juin/juillet 2013

Entretenir le discours collectif

Au Congrès de l’ICM 2013, qui a battu les records de fréquentation, les mineurs cherchent une issue à ces périodes difficiles

Par Herb Mathisen

Le fondateur de Forbes & Manhattan Stan Bharti, au premier plan, partage sa sagesse avec un public de 600 personnes lors de la séance plénière du congrès de l'ICM 2013. Se sont joints à lui, de gauche à droite, Chris Lewicki, Zoë Yujnovich, Egizio Bianchini et Richard Ross.

Cliquez ici pour voir plus de photos du Congrès de l'ICM 2013.


L’industrie minière a connu un début d’année difficile, mais près de 7 000 professionnels se sont réunis au centre financier du Canada à l’occasion du Congrès de l’ICM 2013 pour partager leurs idées quant à la façon de sortir le secteur de la crise qu’il traverse actuellement. Cet événement a été l’occasion pour les congressistes d’établir des partenariats, de développer leurs compétences et de s’ouvrir à de nouvelles idée. Il a aussi permis aux professionnels de l’industrie minière de prendre du recul et de célébrer tout ce que le secteur minier apporte au Canada et au reste du monde.

Les records de fréquentation ont été battus cette année, avec plus de 1 250 délégués participant au congrès de Toronto, soit près de deux fois plus qu’à l’événement précédent qui avait eu lieu à Toronto en 2009. Dans son discours lors de la cérémonie d’ouverture commandité par SMS Équipement/Komatsu, le co-président du congrès Tom Rannelli a demandé aux participants de prendre un moment pour réfléchir à leurs propres expériences et à la façon dont ils pouvaient soutenir les jeunes professionnels de l’industrie minière qui commencent tout juste leur carrière. « C’est l’objectif même du congrès », a-t-il déclaré avant d’exposer les atouts du programme technique du congrès et l’impressionnante expertise industrielle représentée au salon commercial. « Tous ces exposants donnent le meilleur d’eux-mêmes au congrès. Les personnes qui sont venues exposer sont des experts sans égal. »

Leadership - Oser le changement

L’événement phare du congrès - la séance plénière - s’est tenu devant un public de 600 personnes. Le journaliste de la CBC Mark Kelley a animé le débat auquel participait tout un éventail de chefs de file influents de l’industrie minière réunis ici pour partager leur sagesse et leur expérience dans ce secteur.

Richard Ross, directeur du programme de MBA (maîtrise en administration des affaires) en gestion globale de l’industrie minière à l’école de gestion Schulich, a rapidement donné le ton en dressant la liste des chefs d’entreprises ayant perdu leur emploi au cours de l’année qui s’est écoulée, et en évoquant la dévalorisation récente de nombreux projets totalisant plusieurs milliards de dollars. Il a indiqué trois forces systémiques principales à l’origine des problèmes rencontrés ­aujourd’hui par l’industrie minière : l’influence croissante des organismes communautaires ; la tyrannie de la réflexion à court terme des investisseurs institutionnels ; et le manque de préparation des équipes de gestion pour faire face à la complexité croissante associée aux projets de développement. « À mon avis, ces trois facteurs ont mené l’industrie à un point critique », a-t-il ajouté. « À moins de reconnaître et de comprendre ce qu’il se passe dans la société, nous ne serons pas en mesure d’offrir à la prochaine génération de chefs de file les compétences nécessaires pour faire face à ces enjeux, car ils ne sont pas prêts de disparaître. »

Egizio Bianchini, vice-président et codirigeant du groupe mondial Métaux et minéraux de BMO Marchés des capitaux, explique qu’il faut plus que jamais rester optimiste, et que l’industrie minière doit s’efforcer de résoudre ses problèmes de perception et montrer comment elle profite aux communautés et à la société. Zoë Yujnovich, présidente de la Compagnie minière IOC, a pour sa part expliqué que le meilleur moyen de s’assurer que l’industrie minière ait un impact positif sur la société est de se concentrer sur les opérations rentables. « Être une société résistante et durable est ce qui nous permet de réinvestir dans les communautés dans lesquelles nous évoluons », a-t-elle fait remarquer.

Le fondateur de Forbes & Manhattan, Stan Bharti, a donné des conseils au public quant à la façon de survivre face à la crise qui touche les matières premières, et Chris Lewicki, président de Planetary Resources, a évoqué les difficultés que rencontre sa société pour que le public prenne au sérieux l’exploitation minière des astéroïdes géocroiseurs (proches de la Terre). Bharti, quant à lui, a trouvé qu’il s’agissait là d’une opportunité d’investissement séduisante : « Forbes & Manhattan achètera quelques astéroïdes. » La séance plénière était diffusée en direct sur Internet pour la première fois, et Lewicki a dû répondre à la majorité des questions du public au pied levé, étant donné que ces dernières émanaient du monde entier.

