Aug '13

Plein cap vers le sud

Hudbay Minerals a choisi la mine de cuivre Constancia située dans les Andes péruviennes en tant que premier grand projet de développement à l’étranger. Cette société, fondée il y a 85 ans, est déjà à l’oeuvre pour prouver qu’il ne s’agira pas de son dernier travail.

Par Pierrick Blin et Antoine Dion-Ortega

L’étendue de la ceinture cuprifère de Yauri-Andahuaylas, ainsi que les vastes possibilités d’exploration qu’elle recèle, sont les principales raisons qui ont mené Hudbay à s’installer dans cette région pluvieuse et reculée. « Nous sentions que ce secteur avait un potentiel énorme », déclare Cashel Meagher, vice-président de Hudbay pour l’Amérique du Sud. La propriété de Norsemont se trouvait au cœur de cette ceinture de quelque 300 kilomètres de long, entre les mines de Las Bambas, au Nord-ouest de la région d’Apurimac, et celles de Tintaya et d’Antapaccay, dans la région de Cuzco – toutes trois propriétés de GlencoreXstrata. « En nous établissant au sein d’une ceinture minière, nous pensions pouvoir reproduire ce que Flin Flon avait fait pour Hudbay dans le passé, à savoir disposer de plusieurs mines, voire même de plusieurs générations de mines, sur une longue période ».

Depuis 1930, Hudbay se consacre exclusivement au traitement de gisements cuprifères de sulfures massifs d’origine volcanique (SMV), caractéristiques de la ceinture de néphrite de Flin Flon, au nord du Manitoba. Avec Constancia, la minière s’attaque au porphyre cuprifère dans le but de diversifier son portefeuille tout en restant suffisamment proche de son domaine d’expertise. « Les gisements porphyriques sont similaires aux gisements de SMV puisqu’ils sont tous deux sulfurifères », explique M. Meagher. « Ils requièrent le même type de broyage. »

Hudbay disposait de liquidités importantes en 2010 et cherchait activement à investir dans un projet prometteur, si possible dans une propriété se trouvant dans le même fuseau horaire que son siège de Toronto, et située dans un environnement politiquement stable et favorable aux investissements étrangers. Le projet Constancia semblait idéal. « Norsemont avait déjà obtenu les permis nécessaires après son étude d’impact environnemental en décembre 2010 », ajoute M. Meagher. « Ce projet était prêt à passer à l’étape suivante. » Hudbay acquérait Norsemont trois mois plus tard. L’octroi d’une avance en espèces de 750 millions de dollars par la société Silver Wheaton en contrepartie de la totalité de la production d’argent extrait par Hudbay à sa mine 777 au Manitoba, ainsi que celle de Constancia et Pampacancha au Pérou, achevait de compléter le montage financier.

Trouver les bons partenaires

Afin de réduire les risques inhérents à son manque d’expérience à l’étranger, Hudbay a signé une alliance avec la société péruvienne StraconGyM. « Pendant les deux premières années et demie, les membres de leur équipe vont mener nos travaux de génie civil et de terrassement, puis durant les deux années et demie suivantes, nos opérations minières », explique M. Meagher. StraconGyM effectue la plupart de ses opérations spécialisées en matière d’exploitation minière et de travaux de terrassement au Pérou. « En plus de réduire les risques [résultant de notre manque d’expérience au Pérou], nous sommes rassurés quant à notre coût d’investissement, car StraconGyM exploite déjà des mines, alors qu’une société d’ingénierie aura généralement tendance à sous-estimer les coûts », poursuit-il. « Cette société a une véritable expérience dans ce domaine, avec des ressources concrètes». StraconGyM est également chargée de fournir certaines machines d’exploitation minière et d’assurer la formation des opérateurs, le tout évalué sur une base forfaitaire, avec une gestion commune du programme. À la fin des cinq années de cette alliance, la main-d’œuvre et les principaux superviseurs deviendront des employés à part entière de Hudbay.

Le reste des travaux de construction est pris en charge par la société australienne Ausenco en vertu d’un contrat IAGC. « La raison pour laquelle nous avons opté pour un contrat IAGC est, encore une fois, que ce projet est nouveau pour nous », dit M. Meagher. « Nous misons ainsi sur des personnes qui ont fait ce genre de choses auparavant : Ausenco pour l’ingénierie et StraconGym pour l’exécution. »

La construction

Les travaux préliminaires ont commencé il y a un an, suite à l’approbation par le conseil de direction d’un investissement de 1,5 milliard de dollars. La production devrait suivre au cours du second trimestre 2015, après environ trois ans de construction. Près de 3 500 travailleurs, parmi lesquels 1 100 viennent de deux villages voisins, ont été engagés pour les travaux.

