Aug '13

Culture organisationnelle

Une différente perception des sexes

Par Dean Laplonge

Quand on parle des différences entre les sexes, il est généralement question des femmes. Les femmes au travail, dans le secteur minier, un salaire égal pour les femmes et la discrimination exercée contre les femmes. Toutes ces questions sont importantes. Il est inacceptable qu’en milieu de travail, les femmes n’aient pas encore un statut égal à celui des hommes. Pourtant, les différences entre les sexes ne caractérisent pas les femmes. À moins d’aller au-delà de cette obsession, nous n’obtiendrons jamais une diversité des sexes en milieu de travail.

Les efforts consacrés à l’amélioration de la diversité des sexes dans les secteurs dominés par les hommes, comme l’exploitation minière et la construction, ne mènent à rien. Les rapports sur les femmes en exploitation minière d’aujourd’hui et ceux publiés près de 20 ans plus tôt sont essentiellement les mêmes. On y mentionne les mêmes problèmes tout en recommandant les mêmes solutions. On continue à parler du nombre de femmes en insistant sur le besoin de changer les pratiques en matière de recrutement, de la disponibilité d’un plus grand nombre de mentors et des dispositions pour récompenser les femmes qui « ont réussi » dans les milieux de travail masculins. Les débats sur les différences entre les sexes dans ce genre de secteur ne concernent que ce qu’on devrait faire des femmes. Les méthodologies utilisées en recherche considèrent les femmes à la fois comme le problème et la solution. Par conséquent, on permet aux hommes et aux structures masculines de ces secteurs de poursuivre leurs activités comme si les différences entre les sexes n’y jouaient aucun rôle.

Pourtant, l’expression « différences entre les sexes » est depuis longtemps comprise comme quelque chose de bien plus complexe et divers que l’implique le facteur binaire masculin-féminin. Les différences entre les sexes ont un caractère culturel : notre culture dicte la façon dont notre sexe se comporte. Notre sexe nous représente, mais il n’est certainement pas ce qui nous définit. Les sexes sont aussi structurels : ils sont intégrés à nos organisations et à nos institutions, et ils en influencent le fonctionnement. Un aspect essentiel de la liberté des femmes a toujours été de faire prévaloir que les femmes (et les hommes) pouvaient aller au-delà de leur sexe. Dans notre monde moderne, plusieurs ont découvert qu’ils en avaient la capacité.

Ces idées devraient influencer la façon dont nous réagissons aux sexes dans les secteurs à prédominance masculine. Ce n’est toutefois pas le cas.

Les débats sur les différences entre les sexes dans des industries comme l’exploitation minière ont lieu dans un cocon. Les résultats sont désastreux, non seulement pour les femmes, mais aussi pour l’ensemble de ces industries. Un récent rapport du Centre canadien de politiques alternatives détermine que les pratiques en cours permettront au Canada de combler les écarts entre hommes et femmes d’ici 2241. Pouvons-nous vraiment attendre aussi longtemps? Les gens qui travaillent dans des secteurs très masculinisés font encore face à un risque élevé de blessure et de dépression. L’intimidation et le harcèlement sont chose courante. De longues heures de travail, l’isolement et l’éloignement de la famille sont souvent pointés du doigt pour cette situation. La pression exercée sur les employés qui doivent travailler comme « des hommes » y joue toutefois un rôle. Malgré tout, il semble que nous souhaitions seulement intégrer quelques femmes supplémentaires, comme si les femmes, erronément considérées comme globalement plus douces que les hommes, allaient dompter nos milieux de travail.

Pour trouver une résolution à ce problème, il faut le sortir du contexte des ressources humaines. La question concerne le milieu de travail dans son ensemble. Les conséquences des spécificités de chaque sexe sur la sécurité – ce que représente être « un homme » en milieu de travail – peuvent influencer les risques pris par une personne pour accomplir son travail. Elles ont des répercussions sur la planification, les décisions de production, l’établissement des budgets et la culture organisationnelle en général.

Les responsables des programmes liés aux spécificités de chaque sexe doivent étudier davantage l’évolution des sexes, les mouvements connexes et les différentes croyances qui ont fait surface dans toute une gamme de disciplines au cours des dernières décennies. Ils doivent réaliser que l’égalité des sexes signifie davantage qu’un nombre plus élevé de femmes en milieu de travail. Il faut que ces responsables puissent expliquer les différences entre les sexes et y réagir, car elles sont partie intégrante de l’organisation.

Il est aussi nécessaire que chaque échelon de nos industries compte plus de gens ayant une connaissance approfondie des spécificités de chaque sexe –administrateurs, gestionnaires, conseillers et employés généraux. Rares sont les experts en spécificités des sexes dans les secteurs à prédominance masculine, et il faut en chercher la cause.

Les spécificités des sexes ont joué un rôle important dans la façon dont ont évolué les industries comme l’exploitation minière, le pétrole et le gaz naturel, ainsi que la construction. Dans toutes ces industries, les suppositions concernant les sexes ont influencé les processus de production, les styles de leadership et de gestion, la sécurité, les cultures organisationnelles et la conception des lieux de travail. Si nous n’arrivons pas à percevoir les sexes comme un sujet qui englobe plus que la femme, notre examen de la situation et notre réaction ne sont pas les bons, et nos efforts pour trouver des moyens d’obtenir une véritable diversité des sexes pouvant profiter à plus de femmes et à plusieurs de nos hommes sont voués à l’échec.


Dean Laplonge, Ph. D., est un chercheur et consultant reconnu du domaine des spécificités des sexes, de la sécurité et des communications. Il dirige Factive (www.factive.ca), une société-conseil en recherche culturelle œuvrant auprès des entreprises de l’industrie des ressources au Canada et en Australie afin de résoudre les problèmes culturels du secteur. Son livre intitulé So, you think you’re tough: getting serious about gender in mining devrait être publié plus tard cette année.

Traduit par SDL

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