juin/juillet 2013

Financement

Réduire les risques associés aux actifs miniers pour accéder aux capitaux

Par Mauro Chiesa

Peu enclins à prendre des risques, les marchés financiers exigent des dividendes et de la prévisibilité. Une société minière qui cherche à obtenir un financement doit désormais tenir compte de deux nouvelles dimensions : la durabilité des flux de trésorerie et la gestion des risques. Désormais, le mantra des sociétés minières n’est plus de présenter, ou de laisser présager, les avantages de la découverte de sources potentiellement vastes calculées en onces, livres ou tonnes, mais de suivre les « directives ». Pour s’adapter rapidement à cette nouvelle conjoncture, les sociétés doivent adopter une stratégie de réduction des risques associés à leurs actifs miniers, qu’ils soient opérationnels ou en cours de développement.

Trop de systèmes comptables privilégient les onces au détriment des coûts totaux associés aux actifs existants ou en cours de développement. Aujourd’hui, la société minière type exploite sur six continents et assume un vaste éventail de coûts directs, indirects, communs et irrécupérables. Pour prendre les meilleures décisions qui soient, compte tenu des différents cloisonnements de l’information, elle doit absolument disposer d’un système d’information de gestion. SAP et Microsoft sont parmi celles qui vendent, dans le commerce, des systèmes répondant à ce type de besoin.

La haute direction d’une société qui possède un tel système se retrouve face à des décisions plus difficiles à prendre, en particulier quand il s’agit de rationner les fonds. La haute direction doit alors déployer une stratégie essentielle : constituer un groupe d’évaluation du risque interne qui étudiera les projets et les enjeux, de manière à tenir compte de toutes les dimensions possibles, parmi tous les cloisonnements existants, avant même de se présenter devant le conseil d’administration.

Une fois les coûts et les risques soupesés comme il convient, la société pourra se concentrer sur ces questions :

L’établissement des sources de trésorerie : Il faut évaluer toutes les unités de production et de coût pour déterminer la provenance du flux de trésorerie disponible (FTD). Le FTD est le flux de trésorerie lié aux activités d’exploitation, hors les investissements de maintien nécessaires. Il indique l’autosuffisance de l’entreprise. Si cette notion est simple à expliquer, elle se complique quand des coûts directs ou indirects, ou communs et partagés, entrent en jeu. L’évolution des marchés géographiques ajoute encore à cette complexité. Par exemple, une mine de minerai de fer dans la région Nord-Atlantique peut ne plus être optimale si les nouveaux marchés en plein essor se trouvent en Asie et que le pétrole coûte 120 $ le baril ou plus.

L’incidence du secteur public : Autrefois, le secteur public jouait un rôle important en offrant des incitatifs comme des subventions allégeant les coûts liés aux infrastructures, à l’énergie, à la formation ou à la remise en état. Un secteur public qui accuse un déficit risque de revoir ces subventions, voire d’augmenter les impôts et les redevances. C’est donc à l’entreprise qu’il revient d’évaluer ses actifs sans miser sur les subventions publiques et en tenant compte d’un régime d’impôts et de redevances plus élevé.

Des projets par étapes : Les économies d’échelle ont, à une époque, garanti une exploitation à faible coût et la survie des entreprises sur des marchés qui enregistraient, par exemple, un cours de l’étain ou du nickel à 1 $ la livre ou moins. Mais avec l’activité accrue qui règne sur les marchés des métaux et la difficulté de trouver des capitaux, il faut prudemment réévaluer les nouveaux projets en les divisant en phases, de sorte à respecter les limites budgétaires et à garantir l’auto-financement des phases ultérieures. Parmi les autres avantages, citons une mine ayant une durée de vie plus longue, ce qui favorise l’adhésion des autorités publiques, ainsi qu’une flexibilité accrue : deux phases peuvent être fusionnées (p. ex., Penasquito; Pueblo Viejo) mais l’inverse est impossible.

De meilleures réserves/ressources : Les programmes de forage peuvent être réorientés vers des réserves et (ou) des ressources de meilleure qualité, avec du forage intercalaire et du forage d’extension, plutôt que de s’axer sur le volume total en onces. Compte tenu de la variabilité qui a caractérisé les marchés des métaux au cours des cinq dernières années, il n’est pas exclu que les marchés souhaitent également connaître les divers cours présumés, sur les marchés des métaux, des ressources contenues in situ.

Des plans de mine solvables : Avant, les plans de mine et les profils de production se concentraient sur la valeur actuelle nette de l’actif de production. Désormais, dans le plan de mine, le FTD, initial et continu, fait de plus en plus l’objet d’un examen minutieux, en particulier si le projet se trouve au cœur d’une situation politique ou frontalière précaire et que le financement du marché à long terme est incertain.

Les permis : Le permis est un élément binaire qu’il est impossible de chiffrer. L’obtention précoce et flexible des permis est cruciale et il ne faut pas négliger de tenir compte de l’ensemble des autorités (et de votre conseiller juridique). Désormais, les permis sont considérés comme ayant une vie propre. Il est donc essentiel de les gérer de façon continue, leur suspension pouvant rapidement prendre un tour politique et ce, de façon irrévocable.

La salle d’information : La salle d’information électronique est désormais un dépôt central qui permet de valider les actifs, tant opérationnels qu’en cours de développement. Les acteurs de la validation doivent avoir une réputation reconnue à l’échelle mondiale pour attirer les capitaux internationaux. Ajoutons que la base de données doit être claire, concise, actuelle et régulière. Quant à la conformité des rapports à la norme NI 43-101, c’est un critère toujours nécessaire mais loin d’être suffisant.

Ce qui précède constitue des initiatives simples et fondamentales pour toute société minière qui cherche à survivre et à prospérer sur le marché acheteur d’aujourd’hui. Connaître, c’est pouvoir, que ce soit au sein même de l’entreprise ou sur les marchés.


Mauro Chiesa a plus de 33 ans d’expérience en financement et en conseil de projets d’extraction et d’infrastructure dans le monde entier. Il a travaillé avec des banques internationales, la Banque mondiale et EDC.

Traduit par SDL

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