déc '13/jan '14

Réduire les émissions

Highland Valley Copper instaure une politique interdisant le fonctionnement au ralenti

Par Ian Ewing

Chez Highland Valley Copper, une grande mine de cuivre et de molybdène à ciel ouvert en activité dans le centre-sud de la Colombie-Britannique, Teck a mis en place une politique interdisant la marche au ralenti s’appliquant à presque tous les véhicules sur place. Cela peut sembler être un petit changement, mais cette politique permet d’économiser beaucoup d’énergie, c’est-à-dire près de 1,5 million de litres de carburant diesel par année et 18 000 litres additionnels d’huile pour moteur.

La politique tire son origine de la stratégie pour la durabilité de Teck, souligne Craig Haight, le coordonnateur des politiques d’énergie à Highland Valley. « Nous avons déterminé assez rapidement que [cibler] la marche au ralenti pouvait devenir très profitable, pour un grand nombre de raisons », explique Haight. « L’un des grands objectifs de cette politique était, évidemment, de réduire la consommation en essence et en diesel, se traduisant finalement par une réduction des émissions. »

La politique s’applique aux véhicules légers et à l’équipement auxiliaire, mais les changements de quart effectués deux fois par jour dans la mine étaient ce sur quoi Teck espérait noter les plus importants résultats. Chaque changement de quart dure environ 45 minutes, durant lesquelles le moteur de presque tout l’équipement lourd se trouvant dans la mine était maintenu au ralenti. Avant la mise en application de la politique interdisant la marche au ralenti, la pratique de travail courante était de laisser fonctionner l’équipement pour le prochain opérateur.

« Bon nombre de raisons justifiaient cette démarche dans le passé », note Haight. « [Principalement], le fait d’éteindre cet équipement sans le redémarrer pouvait entrainer de sérieuses complications.

« Par exemple, nous avons, plus ou moins, 40 camions de transport fonctionnant en tout temps. Ceux-ci sont dotés d’un système de démarrage pneumatique, lequel nécessite une alimentation en air comprimé. Si ces systèmes pneumatiques sont éteints pendant 45 minutes et qu’une petite fuite se produit dans le système, ils perdent toute leur capacité de compression. Et si nous les éteignons et étions incapables de les rallumer? » Les conséquences sur la production pourraient être désastreuses.

Pas aussi simple que le fait de tourner une clé

Depuis octobre 2012, des représentants provenant de divers groupes à la mine se sont rencontrés pendant plusieurs mois pour déterminer ce qui serait nécessaire pour éteindre le moteur des véhicules plutôt que de les laisser fonctionner au ralenti. Les défis potentiels passaient des conséquences sur la production susmentionnées à la mobilisation des employés.

Highland Valley a déterminé que d’aller de l’avant avec la politique en valait l’effort. Par exemple, tous les camions présentant un problème d’entretien ne leur permettant pas d’adhérer à la politique étaient jugés inaptes à l’exploitation. « On peut dire que la politique a permis d’améliorer les pratiques en matière d’entretien préventif », considère Haight, « parce que nous devons maintenant faire preuve de plus de diligence en ce qui a trait à l’entretien des systèmes pneumatiques de nos camions. »

Les facteurs humains doivent également être pris en considération. Les chauffeurs avaient l’habitude de prendre place dans des véhicules chauds au début de chaque quart. L’entreprise a pris soin de montrer au personnel que la température de l’équipement de la mine ne diminuait pas de façon significative en 45 minutes. Le froid représentait également un problème pour certaines pièces d’équipement comme les bouteurs, lesquels peuvent parfois passer quelques jours sans être utilisés. Les démarrages à froid peuvent leur causer du tort, c’est pourquoi l’entreprise a mis en place un système de démarrage automatisé selon la température qui permet aux opérateurs d’éteindre le moteur des véhicules et d’assurer que les machines peuvent se remettre en marche par elles-mêmes si la température baisse de façon significative.

