Aug '13

Un long cheminement vers le cercle de feu

Que se passe-t-il maintenant que Cliffs a mis son projet de chromite en suspens?

Par Eavan Moore

Cliffs Natural Resources inc. a annoncé en juin qu’elle interrompait son étude d’impact environnemental dans le cadre de son projet de chromite Black Thor dans le Cercle de feu en Ontario, en précisant que plusieurs incertitudes doivent être résolues avant d’investir davantage.

« Bien que la plupart des aspects du projet de chromite progressent comme prévu, la suspension de l’étude d’impact environnemental est causée par certains éléments essentiels au futur du projet dont nous n’avons pas la maîtrise exclusive et qui exigent le concours d’autres parties prenantes concernées, comme des organismes gouvernementaux et les collectivités des Premières Nations en cause », dit Bill Boor, vice-président principal des ferro-alliages de Cliffs. « Nous sommes toujours aussi enthousiastes par rapport à ce projet pour Cliffs et le nord de l’Ontario. Toutefois, en raison des questions actuelles non résolues, nous ne pouvons progresser et n’avancerons pas unilatéralement; nous devons donc gérer nos ressources en conséquence. »

La région du Cercle de feu, riche en minerai, ne possède pratiquement aucune infrastructure, et les entreprises qui y font de l’exploration nécessitent l’aide du gouvernement pour faire progresser leurs projets. En dépit de l’enthousiasme de la province, monsieur Boor explique qu’il s’est avéré plus difficile que prévu de conclure les détails d’une entente couvrant des questions essentielles comme l’accès à l’électricité, les tarifs d’électricité et le fardeau financier de la construction d’une infrastructure de transport.

Entre-temps, au moment de sa décision, Cliffs attendait l’approbation de son cadre de référence par le ministère de l’Environnement de l’Ontario, la décision du commissaire aux mines et aux terres de la province sur une servitude nécessaire à la construction de la voie d’accès prévue et l’examen judiciaire demandé par la communauté Matawa des Premières Nations en 2011 pour forcer une étude plus rigoureuse du projet. Monsieur Boor précise que même une seule de ces questions aurait pu justifier la décision de Cliffs. « L’annonce était une tentative d’expliquer à tous que nous devons progresser », dit-il.

Malgré la frustration de Cliffs, Michael Gravelle, ministre du Développement du Nord et des Mines de l’Ontario demeure positif par rapport au processus existant : « On parle d’un projet de transformation. Il est important de réaliser que de prendre un peu plus de temps pour bien faire les choses est aussi important que tout le reste. »

Il a refusé d’émettre des hypothèses au sujet d’un futur n’impliquant pas la participation de Cliffs dans le Cercle de feu. « Cliffs a bien précisé qu’elle participait à ce projet, a dit monsieur Gravelle. Selon les conversations que j’ai eues avec ses représentants, je suis assuré que nous pourrons aller de l’avant. »

L’Ontario avait déjà promis de contribuer au financement d’une voie d’accès construite par Cliffs que Noront Resources pourrait utiliser en versant des droits de péage. L’étude d’impact environnemental que soumettra Noront en août ou en septembre pour son projet de nickel à plus petite échelle Eagle’s Nest comprend une voie de rechange vers l’ouest rejetée par Cliffs comme non viable pour son projet de minerai de chromite. L’option vers l’ouest est celle que préfèrent les Premières Nations avoisinantes, car elle relie plus de communautés tout en traversant moins de grands cours d’eau. Interrogé sur une contribution financière provinciale à la solution de rechange de Noront, monsieur Gravelle a répondu qu’il était encore trop tôt pour aborder la question.

Si le flambeau était passé à Noront, l’entreprise et ses actionnaires seraient prêts à faire le nécessaire, selon Paul Parisotto, président du conseil et chef de la direction par intérim. « Nous avons des plans prêts au cas où Cliffs ne réaliserait pas son projet, peu importe la raison, dit-il. De plus, nous sommes extrêmement confiants en notre capacité d’appliquer nos plans de développement du Cercle de feu. »

Au sujet de ces récents événements, Kirk McKinnon, président et chef de la direction de la petite société minière MacDonald Mines, craint que les investisseurs se détournent du Cercle de feu en raison d’un manque de direction précise de la part des gouvernements fédéral et provincial. Des propositions d’infrastructure en tous genres ont été déposées – des plus évidentes aux plus créatives –, y compris un chemin de fer qu’une organisation de syndicats des transports du nord de l’Ontario suggère de construire sous la direction d’une autorité portuaire. Pour MacDonald Mines, toute option a ses avantages; le besoin urgent, selon monsieur McKinnon, est de choisir une option d’infrastructure et de la financer.

Toutefois, la bataille des Premières Nations de la région pour obtenir une plus grande participation au processus d’étude d’impact environnemental de la route – dont des débats locaux dans leur propre langue – aura assurément une influence sur de telles décisions. L’Ontario et neuf Premières Nations, représentées par le conseil des chefs de Matawa, ont convenu d’engager des négociations générales de stratégie régionale qui pourraient redéfinir les exigences en matière d’étude d’impact environnemental pour Cliffs et d’autres projets à venir.

Cliffs et les Premières Nations ont dit espérer en arriver à une entente mutuellement satisfaisante qui éviterait l’examen judiciaire qui fait présentement son chemin dans l’appareil judiciaire. Judith Rae, une avocate qui travaille à l’examen judiciaire, explique : « L’obtention de résultats négociés dépend premièrement de la volonté gouvernementale de modifier le processus d’étude d’impact environnemental, et deuxièmement, de la volonté de l’industrie de se conformer à un nouveau processus. Le problème, c’est que nous n’avons pas encore les réponses. »

Les partisans seront peut-être rassurés par le fait qu’en juillet, la province a confié à Frank Iacobucci le mandat de diriger son équipe de négociation. La nomination de l’ancien juge de la Cour suprême fait suite à la démission de Bob Rae comme membre du parlement. Monsieur Rae désire consacrer son énergie à diriger les négociations pour le compte du conseil des chefs de Matawa. « Selon moi, il doit se tramer quelque chose; il ne démissionnerait pas pour assumer ce rôle si rien n’était planifié », a dit monsieur McKinnon.

Traduit par SDL

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