février 2013

La motivation d'explorer

Appui à l’exploration des zones vertes au Canada

Par Dan Zlotnikov

Dans une contrée aussi vaste que le Canada, le choix le plus difficile qui s’impose aux explorateurs est bien de savoir par où commencer. S’il existe un réel potentiel d’enrichissement, les chances d’y parvenir sont minces. Alors, comment font les sociétés d’exploration pour cibler les endroits stratégiques qui offrent tant de promesses?

Selon Nadim Kara, directeur principal de programme de l’Association canadienne des prospecteurs et des entrepreneurs (ACPE), la réponse se trouve en partie dans la disponibilité des données d’enquêtes régionales. M. Kara, dont l’association pour laquelle il travaille représente la voie nationale de l’industrie d’exploration au Canada, mentionne que « les investissements publics en sciences de la terre peuvent contribuer à concentrer les investissements et l’expertise de l’industrie vers les secteurs les plus prometteurs, améliorant du coup les chances de succès ».

Les regards se tournent de plus en plus vers un district en particulier, le terrane de Quesnel en Colombie-Britannique, où Geoscience BC mène des enquêtes régionales dans le cadre du projet QUEST depuis 2007. D’après Lyn Anglin, présidente et chef de la direction, QUEST (qui signifie « Quesnellia Exploration Strategy ») a révélé les secrets d’une région où la majorité des affleurements rocheux étaient dissimulés sous une épaisse couche de glace, dissuadant évidemment la plupart des explorateurs. Dans le cadre de deux projets – QUEST et QUEST West – couvrant plus de 86 000 kilomètres carrés de territoire, on a effectué des levés gravimétriques et électromagnétiques aériens, qui ont permis de recueillir 3 200 nouveaux échantillons de sédiments de ruisseaux et de lacs et d’analyser de nouveau plus de 8 700 échantillons archivés, au coût de près de 10 millions de dollars. Les répercussions ont été quasi immédiates : une évaluation économique en 2010, réalisée par Geoscience BC, a révélé environ 1,2 million d’hectares de nouveaux jalonnements, une augmentation de 36 pour cent par rapport au niveau avant l’enquête. La première poussée de jalonnement est survenue après la simple annonce des enquêtes projetées. L’évaluation a également relevé qu’entre 8 millions et 11 millions de dollars avaient été investis dans l’exploration au cours des deux années suivant le début des projets. Selon Anglin, cette situation est toujours aussi vigoureuse.

L’enquête a dégagé de réels avantages pour les entreprises œuvrant dans la zone. Concrètement : un partenariat entre les petites sociétés Serengeti et Fjordland, nommé « QUEST JV ». Xstrata a exercé une option sur une partie de la terre conjointe en 2011, et dans une lettre destinée aux actionnaires datant de janvier dernier, le président et chef de la direction de Serengeti, David Moore, a annoncé que la société Xstrata envisageait un forage, « une cible bien intéressante sur l’une des propriétés. »

Des enquêtes bien financées font également une grande différence au Nunavut. La presqu’île Melville a été sélectionnée à titre de projet dans le cadre du programme de géocartographie de l’énergie et des minéraux (GEM) de Ressources naturelles Canada (RNCan), rapporte Donna Kirkwood, directrice générale du Centre et du Nord du Canada de la Commission géologique du Canada (GSC). De 2009 à 2011, les efforts déployés par la GSC pour la cartographie de surface couvraient près de 53 000 kilomètres carrés, et le programme sur le terrain en 2010 a permis la découverte d’une minéralisation considérable de nickel et de cuivre sur la partie ouest de la presqu’île. Après la découverte du nickel, Vale a commencé l’exploration sur la presqu’île l’an dernier, constituant un camp pour 30 personnes et prévoyant un programme d’exploration s’échelonnant sur plusieurs années, sur la base de résultats positifs produits pendant la première année. Selon Kirkwood, l’accès libre aux données générées par le programme GEM a été un catalyseur important pour le projet Vale.

Dérapage à cause des détails

Bien entendu, de nombreux facteurs rendent un endroit attirant pour les explorateurs et les données d’enquête ont leurs limites. Comme le dit Kirkwood, les enquêtes menées par le gouvernement peuvent bien avoir cerné des zones prometteuses, mais c’est aux explorateurs privés à qui incombe le travail de recherche pour arriver jusqu’au trésor convoité.

La recherche de ce dépôt insaisissable s’avère un processus aussi laborieux que coûteux; et s’assurer du capital nécessaire à l’exploration peut représenter un défi lors de périodes difficiles alors que les investisseurs sont frileux. Le gouvernement fédéral du Canada a déployé des efforts pour résoudre ce problème par le biais de « super actions accréditives », indique Kara.

