novembre 2012

Orbite produit de l’alumine en Gaspésie

Un procédé acide qui ne crée pas de boues rouges

Par Alain Castonguay

Au terme d’un procédé de lixiviation où les boues rouges sont traitées, la technologie d’Orbite génère comme résidu un produit sec, inerte et surtout neutre pour l’environnement et permet de réduire les volumes résiduels de plus de 90 pour cent par rapport à leur état initial | Courtoisie Orbite Aluminae Inc.


La société minière Orbite Aluminae inc. (« Orbite ») a de grandes ambitions pour son gisement d’argilite situé près de Grande-Vallée, en Gaspésie. En plus d’y extraire de l’alumine, Orbite entend exploiter le potentiel du site pour d’autres métaux et terres rares. Et la technologie alternative qu’elle a mise au point permettrait d’éviter l’épineux problème environnemental que représentent les boues rouges pour l’industrie de l’aluminium. En fait, Orbite possède la technologie pour les traiter.

Depuis les années 1880, on utilise le procédé Bayer pour extraire l’alumine du minerai de bauxite. La présence de silicium dans le minerai complique l’extraction de l’alumine et crée un sous-produit, la boue rouge, dont le volume est deux fois plus important que celui de l’alumine. On estime à quelque 3 milliards de tonnes dans le monde la quantité de boues rouges entreposées dans des réservoirs près des usines de transformation. « Certaines usines sont menacées de fermeture, car leurs lacs de boues rouges sont à pleine capacité », explique Richard Boudreault, président et chef de la direction d’Orbite Aluminae.

La société a produit de l’alumine pour la première fois à son usine-pilote à Cap-Chat au début de 2011, et une extension est en cours. Une grande partie de l’équipement, y compris les navires de processus et de systèmes de contrôle, a été livrée, et la construction extérieure est en voie d’achèvement. L’entreprise espère avoir la capacité de produire d’une à trois tonnes d’alumine de haute pureté (HPA) par jour d’ici la fin de l’année 2012, et cinq tonnes par jour d’ici 2013. Une fois que la production d’alumine de haute pureté générera des revenus, la société prévoit de construire une usine de fabrication d’alumine métallurgique d’une capacité de 7000 tonnes par jour pour atteindre la pleine production.

À la fin du mois de juin dernier, la société venait d’annoncer la signature d’un protocole d’entente avec le géant Nalco en Inde, troisième producteur mondial d’aluminium, lequel entend utiliser la technologie d’Orbite pour le traitement des minerais et des boues rouges. Si tout va bien pour Orbite, Nalco pourrait l’aider lorsqu’il sera temps de financer l’usine de fabrication d’alumine métallurgique.

Nouvelle technologie

Le procédé d’extraction de l’alumine utilisé par Orbite est moins cher, justement parce qu’il ne produit pas de boues rouges, ajoute le PDG d’Orbite. « Notre procédé fonctionne à l’inverse de celui de Bayer. Il s’agit d’un procédé acide qui requiert des conteneurs spéciaux. Les lacs de boues rouges se forment par un procédé basique, avec un pH de 13. Le procédé Bayer est à l’opposé de notre technologie, laquelle consiste à prendre un acide, à diluer chacun des produits et à les séparer un par un. Dans le procédé Bayer, au contraire, on broie tous les matériaux dans le même pH, on les laisse se décomposer, se digérer et on essaie ensuite de les séparer, ce qui est plus difficile à faire. »

Le procédé d’Orbite exige un contrôle très strict du pH, et l’amélioration des outils numériques permet d’en assurer un meilleur suivi. De plus, le matériel utilisé lors de l’extraction doit également comporter un revêtement en verre à l’intérieur, en raison de l’acidité du procédé et pour limiter la corrosion. « Cette technologie est relativement récente dans le domaine minier. Grâce à l’amélioration des outils informatiques, nous pourrons éliminer la production de boues rouges », ajoute M. Boudreault.

Le procédé d’Orbite permet de récupérer les oxydes de silicium et de magnésium, l’hématite et les éléments de terres rares comme des sous-produits. Les résidus solides peuvent être traités pour être chimiquement neutres, et l’argile peut alors servir à la production de briques ou de tuiles.

L’élément central du procédé qui le rend plus économique, ajoute-t-il, est le recyclage de l’acide. Cette boucle de recyclage de l’acide dépend aussi de technologies très récentes. Elle permettra surtout à Orbite d’obtenir de l’HPA dont la valeur sur le marché varie de 50 à 100 $ le kilo, en comparaison des 300 $ la tonne pour l’alumine métallurgique. La HPA sert notamment à produire des ampoules à diode électroluminescente (LED) et des écrans d’ordinateur.

Elle permet également à Orbite de produire de l’alumine métallurgique, laquelle est vendue aux usines de transformation. En extrayant cette alumine à moindre coût et sans pollution environnementale, Orbite pourra se frayer un chemin dans cet univers où la concurrence est féroce. Richard Boudreault ajoute que l’entreprise projette d’améliorer le procédé d’extraction de la HPA pour augmenter sa pureté de 99,99 pour cent à 99,9999 pour cent, donnant ainsi une valeur ajoutée supplémentaire au produit.

Créer de la valeur

Outre Nalco, la société québécoise a aussi conclu un protocole d’entente avec Rusal, le plus grand producteur mondial d’aluminium, et ce, relativement à son projet de construction d’une usine de fabrication d’alumine métallurgique en Gaspésie, un projet estimé à 500 millions $. L’emplacement de l’usine n’est pas encore déterminé, mais il est prévu de la construire près de Grande-Vallée ou de Murdochville.

En plus de la Bourse de Toronto, Boudreault a enregistré Orbite sur le OTCQX à New York pour avoir accès à un marché du capital plus large. « Les investisseurs américains nous considèrent comme une société de technologies vertes dans l’industrie minière, et ce statut n’est pas encore très valorisé au Canada », précise M. Boudreault. « Le secteur minier est encore souvent associé aux problèmes environnementaux, aussi notre démarche consiste à faire changer cette mentalité. Aux États-Unis, on comprend mieux la valeur de notre procédé et il existe d’ailleurs des fonds spécialisés dans l’industrie des technologies propres. Cela nous aidera à faire prendre de l’expansion à l’entreprise et à valoriser l’action pour les détenteurs de titres. »

Selon l’évaluation préliminaire réalisée par Genivar, on estime à plus de 7 milliards $ la valeur des minerais présents dans le gisement d’Orbite à l’heure actuelle. Le gisement de schiste argileux comporte aussi des éléments de terres rares et d’autres métaux rares, comme le scandium. « Quand on associe le scandium à l’aluminium, on obtient un alliage qui est presque aussi résistant que le titane, ce qui permet par exemple de réduire de 15 à 20 pour cent le poids des avions ou des automobiles. Il s’agit là d’un autre avantage environnemental très important », fait observer le PDG d’Orbite.

Le procédé développé par l’entreprise permettra par ailleurs de réduire le coût d’extraction des éléments de terres rares lourdes. « En rendant disponible un plus grand volume d’éléments plus rares, on fera baisser les prix. Il sera alors plus facile de développer de nouveaux produits », conclut Richard Boudreault.

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