sept/oct 2012

Sables bitumineux de Chine

CNOOC fait une offre d’achat de 15,1 milliards $US à Nexen

Par Anne Reitman

 

Nexen et la Chinese National Offshore Oil Corporation (CNOOC) sont partenaires dans le projet des sables bitumineux de Long Lake depuis 2011, année où la CNOOC a fait l’acquisition de OPTI Canada, partenaire de Nexen. La société d’État chinoise est maintenant en voie de s’implanter plus solidement en Alberta avec l’annonce récente de son acquisition de Nexen pour la somme de 15,1 milliards $US, qui a également des activités dans la mer du Nord, dans le Golfe du Mexique et au large du Nigéria.

Il s’agira de la plus grande acquisition à l’étranger jusqu’à présent pour les entreprises publiques chinoises de plus en plus audacieuses. L’acquisition entraînera la croissance des réserves prouvées d’environ 28 pour cent jusqu’à 4 millions de barils et de la production d’environ 23 pour cent jusqu’à 1,1 million de barils de pétrole par jour. Bien que Long Lake et Syncrude ne constituaient que le cinquième de la production de Nexen en 2011, le bitume et l’huile synthétique constituent l’essentiel des réserves prouvées et probables de l’entreprise.

Pendant une conférence téléphonique du 23 juillet, le PDG de Nexen, Kevin Reinhart, a dit aux investisseurs que les solides états financiers de CNOOC permettent de croire que les projets recevront le capital nécessaire. En d’autres mots, Nexen détient des actifs intéressants et CNOOC a beaucoup d’argent pour les développer. L’offre d’achat fixait la valeur des actions de Nexen à 61 pour cent au-dessus de leur prix de fermeture à la NYSE.

Li Fanrong, directeur général de la CNOOC, a affirmé : « Nous sommes au Canada pour investir, pour être un bon employeur et nous avons l’intention de maintenir l’engagement de Nexen envers l’environnement et les collectivités comme nous le faisons dans nos propres opérations partout dans le monde. » À Long Lake, par exemple, les entreprises ont offert un programme de bourses d’étude pour les jeunes.

Lorsqu’on lui a demandé si des désinvestissements étaient prévus, Fanrong a simplement dit « Non ».

Fanrong a également assuré que la dette exceptionnelle de 4,3 milliards $US de Nexen serait pris en charge, que les employés conserveraient leur emploi, que les actions seraient inscrites à la TSX et qu’un siège social serait établi à Calgary pour surveiller les activités en Amérique du Nord et en Amérique centrale, qui constitueront des actifs combinés de 22 milliards $US après l’acquisition.

La prochaine étape de l’entente consiste à obtenir l’approbation réglementaire. Bien que les premiers appels aient été faits aux ministères concernés immédiatement avant l’annonce de l’entente, selon un porte-parole, la CNOOC ne fera aucun commentaire sur la réaction du gouvernement.

Il y a une certaine opposition provenant des États-Unis concernant l’entente, qui pour certains ravive le souvenir de l’échec de l’offre d’achat de 18,5 milliards $US fait par la CNOOC pour acquérir Unocal, en concurrence avec Chevron, il y a sept ans. Le sénateur américain Chuck Schumer a pris des mesures pour bloquer l’acquisition par CNOOC des actifs détenus par Nexen dans le Golfe en s’appuyant sur un manque de réciprocité. Toutefois, seuls des problèmes de sécurité nationale pourraient annuler légalement la transaction et, considérant que les actifs détenus aux États-Unis ne constituent que le dixième du portefeuille de Nexen, un tel argument a peu de chances de tenir. Près de la moitié des actifs de Nexen se trouve au Royaume-Uni.

Malcolm Graham-Wood, un analyste pétrolier de la firme de placement VSA Capital, fait remarquer que le paysage a considérablement changé depuis l’entente Unocal.

« les nord-américains ont besoin d’investissements étrangers, indique-t-il. Exxon a récemment conclu une entente avec Rosneft qui permet à l’entreprise russe de partager ses actifs aux États-Unis. Cette entente a ouvert la voie. Comment les États-Unis pourraient-ils empêcher la CNOOC de venir ici et d’acheter des actifs? »

CNOOC a déjà conclu deux grosses ententes relatives au schiste avec Chesapeake Energy, sans aucune résistance réglementaire ou politique.

Toutefois, bien que non directement lié et ayant très peu de chances d’empêcher l’entente de progresser, les mesures récentes de la U.S. Securities and Exchange Commission ont porté ombrage à l’annonce quand les organismes de régulation des marchés des États-Unis ont obtenu un décret d’urgence pour geler les actifs de la firme en alléguant un délit d’initié concernant les actions de Nexen immédiatement avant l’annonce de l’acquisition.

La plainte vise l’entreprise de Hong Kong, Well Advantage, controlée par Zang Zhi Rong, contrôlant également une autre entreprise qui, selon la commission, détient un accord de coopération stratégique avec la CNOOC.

Ces manchettes sont de véritables abominations pour les grandes transactions transfrontalières, déjà exposées à des risques politiques, mais Graham-Wood crois que l’acquisition est « affaire conclue ».

« CNOOC achète dans le haut de la gamme et, si tout va bien, il y en aura plus, affirme Graham-Wood. Les médias et les courtiers ont également identifié des entreprises à l’extérieur du Canada, comme la société d’exploration africaine Tullow Oil, qui pourrait représenter une transaction de 20 milliards $US.

Il a ajouté que l’investissement de la Chine est avantageuse pour le Canada, surtout grâce à l’esprit d’investissement à long terme. Si le prix du pétrole chute, explique-t-il, il est très peu probable que la CNOOC fasse marche arrière sur le développement simplement parce que le pétrole des sables bitumineux est cher à produire.

Nexen n’est pas la seule présence de la CNOOC au Canada. Elle détient une part de 14,2 pour cent des sables bitumineux par l’entremise de MEG Energy et une part de 60 pour cent dans une zone pétrolière et gazière conventionnelle du Yukon, par l’entremise de Northern Cross. CNOOC est la troisième plus grande compagnie pétrolière en Chine et le plus grand producteur de pétrole extracôtier.?

Publier un commentaire

Commentaires

Version PDF