L’aspect ludique de l’industrie minière

Le ministre de FedNor Tony Clement a félicité Mines et Société (M4S) pour les programmes éducatifs qu’il propose aux enfants sur les secteurs des mines et des minéraux ainsi que pour sa contribution positive au débat national relatif à l’importance de l’industrie minière. « Je tiens à vous féliciter pour vos efforts­­­­ continuez dans cette direction », a-t-il déclaré devant les personnes qui s’étaient réunies pour assister à la séance plénière. « Il y a tellement de fausses informations qui circulent à ce sujet et, très franchement, de programmes idéologiques qui essaient de détruire le secteur minier de manière totalement déraisonnable. »

Le salon de trois jours de M4S a marqué l’inauguration du programme du congrès le 2 mai. Plus de 2 500 étudiants et enseignants se sont rendus au Queen Elizabeth Exhibit Hall pour en apprendre davantage sur l’industrie minière et sur le rôle important des minéraux dans la société. La huitième édition de ce salon comprenait 38 activités, dont des simulations interactives de l’équipement, des démonstrations établissant une corrélation entre les matières premières et des produits d’usage courant ou encore le très populaire Yukon Dan, spécialiste en lavage d’or à la batée, qui a appris à une multitude de jeunes et moins jeunes à remuer, rincer et répéter cette action jusqu’à ce qu’il ne reste plus que des paillettes d’or et de cuivre au fond de leur batée. « Selon moi, ce salon est une excellente occasion pour les étudiants de s’intéresser à la géologie, car ils sont peu nombreux à connaître ce domaine », a expliqué Joey Vrzovski, étudiant en deuxième année de géologie à l’université de Toronto et membre du personnel de M4S. « Ils semblent y prendre beaucoup de plaisir. J’aurais aimé vivre ce genre d’expérience quand j’avais leur âge. » Le salon était ouvert au grand public le samedi.

Au salon commercial

Des participants du Québec, du Saskatchewan et du Danemark se sont rendus au Palais des congrès du Toronto métropolitain pour assister au salon commercial, qui affichait complet. Les 436 fournisseurs, sociétés et consultants de l’industrie minière représentés par plus de 3 500 individus ont présenté leurs produits. « C’est la première fois que nous venons », a déclaré Heidi Ravn, responsable du secteur commercial du Danish Mining & Quarry Group. « Notre réaction a été très positive. Nous sommes ravis d’être ici et ferons notre possible pour revenir l’année prochaine. »

Les exposants du Planetary and Terrestrial Mining Sciences Symposium (PTMSS) ont également présenté leurs astromobiles, des combinaisons de réduction du stress thermique et des lasers pour la détection des fissures testés dans l’espace.

Côté technique

Le congrès comprenait six thèmes techniques qui ont permis aux congressistes d’en apprendre davantage sur les nouveaux développements juridiques et informatiques, les progrès en exploitation minière au-delà de nouvelles frontières ainsi que les bonnes pratiques en action, et de glaner des conseils financiers et sur le leadership pour des experts de leurs domaines respectifs. Les thèmes portaient notamment sur le leadership en investissement et gestion ; les nouvelles frontières et l’innovation ouverte ; les bonnes pratiques en matière d’exploitation et de maintenance ; la mécanique des roches et les progrès réalisés en géologie ; la responsabilité sociale et environnementale ; et PTMSS.

Pour la première fois, le PTMSS, qui fête son 10ème anniversaire, a eu lieu en parallèle avec le congrès de l’ICM en vue de renforcer la visibilité du symposium et également d’offrir aux mineurs spécialisés dans l’espace un lieu pour se rencontrer et approfondir leurs connaissances par l’échange.

« Il s’agit en quelque sorte d’un premier rendez-vous », a expliqué Dale Boucher, président de l’événement. Le PTMSS comprenait une programmation technique débattant, entre autres, des enjeux juridiques et techniques associés à l’exploitation minière dans l’espace. Comme l’expliquait M. Boucher, le fait que de nombreuses sociétés aient récemment présenté leurs projets d’exploitation minière dans l’espace montre bien la viabilité de ces efforts. « Le facteur de dérision a disparu », a-t-il déclaré. « Il s’agit désormais d’une activité économique à part entière et beaucoup évoquent sérieusement la possibilité de dégager des bénéfices de l’exploitation minière dans l’espace ; ainsi, tout ce que nous avons fait ces 10 ou 15 dernières années prend soudain forme dans la réalité. »

Quatre ateliers professionnels ont également été proposés au cours du week-end. Environ 130 personnes ont participé aux séances dédiées aux normes de divulgation des informations sur les projets miniers, à la gestion des résidus pour un développement minier durable et à une introduction à l’exploitation minière et à la minéralurgie.