En achetant ces actions, les investisseurs axés sur l’exploration des « zones vertes » peuvent avoir droit à un crédit d’impôt de 15 pour cent et une déduction de 100 pour cent du revenu imposable du montant investi, ce qui réduit de façon importante leur risque sur le plan financier. Certaines provinces offrent des incitatifs fiscaux additionnels qui font en sorte de réduire le coût net de l’investisseur à moins de la moitié du coût d’origine – c’est le cas dans la plupart des provinces. Cependant, le programme de crédit d’impôt de 15 pour cent doit être renouvelé annuellement, et en ne sachant pas si les incitatifs fiscaux seront au rendez-vous l’an prochain, cela complique grandement la planification à long terme.

« En tant que petite société, vous amassez cet argent et vous n’avez d’autre choix que de le dépenser rapidement pour respecter les échéances associées à un crédit d’impôt qui expire annuellement », souligne Kara, expliquant pourquoi l’ACPE a exercé tant de pression politique pour que le crédit d’impôt d’exploration minière soit prolongé de trois ans, plutôt que de le prolonger d’une année à la fois. « L’instauration de ce crédit sur trois ans donnerait ainsi aux petites sociétés la capacité de mieux gérer les périodes où les investissements se font rares », ajoute-t-il.

Lou Covello, ancien président de NWT and Nunavut Chamber of Mines et géologue-conseil ayant 40 ans d’expérience dans le nord du Canada, soulève une autre considération essentielle : l’accès à la terre. Plus il y a de cibles disponibles aux fins d’exploration, dit-il, plus les explorateurs ont de chances de faire des découvertes. « À l’heure actuelle, dans les Territoires du Nord-Ouest, nous avons aliéné environ 28 pour cent des terres en les consacrant aux parcs provinciaux, zones protégées, zones de retrait, etc. », mentionne-t-il. « Cela représente une énorme portion de terre, et une bonne partie de ces terres se trouve dans des zones qui ont traditionnellement fait l’objet d’exploration. »

Covello affirme que de tels retraits ont des impacts tenaces. « La Colombie-Britannique et le Yukon, qui ont connu des gouvernements qui n’appuyaient pas l’exploration au cours des années 90, ont vu leurs dépenses d’exploration atteindre des niveaux très bas », rappelle-t-il. « Cela a pris environ 10 ans pour les reconstituer dans un environnement plus favorable. »

Tom Hoefer, directeur général de la NWT and Nunavut Chamber of Mines, partage le même sentiment que Covello, mais ajoute toutefois qu’un certain nombre d’initiatives existent et ciblent la redynamisation de l’exploration dans le Nord : le gouvernement des T.N.-O. s’apprête à lancer une stratégie de développement minier dans le but d’augmenter l’exploration. Au moment de présenter le budget de son gouvernement en mai dernier, le ministre des Finances du territoire a reconnu la nécessité de « tenir compte des dépenses d’exploration qui ont atteint des niveaux bien en dessous des niveaux historiquement hauts et des perceptions défavorables de l’industrie envers le régime de réglementation des Territoires du Nord-Ouest. »

La Chamber of Mines a elle-même signé un protocole d’entente avec les Premières nations de l’Akaitcho en 2011, dans le but d’établir une collaboration « envers un développement et une exploration minière mutuellement avantageuse sur le territoire de l’Akaitcho », souligne Hoefer.

Covello déplore que les acteurs du secteur des ressources eux-mêmes nuisent aux nouvelles explorations. Les entreprises peuvent détenir un claim à un coût minime pendant 10 ans et ensuite le convertir en un bail. « Peu importe que vous ayez peu de moyens, vous pouvez garder ce sol pendant deux, voire trois périodes de bail de 21 ans », ajoute-t-il. « Dans les faits, ce sol peut être retiré du domaine public aussi longtemps que 70 ans, et personne n’est autorisé à y réaliser des explorations. »

« Nous devons limiter les baux sur les sols qui présentent une ressource démontrée », suggère Covello. « La manière de définir cette ressource relèverait des avocats, mais ce serait le moyen le plus efficace de limiter la superficie de sol aliénée par les sociétés minières. »

Compte tenu du nombre de pays qui se livrent la concurrence pour gagner les dollars provenant de l’exploration, les provinces et les territoires du Canada impatients de connaître une activité d’exploration devront attirer les explorateurs. Ce sera alors vital pour eux de maîtriser tous les risques qu’ils peuvent et de faire ressortir les promesses enfouies dans leurs zones.

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