La mine a récemment reçu les principales composantes de son usine de traitement ainsi que les premiers éléments de sa flotte minière, qui comptera à terme 18 tombereaux Caterpillar 793F, deux foreuses Terex SK-L, trois pelles mécaniques Hitachi EX5600-5 et deux bulldozers Caterpillar D10T. La livraison des pièces les plus volumineuses devra attendre que soit achevée la route d’accès principale. « L’idée est de commencer le décapage préliminaire en janvier », explique M. Meagher. « Pour cela, nous aurons besoin de nos foreuses, de nos chargeuses frontales ainsi que de quelques tombereaux et pelles. »

La construction de l’usine de traitement suit aussi son cours. La société a décidé de ne rien faire de « très sophistiqué ». « Notre principal concasseur, de type giratoire, mesure 60 par 89 pouces », explique Terry Linde, directeur du projet. « De la station de culbutage, le minerai sera convoyé sur deux lignes de traitement vers le concentrateur. Nous disposons de deux broyeurs SAG et deux broyeurs à boulets, tous deux fabriqués par FLSmidth. Ensuite, le minerai sera convoyé vers les broyeurs à boulets. Chacun des broyeurs requiert une alimentation de 16 mégawatts. » Le minerai sera finalement transporté vers l’unité de flottation, fabriquée par la société américaine Orotech.

L’usine, qui a une capacité de 82 000 tonnes, produira un concentré de 27 % à 29 % de cuivre avec un taux d’humidité d’environ 8 %, selon M. Meagher. Le taux de recouvrement est estimé à 91 %.

La construction de deux lignes électriques qui alimenteront le projet de 96 mégawatts (l’une confiée à la société péruvienne Abengoa, et l’autre au gouvernement péruvien pour relier la mine voisine de Tintaya au réseau national) représente un risque important pour Constancia. Étant donné le contrôle limité qu’a Hudbay sur la programmation des activités, les directeurs du projet ont dû prévoir un plan de secours dans l’éventualité où le courant ne serait pas disponible avant mars 2014. « Si, pour une raison quelconque, l’une de ces deux lignes n’était pas achevée avant l’échéance, nous pourrons toujours procéder à l’inspection des broyeurs et l’exploitation de l’usine en utilisant les génératrices, et ce jusqu’en août », dit M. Meagher. « Ceci nous laisse trois à six mois de marge de manœuvre. Par contre, nous ne pourrons pas commencer à alimenter l’usine en minerai ni la mettre en service. »

Mais jusqu’ici, les travaux de terrassement ont été les plus complexes. En effet, le fond de la vallée, qui deviendra éventuellement un bassin à résidus d’une capacité de 445 millions de tonnes, est recouvert de tourbière, une matière organique trop instable pour supporter un tel poids. Hudbay devra donc la retirer et l’entreposer derrière un barrage.

Or, les travaux de décapage de la tourbière se révèlent être plus importants que prévu. « Nous avions estimé la quantité de matière à 80 000 mètres cubes, alors qu’il y en a en réalité 300 000 », explique M. Meagher. « Nous avons donc dû changer nos plans de gestion de la zone et du barrage de retenue, des éléments clés dans le calendrier de construction de l’installation de gestion des résidus. »

La météo aussi s’en est mêlée. Les travaux de terrassement tels que la construction de barrages s’avèrent bien délicats dans la région à cause de la saison des pluies, de plus en plus fortes depuis quelques années.

Vision à long terme

Les obstacles inévitables rencontrés lors du développement de la mine n’ont cependant pas détourné l’entreprise de ses ambitions à long terme. Le décapage du puits de mine principal n’avait pas encore commencé qu’une seconde étude de faisabilité pour le gisement voisin de Pampacancha était déjà entreprise. « L’un des arguments de vente majeurs de ce projet était son potentiel d’exploration », dit Meagher. « Cela concernait les 26 500 hectares qui venaient avec le projet, mais aussi toutes les concessions adjacentes, où travaillent quelques sociétés juniors et séniors. Nous sommes en train de créer une base de données consacrée à toute la région, autant à sa géologie qu’à ces mines, qui nous permettra de cibler, dans les années à venir, les zones où nous souhaiterions nous étendre. »

L’un des obstacles majeurs à l’expansion du projet est la capacité limitée du bassin à résidus de Constancia. Hudbay a déjà un plan à moyen terme, en lien direct avec les travaux menés à Pampacancha. « Le plan est d’exploiter Pampacancha le plus vite possible », explique M. Meagher. « Une fois l’exploitation terminée, nous allons étudier la possibilité d’utiliser cette nouvelle fosse comme un second bassin à résidus. » Ceci permettrait à Hudbay d’exploiter Constancia, ainsi que tout autre gisement potentiel, pour une période bien plus longue que les 16 années envisagées dans l’étude de faisabilité actuelle.

« Nous pensons nous trouver au milieu d’une ceinture cuprifère majeure et voulons être un précurseur dans la région », conclut Meagher. « Nous souhaitons utiliser ce levier pour pouvoir exploiter d’autres gisements satellites qui pourront alimenter l’usine que nous sommes en train de construire. Nous avons la ferme intention de rester. »

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