Le tout dernier forum sur les femmes dans l’exploitation minière portait sur les écarts en termes de taux d’emploi des femmes dans le secteur minier, notamment au niveau des rôles non traditionnels et des postes de direction, sur les stratégies des entreprises visant à promouvoir et à renforcer la diversité ainsi que sur une analyse philosophique et sociologique du genre. Dean Laplonge, directeur principal de Factive Pty Ltd., a contesté les points de vue actuels concernant la diversité des genres, expliquant qu’ils considèrent de manière trop stricte les données relatives au nombre de femmes au travail. Il a ajouté que les rapports suivent le même modèle, à savoir la répétition, la stagnation et l’échec. Au cours des 20 dernières années, ils ont suivi la même méthodologie, proposé les mêmes recommandations et « pourtant, l’industrie minière manque toujours cruellement de femmes dans ses rangs. Nous devons repenser notre notion du genre. »

Lors de la journée Finance et gestion minière, des experts ont tenté d’analyser des questions complexes et négligées en matière de financement minier et ont donné des conseils utiles aux développeurs qui peuvent parfois se laisser prendre au dépourvu par les obligations légales et contractuelles. Organisée par la Société de la gestion et de l’économie de l’ICM, la cinquième édition de cet événement comprenait des présentations abordant les enjeux auxquels sont confrontées les entreprises qui mettent des projets sur pied. Certains aspects de l’analyse des risques associés aux projets ont également été examinés, de même que les problèmes rencontrés par les entreprises qui cherchent à respecter les estimations de leurs coûts d’immobilisation. Lors du déjeuner de clôture, Pierre Boivin et Brenda Swick du cabinet d’avocats McCarthy Tétrault ont abordé devant un public de plus de 100 personnes les récents développements juridiques relatifs à la corruption d’agents publics étrangers et certaines des nuances concernant les affaires menées par-delà les frontières.

Il y en a pour tous les gouts

Cette année, le congrès affichait une délégation internationale exceptionnelle, avec plus de 60 délégués d’Afrique et des représentants des Premières nations qui souhaitaient discuter des opportunités de partenariats.

Plus de 100 étudiants ont participé au déjeuner étudiants-industrie, un lieu où ils ont pu rencontrer des professionnels de l’industrie et leur poser des questions. Les déjeuners de réseautage étaient nouveaux cette année : Rachel Stephan, président de l’agence Les sens créatifs, a dirigé une séance sur la façon d’utiliser les médias sociaux afin d’impliquer des partenaires potentiels et de présenter des projets au monde ; et Tom Rannelli, accompagné de son fils Thomas, s’est penché sur la nouvelle relation de mentorat où les jeunes travailleurs profitent de la sagesse et de l’expérience des travailleurs plus âgés, et leur font de leur côté découvrir les nouvelles technologies. Ces deux événements ont eu beaucoup de succès.

C’est l’heure de la fête

Les congressistes ont eu accès à plusieurs options pour se relaxer et se divertir lors des diverses réceptions organisées dans le cadre du programme social du congrès. Le comédien Mike Bullard et une performance de Jersey Kid étaient au programme des festivités du gala annuel de remise de prix de l’ICM, lequel est commandité par Caterpillar et ses concessionnaires canadiens et a présenté les plus grands talents de l’industrie et a réuni plus de 530 professionnels de l’industrie minière. La soirée suivante, Joy Global a présenté son gala annuel animé par les groupes Groove Marmalade et The Decades, qui ont entraîné les participants sur la piste de danse.

Assemblée générale annuelle de l’ICM

L’ICM a organisé son assemblée générale annuelle devant un public composé des membres de l’ICM et des représentants des sections et sociétés de l’ICM. « D’un point de vue financier, nous ne nous sommes jamais mieux portés », déclarait Terence Bowles, président sortant de l’ICM. Nous avons atteint la barre des 14 554 membres cette année, ce qui représente une augmentation de 29 pour cent par rapport à deux années en arrière. L’ICM continue de croître au niveau mondial avec des sections s’ouvrant à Dakar, au Sénégal, et à Lima, au Pérou. Bowles a également évoqué les fonds de réserve de l’ICM d’une valeur de 2 millions $ pour les « périodes difficiles », ainsi que les 3,5 millions $ dans la trésorerie disponible nette. Cette assemblée a également été l’occasion pour Bowles de passer le flambeau au nouveau président de l’ICM, Robert Schafer, lequel a exposé ses priorités en mettant l’accent sur l’importance de poursuivre la tendance croissante du nombre d’adhésions et de renforcer l’engagement entre les sections et l’organisation internationale.

Traduit par Karen Rolland

Publier un commentaire

Commentaires

Version PDF