sept/oct 2012

Un œil sur les affaires

De nos jours, les études de faisabilité doivent tenir compte des coûts énergétiques

Par Mauro Chiesa

La dernière décennie a vu trois grands changements économiques qui ont eu un impact sur les sociétés minières qui cherchent à augmenter leurs exploitations minières présentes ou à développer de nouveaux projets : les marchés produit­destination se sont diversifiés de l’Europe, de l’Amérique du Nord et du Japon et incluent maintenant des marchés émergents en Asie, en Afrique et en Amérique du Sud, dont la population est de neuf fois supérieure; les coûts énergétiques ont augmenté de 17 $ par baril de pétrole au 9 septembre 2001 à un pic de plus de 140 $ par baril, pour revenir à 100 $ par baril au ralentissement de l’économie; et les organisations du secteur public accumulent un déficit fiscal tandis que les sociétés minières demeurent rentables, ce qui amène les gouvernements à réévaluer leur participation aux projets qui nécessitent un investissement important.

Quand que les sociétés minières préparent des études de faisabilité, elles ne doivent pas sous-estimer le risque que représentent ces tendances. Cela exige une révision en profondeur des pratiques habituelles d’évaluation des coûts et des risques. Pour commencer, la préparation d’une étude de faisabilité doit tenir compte des facteurs suivants.

Le coût du broyage – Le coût de l’énergie représente une part importante de la formule de calcul du coût du broyage. Plusieurs pays encouragent les projets miniers et le développement industriel en vendant leur électricité à perte. Mais les politiques de récupération des coûts mises en place pour contrer les déficits publics, conjugués à l’augmentation du coût de l’énergie, peut avoir un impact important sur le caractère durable de certains projets. Une étude de faisabilité peut recourir à une analyse fondée sur une comparaison au prix du marché pour confirmer la faisabilité en cas d’augmentation correspondante des coûts. Les énergies renouvelables et la cogénération d’électricité méritent aussi d’être envisagées. La disponibilité de carburant et les capacités du réseau électrique national doivent également être vérifiées, en particulier dans les économies émergentes où le carburant pourrait manquer ou être requis pour assurer la croissance rapide de l’économie.

La distribution d’électricité – Avec des projets situés dans des sites de plus en éloignés, et avec les déficits fiscaux des pays, il n’est plus possible de présumer que le secteur public fournira l’infrastructure de soutien. Même si c’est le cas, le recours au secteur privé doit être envisagé car il permet de développer des infrastructures plus rapidement; or celles-ci sont souvent nécessaires à la construction du projet. L’approvisionnement au privé réduira aussi le risque d’inflation et les exigences en comparaison au recours au secteur public, ce qui permettra à la société minière de se concentrer sur l’obtention des investissements et des permis. Cependant, le coût du recours au privé pour le développement d’infrastructures doit être évalué dans le contexte de marchés d’investissement plus difficiles.

Le transport terrestre – Que ce soit par chemin de fer ou par la route, le transport du produit final à la mer exige une dépense énergétique supplémentaire, en particulier si le site est éloigné. La politique du pays d’accueil à l’égard du prix du carburant pour le transport doit être évaluée avec soin : de nombreux pays en difficulté se voient obligés de réduire leurs subventions sous la pression. Encore une fois, une évaluation au coût du marché peut aider à confirmer la durabilité du projet.

Le transport en mer – L’évolution mondiale des marchés de destination a un impact sur le prix du fret et de l’assurance-transport ainsi que des coûts de transport franco bord dans les ports asiatiques. L’augmentation de la distance parcourue, des frais de demurrage et de file d’attente au port de destination, et du coût du carburant, est un nouveau facteur à considérer. En général les sociétés ne tiennent pas compte de ces aspects qu’elles intègrent au « fonds de roulement » (même pour les projets en développement) des 60 à 90 jours dans leur étude de faisabilité. Cette stratégie n’est plus réaliste.

La logistique – L’augmentation du coût du carburant force les transporteurs en gros à revoir les conditions du chargement partiel, à augmenter le volume nécessaire pour permettre un arrêt et à ajouter des arrêts pour réduire les déplacements à trop grande capacité. Pour les sociétés minières, cela se traduit par une augmentation du tonnage à la chaîne d’approvisionnement, une augmentation des stocks en attente à la sortie de la mine, en transit ferroviaire ou routier ou au port, et une augmentation de la durée du transport en mer jusqu’aux ports asiatiques. Habituellement les études de faisabilité ne tenaient pas compte des besoins logistiques découlant de la distance entre un projet et son marché. Le fait de ne pas tenir compte de cet aspect pourrait coûter cher dans un contexte de rareté des fonds.

En résumé, les demandes découlant de la mondialisation et l’augmentation des coûts énergétiques conjugués font qu’un transport efficace et une saine gestion de la chaîne d’approvisionnement sont cruciaux, en particulier dans un contexte où les marchés d’investissement sont conservateurs. Avec un secteur public moins enclin à accorder des subventions, les études de faisabilité doivent désormais inclure des évaluations de coûts plus exactes et une évaluation plus pertinente de la chaîne d’approvisionnement pour bien évaluer la durabilité économique du projet. Les évaluations de sensibilité simplistes comme des variations de coût de +/- 10 pour cent et trois mois de fonds de roulement sont moins pertinentes. Une société minière qui recherche une étude de faisabilité complète et actuelle doivent insister pour que le groupe de consultation inclue une évaluation expertisée de la chaîne d’approvisionnement et des coûts énergétiques.


Mauro hiiesa

L’auteur est maintenant consultant en semi-retraite. Il a plus de 33 ans d’expérience en financement et conseil de projets d’infrastructure et d’extraction dans le monde entier. Il a travaillé avec les banques multinationales World Bank Group et EDC. Il a une maîtrise en administration des affaires et un diplôme de l’Université de Colombie-Britannique.

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