Aug '13

Trois jours pour bâtir une carrière

Une sortie pédagogique organisée par et pour les étudiants en géophysique crée une passerelle vers le monde du travail

Par Alexandra Lopez-Pacheco

Fut un temps, un diplôme universitaire dans un domaine pointu tel que la géophysique représentait pour les jeunes diplômés une passerelle entre le monde universitaire et celui de l’entreprise. Aujourd’hui cependant, le fossé abyssal qui sépare les deux univers est tel que les étudiants en géophysique risquent de rester longtemps au chômage une fois leur diplôme en poche.

« C’est un cercle vicieux : les diplômés ne trouvent pas de travail parce qu’ils n’ont pas d’expérience, mais ils ne parviennent pas à acquérir d’expérience parce qu’ils ne trouvent pas de travail », explique Daniel Loas, étudiant de quatrième année en géophysique à l’Université de Calgary.

Pour Daniel Loas et ses camarades, il est particulièrement difficile de se forger une expérience directe dans le secteur. Les étudiants en géologie « trouvent souvent des emplois d’été sur le terrain, des stages d’étude de roches, etc. », explique Tiffany Piercey des sciences de la terre de Cold Lake, à Imperial Oil Resources. En revanche, les possibilités d’expériences sont plus limitées pour les étudiants en géophysique, car leur domaine requiert énormément d’équipement haute technologie. »

Conscients du problème, quelques étudiants en géophysique de l’Université de Calgary, également membres bénévoles de la Canadian Society of Exploration Geophysicists (CSEG), ont décidé il y a cinq ans qu’il était temps de prendre les choses en main. « Leur but était d’organiser une sortie pédagogique qui permettrait d’élargir leurs connaissances techniques, mais aussi de jeter un pont entre le monde universitaire et celui de l’industrie; une occasion de rencontrer des professionnels du secteur afin de commencer à bâtir un réseau et des relations qui mèneront éventuellement à un emploi », explique Daniel Loas.

Avec le soutien de la fondation CSEG, l’événement baptisé GIFT (Geophysical Industry Field Trip) est né. Le projet a connu des débuts modestes en 2009 et a réuni seulement quelques étudiants de Calgary pour une sortie d’une journée. En quelques années, l’événement a commencé à prendre de l’ampleur pour aborder tous les aspects de la géophysique sur le terrain. Les plus grands chefs de file du secteur, notamment Canadian Natural Resources, Osum, Petrobakken, Talisman, Imperial Oil, Bonavista et Jason a CGG Company ont décidé de participer à la sortie pédagogique en qualité de commanditaires. Dans certains cas, ils ont accueilli les étudiants et préparé des présentations.

« La sortie permet de voir sur le terrain d’où proviennent les données et de suivre le processus jusqu’au produit final, c’est-à-dire l’établissement du lieu le plus propice à un forage, explique Daniel Loas, qui a participé à la visite de l’année dernière et endosse cette année le rôle de président du comité d’organisation. Vous profitez d’une vue d’ensemble. »

2013 : l’événement prend de l’ampleur

Lorsque Daniel Loas a pris le relais pour l’organisation de la sortie pédagogique de 2013, il était déterminé à travailler avec son équipe pour en faire un événement plus important et plus significatif. « Je pense pouvoir contribuer de manière positive à GIFT et améliorer la sortie, a-t-il confié peu avant l’événement, qui a lieu du 6 au 8 juin. Le comité et moi avons travaillé de nombreuses heures, car beaucoup de gens que nous connaissons participeront. Je ne veux pas les décevoir. J’ai envie qu’ils en apprennent autant que moi l’année dernière. J’aimerais leur faire profiter des mêmes occasions et des mêmes connaissances. Plus on améliore la sortie GIFT, plus on améliore les perspectives d’avenir des étudiants. »

En 2013, l’évolution la plus notable a porté sur la durée de la sortie, qui s’est étalée sur trois jours. Le programme incluait des présentations techniques sur la conception d’études sismiques, sur l’acquisition de données, leur traitement et leur interprétation, ainsi qu’une visite du Canmore Museum and Geoscience Centre. Le président du musée, Rick Green, a retracé l’histoire du musée et a présenté les particularités géologiques locales les plus importantes. Les étudiants ont également participé à une randonnée menée à Canmore par Ben Gadd, géologue, expert des Rocheuses et auteur primé. « Il est très connu dans le monde de la géologie. Pour nous, cette randonnée était un moment exceptionnel, explique Meaghan Wright, étudiante en géophysique à l’Université de Calgary. Nous avons aussi eu beaucoup d’occasions de réseautage. Le premier soir, un événement commandité était organisé dans un pub. Nous avons donc rencontré des personnes des différentes entreprises qui ont participé au financement. Cette soirée représentait une occasion incroyable pour nous tous. »

