoignit Golden City au mois de juin 1911, à l'apogée de la ruée.

Puis survint un événement désastreux.

Le printemps de 1911, chaud et sec, donna lieu à une sécheresse qui se poursuivit au cours de l'été. Au mois de juillet, alors qu'aucune goutte de pluie n'était tombée depuis des semaines, les températures atteignaient les 40 °C. Le 10 juillet, les arbres asséchés de la forêt succombèrent à de nombreux petits feux de brousse que des vents forts transformèrent le lendemain en une seule et gigantesque flamme.

L'incendie grandit, s'étendant sur une distance de trente kilomètres et se propageant jusqu'aux villes et aux mines, et les gens prirent la fuite, la plupart par bateau. D'autres se réfugièrent dans les tunnels des mines, où ils suffoquèrent, le feu vidant ces dernières de leur oxygène. Un wagon remplit de dynamite prit feu et explosa, le choc donnant naissance à des vagues massives qui traversèrent le lac Porcupine, renversant les navires et noyant les passagers.

L'incendie destructeur dévasta deux cent mille hectares de forêt. South Porcupine fut réduite en cendres, tout comme Pottsville et la majeure partie de Golden City. Les campements ne furent pas non plus épargnés. Le lendemain, la ville de Cochrane, située à soixante kilomètre de là, gisait elle aussi en cendres. On craignait que des milliers avaient péri. Le décompte officiel fit état de soixante-treize morts, mais il est possible que jusqu'à deux cents personnes perdirent la vie dans l'incendie, car l'on ignore combien de prospecteurs avaient été emprisonnés dans la brousse.

Mais les habitants avaient du ressort, et Porcupine se remit de la tragédie. Les gens savaient qu'il leur était impossible de partir, pas tant et aussi longtemps que le sol encore fumant regorgerait d'or. Ils se mirent immédiatement à la reconstruction. Un intérêt revitalisé pour la région donna naissance à une nouvelle industrie et l'on vit bientôt une usine de pâtes à papier aux côtés des mines d'or remises en état.

Le Jour du travail de 1911, Noah Timmins vendit à l'encan les sites sur lesquels les anciens campements de Hollinger avaient été érigés et le nouveau village ainsi formé fut incorporé sous le nom de Timmins le premier Jour de l'an 1912. L'exploitation aurifère se poursuit encore aujourd'hui à Timmins.

Traduit par SDL

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