Les préoccupations relatives à la durée de vie de la batterie ont mené au remplacement de nombreuses ampoules utilisées pour les phares de véhicule par des ampoules DEL plus efficaces, et l’équipement a fait l’objet d’inspections pour assurer le fonctionnement des chauffe-moteurs par temps extrêmement froids. Le groupe s’est également assuré que le site disposait de suffisamment d’espaces de stationnement avec prises de courant.

Échange culturel

Les défis techniques et d’entretien étaient mineurs comparativement au plus grand obstacle : changer la culture de l’entreprise. « Nous visons un changement sur le plan du comportement », indique Haight. « Cela nécessitera un renforcement continuel; tout le monde devra s’engager pour assurer la réussite de cette politique. Nous voyons cette démarche comme une occasion de promouvoir une culture de sensibilisation à l’énergie. »

Dès le début, certains employés de longue date ont exprimé des doutes. Teck a commencé à solliciter leur participation en distribuant des brochures informatives, lesquelles mettaient l’accent sur les économies qui pourraient être faites à Highland Valley. Ils ont transmis des faits à retenir et brisé les mythes courants relatifs à la marche au ralenti. Ensuite, des présentations ont été faites à chaque membre de l’équipe des opérations dans la mine, démontrant les avantages sur le plan de l’entretien, de l’énergie et de la durabilité et les conséquences positives à long terme découlant de la politique interdisant la marche au ralenti. Les employés ont été invités à donner une rétroaction afin d’aider à peaufiner la politique.

Malgré les démarches préalables, la mise en application de la politique pour l’ensemble du site en février 2013 ne s’est pas faite sans embûches. Un grand nombre de camions de transport ont fait l’objet de fuites d’air. Bien que des travaux d’entretien supplémentaires ont été prévus pour les premières semaines afin de minimiser les temps d’arrêt, la production a pris un coup. Haight mentionne que puisque les temps d’arrêt ne sont pas les bienvenus, l’équipe avait anticipé la possibilité de devoir surmonter certaines difficultés.

Teck ne divulguera pas les coûts totaux de mise en application de la nouvelle politique, mais Haight souligne que les économies en valent la peine. À ce jour, Highland Valley Copper est en voie d’économiser 1,5 million de litres de diesel annuellement et de réduire ses émissions par l’équivalent de 4,185 tonnes de dioxyde de carbone par année. « Nous avons bon espoir que la politique apportera un impact significatif », ajoute Haight.

Tout aussi important que l’a été la mobilisation des employés. Les taux de conformité, s’appuyant sur les vérifications de changement de quart fréquent, frôlent les 99 pour cent. Les employés ont remarqué une différence quant au nombre de fois qu’ils ravitaillent leur camion. Les nouveaux employés et les entrepreneurs ont été mis au courant de la politique durant leur orientation, et Teck en a fait la promotion en offrant des avantages indirects comme des loteries et des tuques personnalisées.

Des économies fiables

La nouvelle politique devrait également améliorer l’entretien et la fiabilité. Les fabricants d’équipement comme Caterpillar se fient de plus en plus au carburant consommé pour établir les horaires d’entretien préventif. « Diminuer la quantité de carburant utilisé par les moteurs, de même que diminuer les durées de marche au ralenti, [Caterpillar] est tout à fait d’accord avec ce type d’activité », affirme Haight.

Les fabricants évoluent avec la tendance, et de nouveaux véhicules pourraient être conçus en lien avec cette pratique. Dans le futur, de nouveaux systèmes de démarrage électrique pourraient contourner les problèmes de fuite de démarrage pneumatique.

La politique interdisant la marche au ralenti à Highland Valley est instaurée depuis moins d’un an maintenant et Teck a déjà imposé des règles similaires pour presque tous ses sites d’exploitation en Amérique du Nord. « Dès que nous avons constaté un certain succès, Teck a mandaté tous les sites de l’entreprise pour qu’ils appliquent cette politique », ajoute Haight.

« En parlant à d’autres gestionnaires d’énergie d’autres sites, de différentes entreprises, tous semblent très intéressés et tentent de mettre en place des politiques similaires. Cette pratique devient de plus en plus acceptable. »

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