sept/oct 2012

L'express Athabasca : Infrastructure

Le flux de travaux s’améliore

-Par Eavan Moore

Dans la période qui a précédé la récession, l’exploitation des sables bitumineux dans le Nord-est de l’Alberta a connu une telle expansion que le développement des infrastructures locales n’a pu suivre le rythme. La province et les municipalités du Nord ont donc été plongées dans une situation les obligeant à rattraper leur retard en matière de transports, de logements, de santé et de sécurité. « On ne se doutait pas des conséquences de la rapidité à laquelle s’est développée l’industrie des sables bitumineux », affirme Ken Chapman, directeur général chez Oil Sands Developers Group (OSDG). Cet organisme représente une coopération croissante entre les exploitants de l’industrie, les communautés et les gouvernements locaux sur les moyens d’affronter les enjeux régionaux.

Les routes et les ponts

Le développement des sables bitumineux s’est accompagné d’une explosion démographique en raison du nombre de travailleurs et leurs familles venant s’installer dans la région. De plus, les camions transportant des charges surdimensionnées qui circulent en direction du Nord empêchaient la circulation fluide sur les autoroutes de la province et sur les routes de la région. À Fort McMurray, la province investit 75 millions de dollars dans la reconstruction de deux ponts qui traversent la rivière Athabasca. La circulation y est encore interdite, aussi les quelque 45 000 à 50 000 véhicules circulant quotidiennement empruntent un tout nouveau pont à 5 voies dont le coût s’élève à 127 millions de dollars. Ces projets, ainsi que deux échangeurs en cours de construction, créeront un couloir de circulation qui traversera Fort McMurray une fois achevés en 2014, défend Trent Bancarz, porte-parole d’Alberta Transportation. « Le trafic routier sur autoroute sera séparé de la circulation locale, ce qui facilitera les déplacements et les sécurisera puisqu’on ne mêlera plus la circulation à grande et à faible vitesse sur une même artère. »

D’autres projets se développent plus lentement. L’autoroute 63 de la province d’Alberta a acquis une triste notoriété en raison de ses nombreux embouteillages et de ses accidents mortels. Ainsi, en 2006, la province s’est engagée à jumeler ce tronçon de route à deux voies qui relie les sables bitumineux à la jonction avec l’autoroute 55 à proximité de Grassland. Depuis, seulement 16 des 240 kilomètres ont été jumelés.

L’électricité

La cogénération d’électricité associée à la chaleur générée par plusieurs installations d’extraction entraîne un excès d’énergie dans grand nombre des opérations. Mais les installations nécessitent tout de même de nouvelles lignes de transmission pour évacuer l’énergie qu’elles génèrent d’une part, et recevoir de l’énergie d’appoint en cas de besoin d’autre part. L’Alberta Electric System Operator, responsable de la planification à long terme, a proposé quatre projets de transmission distincts qui impliqueraient l’installation de deux lignes de 500kV vers Edmonton et entoureraient Fort McMurray de 200 à 400 kilomètres de lignes de 240kV supplémentaires. L’Alberta Utilities Commission a approuvé l’importance de la majorité de ces projets, mais elle poursuit les négociations par des offres d’achat, des approbations concernant la construction, et des décisions concernant quelle entreprise verra sa concession traversée par des lignes électriques.

La logistique

Le plus lourd des fardeaux touche toujours la municipalité régionale de Wood Buffalo, où se trouve Fort McMurray. La population de la municipalité a augmenté de 28 pour cent entre 2006 et 2011, et on estime qu’elle augmentera de 50 pour cent supplémentaire d’ici 2045.

« Cette municipalité est de loin la plus développée de tous les ordres de gouvernement en terme de gestion des besoins en matière d’infrastructure », affirme Chapman. Il ajoute que, bien que la récession de 2008 à 2010 ait quelque peu détourné l’attention provinciale, la municipalité a fini par en bénéficier. « Les travaux n’ont pas cessé, mais ils se sont suffisamment ralentis pour permettre à tout le monde de reprendre son souffle et de réfléchir davantage à la planification. »

Plus tôt cette année, 330 hectares de terre ont été concédés pour la construction de logements, mais l’OSDG et Wood Buffalo s’accordent à dire que cela ne suffit pas. On estime qu’entre 30 000 et 50 000 travailleurs de l’industrie des sables bitumineux logent dans des campements de chantier, et ce nombre ne fera qu’augmenter dès le commencement de la construction de nouveaux projets. Les représentants de Wood Buffalo souhaitent voir davantage de personnes s’intégrer à la vie urbaine, mais le marché immobilier l’en empêche : le prix d’une maison unifamiliale est de 750 000 dollars. Entretemps, la province hésite à précipiter la croissance du marché immobilier, notamment parce que les aménagements requis pour transformer un simple développement résidentiel en un quartier ne peuvent être construits au même rythme effréné.

Les campements ont toutefois leurs avantages : ils réduisent la circulation, accommodent les travailleurs des chantiers sur le court terme et diminuent les temps de déplacement vers les sites plus éloignés. Les employés de Shell, Syncrude et Suncor ont tendance à vivre dans la région et à se rendre sur leur lieu de travail en voiture ou en autocar fourni par leur entreprise, mais l’expansion vient compliquer cette habitude. Pius Rolheiser, porte-parole de l’Impériale, explique que la décision d’exploiter le projet Kearl à l’aide d’un service de navette aérienne a été motivée par sa distance de Fort McMurray. « Le trajet en voiture prendrait environ 90 minutes compte tenu des conditions actuelles », dit-il. « La journée serait vraiment très longue. »

Ceci implique donc la construction de nombreuses pistes d’atterrissage privées. Au vu du nombre croissant d’avions qui survolent la région, les entreprises cherchent à coordonner l’usage de ces pistes. Certaines d’entre elles, dont l’Impériale, partagent déjà leurs pistes avec d’autres opérateurs. Malheureusement, ces nouvelles pistes d’atterrissage ne viendront pas alléger la pression que connaît l’aéroport de Fort McMurray. En effet, un nouveau terminal principal, cinq fois plus grand que l’espace actuellement occupé par l’aéroport, est en cours de construction. Le PDG de l’aéroport, Scott Clements, prévoit d’accommoder des vols internationaux d’ici la fin de l’année.

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