déc '13/jan '14

Le grand dégel

Le Groenland lève l’interdiction relative à l’extraction d’uranium et de terres rares

Par Chris Windeyer

Quand parlement du Groenland a accepté d’abroger l’interdiction qui avait cours depuis longtemps sur l’extraction d’uranium à la fin octobre, il a peut-être clarifié le statut légal de l’uranium, mais nous ne savons pas encore si cela se traduira par une ruée des firmes d’exploration vers le territoire danois indépendant.

Le gouvernement de coalition de centre gauche de la première ministre Aleqa Hammond a réussi à obtenir l’annulation de l’interdiction d’exploitation de l’uranium au Groenland – une interdiction qui était connue comme la politique tolérance zéro – par un vote serré et litigieux de 15 voix contre 14, et malgré les appels des détracteurs à un référendum national sur la question.

Aucun représentant du Bureau des minerais et du pétrole (BMP) du Groenland ou du ministère de l’industrie n’a pu donner d’entrevue, mais Jørgen T Hammeken-Holm, directeur en exercice de BMP, a indiqué dans un message électronique que les entreprises ne se bousculent pas depuis la levée de l’interdiction. « n’avons pas encore eu vent d’une nouvelle société désirant faire de l’exploration d’uranium au Groenland, » écrit-il.

Il n’y a donc pas encore de ruée, mais l’intérêt est là. En 2012, un rapport de l’Institut danois de recherche internationale (DIIS) prévoyait que le Groenland pourrait un jour produire jusqu’à 2 000 tonnes d’uranium par année. Les sociétés qui possèdent déjà des intérêts d’exploration ont hâte d’aller de l’avant, notamment parce qu’une bonne portion de l’uranium du Groenland se trouve tout près de réserves de terres rares, dont l’uranium est un sous-produit de production. Puisque la Chine détient actuellement environ 97 pour cent de l’approvisionnement mondial en terres rares, la levée de l’interdiction touchant l’uranium peut entraîner le développement des prodigieuses réserves de terres rares du Groenland autant que de son uranium.

La société australienne Greenland Minerals and Energy est peut-être celle qui profitera le plus de la levée de l’interdiction. Elle contrôle l’énorme projet d’uranium-terres rares Kvanefjeld dans le sud-ouest du Groenland, qui selon le DIIS pourrait un jour répondre à 20 pour cent de la demande mondiale en terres rares.

John Mair, directeur général de Greenland Minerals and Energy, précise que l’interdiction de production d’uranium empêchait même son entreprise de consulter les résidents et les agences gouvernementales. « La politique tolérance zéro nous empêchait vraiment de communiquer efficacement avec agences de réglementation, » indique-t-il. « Nous espérons désormais déposer à l’administration une demande de permis d’exploitation dans la deuxième moitié de l’année prochaine. » Entre-temps, ajoute Mair, les bureaucrates du Groenland et du Danemark doivent travailler ensemble pour trouver comment faire en sorte que l’extraction d’uranium au Groenland respecte les normes internationales.

Plusieurs dépôts d’uranium au Groenland sont connus depuis longtemps. Kvanefjeld a été découvert dans les années 1950 par des géologues danois, et a été mis au rancart au cours des années 1980 quand le Danemark a choisi de développer sa propre production d’énergie nucléaire. « Nous avons à peine commencé à chercher et nous avons déjà 950 millions de tonnes de ressources, » souligne Mair. « Le sud du Groenland compte encore beaucoup d’autres ressources potentielles. Je crois que nous le comprenons plutôt bien maintenant, même s’il reste des régions à explorer dans le sud du Groenland. » Mair ajoute que d’autres régions au fort potentiel se situent plus au nord, le long de la côte ouest du Groenland et sur la côte est plus distante et moins peuplée.

À certains égards, le moment n’est pas idéal pour le Groenland. Le prix de l’uranium évolue lentement depuis que le Japon a interrompu sa production d’énergie nucléaire, après le désastre de Fukushima en 2011, et que l’Allemagne a décidé d’éliminer progressivement l’énergie nucléaire cette même année. Une livre d’uranium qui, avant ces événements, se vendait environ 65 $ USD, avait chuté autour de 50 $ USD, un prix qui s’est maintenu au cours de l’année suivante. Aujourd’hui le prix d’une livre est d’environ 37 $. Mais si le Japon relance son programme nucléaire, les prix pourraient rebondir car l’approvisionnement ne suivrait pas.

Pour ce que cela vaut, Cameco, le géant canadien de l’uranium qui a évité l’exploration au Groenland au profit du Canada, de l’Australie, du Kazakhstan et des États-Unis, évalue actuellement ses options. « Actuellement nous n’explorons pas au Groenland, mais nous sommes heureux de voir que le pays a ouvert ses ports à une extraction sécuritaire et responsable de l’uranium, » indique Rob Gereghty, porte-parole de Cameco. « Le retrait de cette barrière nous permettra d’envisager le potentiel d’uranium que recèle le Groenland pour nos projets d’exploration futurs. »

Le gouvernement Hammond a fait du développement économique national sa priorité et tente de réduire la dépendance du Groenland au Danemark, qui soutient le gouvernement local à hauteur de 500 millions $ chaque année. « Nous ne pouvons rester immobiles alors que le taux de chômage et le coût de la vie augmentent, tandis que notre économie demeure au point mort, » a-t-elle indiqué à The Arctic Journal après le vote. Avec 39 sociétés minières déjà titulaires d’une certaine forme de permis touchant des ressources aussi variées que le charbon et le molybdène, le Groenland est en passe de devenir une région très active pour les sociétés minières.

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