sept/oct 2012

Sidney Ells : pionnier de la recherche sur les sables bitumineux

Par Correy Baldwin

Au moment où la Première Guerre mondiale a commencé, en 1914, un jeune ingénieur minier de la Commission géologique du Canada (CGC) a été informé que, en raison de l’importance de ses travaux, il ne serait pas envoyé au front. Sidney Ells supervisait une étude sur les sables bitumineux de l’Athabasca, et le gouvernement canadien était alors à la recherche d’une source d’approvisionnement en pétrole pour soutenir l’effort de guerre.

Un an auparavant, Ells avait exploré la région de l’Athabasca afin d’évaluer le potentiel des sables bitumineux. À partir de la piste d’Athabasca Landing, il était en route pour le nord en suivant le cours de la rivière Athabasca, accompagné d’un guide de la région et de trois autres personnes. Au cours des trois mois qui ont suivi, l’équipe a parcouru 300 kilomètres en périphérie des terrains sauvages, le long de la rivière Athabasca et de ses affluents. L’équipe a étudié 247 affleurements et a prélevé 200 carottes au moyen de tarières à main.

En septembre une équipe de 22 personnes s’est jointe à Ells afin d’aider à rassembler et à charger les neuf tonnes de carottes et à les transporter en amont de la rivière. Le trajet du retour a été horriblement difficile. En partie en raison des 14 sites de rapides qui se trouvent sur la trajectoire. Le voyage a nécessité 23 jours. Il arrivait souvent que l’équipe devait travailler pendant 20 heures de suite. Au moment où Ells est arrivé à la piste d’Athabasca Landing, il avait perdu 12 membres de son équipe; trois étaient blessés et cinq autres avaient tout simplement déserté le groupe.

Toutefois, pour Ells, le jeu en valait la chandelle. Il a fait parvenir ses échantillons à Ottawa et a rédigé un rapport très élogieux à propos de ce qu’il a trouvé. Les sables bitumineux, affirmait-il, sont prêts pour une exploitation commerciale à large échelle. Ells est devenu un ardent défenseur de la recherche sur les sables bitumineux et s’est assuré que cela devienne une priorité pour la CGC.

Le printemps suivant, William Herron et Archibald Dingman ont fait la découverte de pétrole à Turner Valley, en Alberta, ce qui a attiré l’attention et a refroidi l’engouement pour les sables bitumineux. Mais cela n’a pas duré longtemps. En août, le Canada s’est associé au Royaume-Uni dans la guerre contre les Allemands. Les alliers avaient besoin de tout le pétrole qu’ils pouvaient se procurer.

Ells a interrompu ses recherches pour expérimenter des façons pour extraire le bitume. Il a alors conduit ses travaux au Mellon Institute of Industrial Research à Pittsburgh, en Pennsylvanie. Il est parvenu, accompagné d’une équipe d’ingénieurs et de scientifiques, à un processus de séparation au moyen d’eau chaude et de réactifs acides ou alcalins. Ce procédé est à la base du processus qui est encore utilisé de nos jours.

Ells a travaillé de manière ininterrompue jusqu’au mois d’avril 1917, moment où on lui a annoncé qu’il devait finalement partir pour l’autre continent. Après la réception de cette nouvelle, il a tenté de compiler les résultats de ses recherches avant son départ. Il a ainsi rédigé un impressionnant rapport en deux volumes.

En Europe, Ells n’était pas sur la ligne de front. Il était professeur en ingénierie à l’Université Khaki, un service de formation de l’Armée canadienne située outremer afin de former les troupes démobilisées.

Karl Clark, un jeune ingénieur de la CGC, a examiné et évalué les travaux d’Ells pendant son absence. Clark a étudié en profondeur le difficile rapport et les notes éparses d’Ells, qu’il a lourdement critiqué. La documentation, disait-il, était un fouillis impossible à comprendre. Ells a été retiré du projet, et c’est Clark qui a hérité de la suite. Ells, à son retour de guerre, a vus ses travaux sous l’emprise d’une autre personne et a perdu tout le mérite qu’on lui devait.

Après la guerre, la recherche sur les sables bitumineux a été concentrée à l’Université de l’Alberta. Le directeur, Dr. Henry Tory, était également de ceux qui avaient participé à l’organisation de l’Université Khaki. Tory supervisait la recherche sur les sables bitumineux, et lorsque le gouvernement canadien a recommandé Ells pour mener les travaux, Tory s’est opposé. Il a plutôt proposé Clark afin de pourvoir le poste. La CGC a depuis repris le flambeau de la recherche sur les sables bitumineux, qui a pris un nouveau tournant. Ells, toutefois, n’a jamais retravaillé sur le projet par la suite.

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