sept/oct 2012

Un nouveau départ

Ann Marie Hann partage sa vision nationale de l’industrie du charbon

Par Antoine Dion-Ortega

En septembre dernier, quand Ann Marie Hann est devenue présidente de l’Association charbonnière canadienne (CAC), l’industrie était confrontée à un futur incertain. Si l’on regarde les chiffres, l’industrie du charbon est en bonne santé : La production devrait continuer à croître et de nouveaux projets sont dans le pipeline. Les exportations ont également augmenté de 22 pour cent en 2010 afin de répondre à la demande grandissante des marchés asiatiques. Au Canada, toutefois, l’avenir du charbon est un peu moins certain. Le gouvernement fédéral cible actuellement les taux d’émission des centrales thermiques alimentées au charbon du pays afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Ancien ministre du gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador et ancienne présidente de l’Association canadienne du gaz propane, Hann s’affaire maintenant aux activités de son nouveau poste et sera très occupée à participer aux discussions à venir à propos du charbon.

CIM : Quels sont les trois objectifs que vous vous êtes fixés en tant que présidente de la CAC? Quelle sera votre approche?

Hann : La première chose que j’ai faite quand je suis arrivée a été de mettre au point un plan de développement, qui a quatre objectifs. Un de ces objectifs qui est très important est de faire en sorte que l’association soit une source importante d’information concernant le charbon. Nous avons lancé un site Web un peu plus tôt cette année et nous sommes sur le point de terminer la première étude économique à propos de l’industrie sur une longue période. Un autre objectif est de nous assurer que nous puissions être entendus à propos des questions qui nous concernent. C’est-à-dire de nous assurer que le gouvernement ait le réflexe de consulter l’industrie concernant la réglementation qui touche le charbon. Nous ne voulons pas être laissés de côté, nous voulons prendre part au développement, et non pas jouer un rôle passif. J’ai travaillé pour le gouvernement pendant plusieurs années à des niveaux supérieurs. Cette connaissance du fonctionnement gouvernemental sera certainement utile pour nos relations avec le gouvernement et pour notre travail de représentation.

CIM : En 2010, le Canada a produit 40 millions de tonnes de charbon thermique, principalement pour sa consommation interne, et 28 millions de tonnes de charbon pour l’aciérie, destiné principalement pour l’exportation. De quelle manière la croissance mondiale pourra avoir une incidence sur ces deux types de production? Devons-nous nous attendre à un changement par rapport à leur importance respective?

Hann : À moyen et à long terme, la demande devrait rester forte, en particulier sur les marchés asiatiques. Il y a des projets d’importance développés par les producteurs canadiens visant à augmenter leur production de charbon métallurgique et thermique. De plus, des plans d’investissement d’envergure sont en cours pour la chaîne d’approvisionnement, comme les voies ferrées, les ports et les terminaux, qui permettront d’augmenter les quantités de produits.

La difficulté en ce qui concerne le pays est que Environnent Canada compte réglementer l’industrie. La loi, qui devrait entrer en vigueur en juillet 2015, réduira considérablement les normes d’émission pour la production d’électricité à partir du charbon. Pour le moment, aucune centrale canadienne au charbon ne sera en mesure de respecter les normes, tout simplement parce que les technologies ne sont pas encore viables commercialement ou qu’elles ne sont pas offertes à l’échelle mondiale. Si le charbon thermique continue à être utilisé, il sera nécessaire de mettre beaucoup d’efforts pour le développement des technologies. Si nous échouons sur ce point, il y aura probablement plus de charbon qui sera exporté. La nouvelle question sera alors celle-ci : est-ce que les mines pourront économiquement se permettre de passer d’une forme à une autre et d’expédier leur charbon vers les ports? Pour certaines de ces mines, ce ne sera pas une option qui sera économique.

CIM : Les modifications de la réglementation représentent des difficultés de taille pour l’industrie. Selon vous, quels en seront les impacts?

Hann : Ce que nous craignons est que ces changements soient exclusivement concentrés sur les impacts environnementaux, sans considérer les implications sociales et économiques. Après 2015, toutes les centrales qui ont 45 ans ou qui terminent un contrat d’énergie devront respecter les normes ou fermer. Ainsi, au cours des 10 ou 20 prochaines années, à moins qu’il y ait de nouvelles technologies pour la capture ou l’entreposage du carbone, toutes les centrales thermiques alimentées au charbon devront fermer. Cela représente un nombre considérable de pertes d’emplois et une réduction importante des redevances et des revenus pour les gouvernements.

Un autre élément qui nous préoccupe est que ces réglementations vont essentiellement forcer les centrales à passer au gaz naturel. Environnent Canada fait la supposition que les prix du gaz naturel resteront les mêmes, ou qu’il baisseront. Pourtant, nous savons que ces prix ont été très instables dans le passé. Sur une longue période, les prix du charbon ont été de trois à quatre fois plus bas que ceux du gaz naturel. Personne ne sait ce à quoi ressembleront les prix à l’avenir. Simplement fermer les centrales au charbon risque de faire monter les prix de l’électricité résidentielle et industrielle. Le charbon a jusqu’ici permis de fournir de l’énergie à faibles coûts aux industries. Il représente un avantage compétitif pour les industries canadiennes. Maintenant, nous introduisons beaucoup d’incertitudes à ce sujet.

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