Daniel Loas et son équipe d’organisation (avec le soutien de Tiffany Piercey et de Stephen Kotkas, qui représentaient le secteur et la fondation CSEG) sont parvenus à attirer un nombre record d’étudiants de tout le pays. La sortie pédagogique GIFT coûte 150 $ par étudiant et la fondation CSEG a offert des bourses de transport pour les étudiants d’autres provinces. Pour les étudiants d’autres régions du Canada, l’événement a été l’occasion de découvrir l’industrie minière et pétrolière de l’Alberta ainsi que les Rocheuses, un aspect que Daniel Loas et les autres participants de Calgary ont trouvé particulièrement gratifiant.

Les commanditaires y ont également trouvé leur compte, en particulier Imperial Oil, qui a accueilli l’événement. « Nous considérons la sortie GIFT comme l’une de nos principales occasions de recrutement en géophysique, déclare Tiffany Piercey. C’est encore plus vrai cette année, puisqu’un vaste groupe d’étudiants d’universités canadiennes a participé. Le fait d’accueillir l’événement était une excellente occasion de présenter Imperial Oil et ses activités. Nous espérons avoir montré aux étudiants que nous sommes un employeur de choix. »

Au total, 42 étudiants venus de tout le pays, de la Colombie-Britannique au Nouveau-Brunswick, ont participé à la sortie GIFT. Certains étaient des étudiants de premier cycle, mais d’autres travaillaient sur leur doctorat. « De nombreux étudiants de premier cycle en géophysique viennent de filières scientifiques, comme la physique ou les mathématiques. Ils sont là pour mener des recherches très pointues dans le cadre de leur programme. En les ramenant à l’essentiel et en leur montrant la progression du travail des géophysiciens (de la planification à l’acquisition et du traitement à l’interprétation), nous leur donnons une vue d’ensemble », conclut Tiffany Piercey.

De la salle de classe à l’équipement haute technologie des entreprises

Tiffany Piercey a participé à la préparation des présentations d’Imperial : « Nous voulions leur montrer quelque chose qui capterait vraiment leur intérêt. Nous avons donc choisi deux installations de pétrole lourd différentes : une première exploitée depuis des années, et une autre en phase de développement et d’exploration. Nous avons divisé le groupe en deux. Pendant que l’un découvrait le travail d’exploration et tous les processus visant à localiser le pétrole, nous présentions à l’autre les activités de surveillance dans un champ pétrolifère exploité depuis longtemps. Nous avons ensuite interverti les groupes. »

Les étudiants ont pu découvrir la technologie de données sismiques 3D de pointe utilisée. « Nous leur avons montré un cube sismique, qui permet d’observer différentes caractéristiques géologiques très efficacement, explique-t-elle. La définition est si élevée que les étudiants ont pu voir nettement les coupes et les données, la façon dont les scientifiques les interprètent et ce que nous voyons quand nous les analysons. Nous avons ensuite utilisé ces données et interprétations pour construire un modèle géologique en 3D. Je dois dire que les étudiants ont été très impressionnés lorsque nous leur avons montré le modèle. Nous leur avons également fait visiter notre salle de visualisation et son immense écran panoramique. Les étudiants font probablement des exercices d’interprétation à l’université, mais pour le type de modélisations géologiques de pointe dont nous avons besoin, il faut vraiment des ordinateurs à haute performance. Des experts internationaux en modélisation ont également travaillé sur ce projet. Sans leurs connaissances et l’équipement informatique ultra-puissant dont nous disposons, les étudiants n’auraient jamais vu ce type de résultats. »

Chez Jason, l’une des quatre entreprises participant à la sortie, les étudiants ont assisté à une présentation interactive de la technologie utilisée pour associer efficacement les données sismiques et les puits – une étape importante de la caractérisation des réservoirs.

« Ils nous ont montré des données sismiques et nous ont demandé d’interpréter l’horizon, puis de voir si l’on remarquait quelque chose de particulier, explique Meaghan Wright. J’ai vraiment adoré. Ils nous ont expliqué la théorie, puis ils nous ont permis de l’appliquer. »

Dennis Ellison, un géophysicien qui a participé à la sortie pédagogique GIFT l’année dernière avant l’obtention de son diplôme à l’Université de Calgary, ne va pas jusqu’à dire que GIFT lui a permis de trouver directement un travail à la société Calgary Thrust Belt Imaging, mais il assure que la sortie lui a donné une meilleure idée du fonctionnement du secteur. « J’ai très certainement acquis de l’expérience et approfondi mes connaissances, affirme-t-il. J’ai aussi fait de nouvelles rencontres, tout en solidifiant certaines relations existantes. »

Traduit par SDL

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