février 2013

Manque d’attrait à l’égard des nouvelles technologies

Les technologies non éprouvées rebutent les investisseurs

Par Anna Reitman

Courtoisie de Dimitry B via Flickr Creative Commons


Les mineurs qui expérimentent de nouvelles technologies ne sont pas bien vus des investisseurs. À la conférence Mines and Money qui a eu lieu à Londres en décembre dernier, les participants ont été particulièrement critiques envers les sociétés d’extraction de l’or. Plusieurs conférenciers ont noté que le prix des actions ne suivait pas les importantes augmentations du prix de l’or et ont appelé au contrôle des mouvements de capitaux.

Steven Poulton, orateur à la table ronde sur l’investissement et directeur d’Altus Capital, souligne qu’après une équipe de direction solide, la simplicité géologique d’un projet est la condition favorable la plus estimée par son cabinet.

Au cours des cinq dernières années, explique Poulton, l’investissement a augmenté sur des projets de moins bonne qualité sur la base de l’utilisation de nouvelles technologies, mais de manière générale les résultats promis n’ont pas été atteints. « Nous sommes très favorables à l’utilisation des plus récentes technologies pour obtenir de meilleurs rendements plus rapidement, mais si une entreprise ne comprend pas pleinement les aspects techniques ou métallurgiques de son projet, cela peut tuer l’investissement complètement, indique-t-il. Les étapes de l’exploration et du développement d’un projet sont déjà assez risquées. »

Et les investisseurs ont raison d’être prudents : l’analyse de 43 projets miniers qui ont échoué menée par Chris Twigge-Molecey, conseiller principal chez Hatch, a démontré que la moitié de ces projets recouraient à de nouvelles technologies d’envergure. « Si l’on va au-delà des chiffres, on voit que les étapes du projet étaient mal définies, indique-t-il. Et l’une des raisons pour lesquelles les nouvelles technologies n’ont pas donné les résultats escomptés, c’est que le travail d’évaluation, les usines pilotes et le travail de préparation avant la phase de production commerciale ne suffisaient pas – en fait, on avait sauté des étapes ou ignoré des données gênantes. »

Poulton est très prudent à l’égard des dépôts d’oxyde de fer cuivre-or (dépôts IOCG), des gisements de minerai très polymétalliques qui contiennent souvent plusieurs minerais à faible teneur et dont le seuil de rentabilité exige un investissement technologique important. Le dépôt d’IOCG Olympic Dam de BHP Billiton est considéré comme l’une des meilleures ressources d’uranium au monde, mais il a été mis de côté à cause des coûts importants qu’il représente.

BHP n’a pas donné d’entrevue, mais les énoncés de l’entreprise confirment qu’elle aborde les nouvelles technologies avec prudence. « L’entreprise ne privilégiera que des technologies matures éprouvées dont la contribution à la valeur de notre entreprise peut être démontrée », a mentionné un porte-parole.

Les grandes sociétés comme BHP doivent maintenir l’équilibre entre leurs objectifs d’innovation à long terme et une approche qui rassure les investisseurs technophobes. Peter Kondos, directeur du groupe des solutions technologiques de Barrick, confirme que le fait de limiter les dépenses d’investissement est le mot d’ordre dans l’industrie minière actuellement. « Les grandes sociétés sont touchées [par le climat d’investissement] et il est difficile d’introduire de nouvelles technologies ces temps-ci, ajoute-t-il. Mais les technologies qui améliorent le rendement ou les façons de faire sont mieux reçues. Par exemple, nous développons une nouvelle technologie de lixiviation de l’or pour exploiter des gisements de minerais à double réfraction au Nevada que la procédure traditionnelle de cyanuration ne permet pas de traiter. On commencera à produire de l’or à l’aide de ce procédé en 2014. » [Voir «Le thiosulphate sera commercialisé »]

Mais Barrick a les reins plus solides que bien d’autres, et les plus petits innovateurs qui espèrent introduire de nouvelles technologies importantes sont réduits à devoir frapper à beaucoup de portes.

Orbite Aluminae, par exemple, développe une technologie de production d’alumine pour électrolyse et de terres rares à partir d’argile alumineuse, de bauxite et d’autres matières, en respectant un bilan environnemental nul et en ne générant ni résidus toxiques ni boue rouge.

En décembre, Orbite a obtenu 30 millions $ par des placements privés et une obligation convertible pour démontrer la faisabilité de son idée.

« En tant que fournisseur de technologie propre en pleine mise en service de sa première usine d’alumine à haut degré de pureté, trouver les bons investisseurs a été un défi pour nous, car la plupart de nos investisseurs jusqu’à maintenant sont des fonds du domaine minier d’Amérique du Nord », indique Marc Johnson, vice-président au développement des affaires d’Orbite.

L’usine pivot de l’entreprise, à Cap-Chat au Québec, était en service depuis mars 2012, et au début de juin 2012, elle a été convertie en usine de production commerciale d’alumine à haut degré de pureté. Johnson croit que la mise en service de cette usine sera terminée au premier trimestre de 2013 et que la production commerciale sera annoncée d’ici le début du deuxième trimestre. La prochaine phase, le financement et le lancement de la construction d’une usine d’alumine pour électrolyse, aura lieu d’ici la fin de l’année.

« Être un innovateur a ses moins bons côtés, ajoute Johnson. Avant de monter à bord, de nombreux investisseurs institutionnels veulent que les risques associés au projet soient résolus, ce qui exige une usine entièrement fonctionnelle. »

Traduit par SDL

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