novembre 2012

Richesse nordique

Par Correy Baldwin

Noront anticipe le début de la production de Eagle’s Nest en 2016 | Courtoisie de Noront Resources


Lorsque la petite société minière Noront Resources a découvert un gisement de sulfures nickélifères à haute teneur dans le Nord de l’Ontario – l’une des découvertes de gisement de nickel les plus emballantes en quelques décennies – cela a déclenché une ruée dans la région maintenant appelée le cercle de feu. Aujourd’hui, cinq ans plus tard, Noront prévoit de créer un autre précédent en devenant le premier producteur dans ce secteur minier émergent.

De prime abord, le gisement Eagle’s Nest, situé dans les basses terres humides de la baie James, semblait problématique, puisque la faible étendue de substrat rocher exposé posait des enjeux logistiques et environnementaux évidents. La solution de Noront portait sur l’élaboration d’un plan d’exploitation souterraine dont la plupart des installations d’extraction seraient comprises dans une série de salles sous terre.

« La situation est exceptionnelle et je crois que nous avons trouvé une solution novatrice », affirme Paul Semple, chef de l’exploitation de Noront. Dans le cas d’Eagle’s Nest, l’élaboration d’un plan d’exploitation souterraine est possible en raison de la rigidité élevée de la roche stérile sous la surface, la granodiorite, qui est plus résistante que le béton et peut soutenir de grandes salles souterraines ouvertes. Les salles seront de tailles diverses, mais leur dimension n’excédera pas 16 mètres.

Les amas de roches stériles extraites seront utilisés pour la construction de routes, d’ouvrages de béton et de fondations du camp de base.

Le fait de produire son propre agrégat permet également à Noront de gérer certains risques économiques et touchant la logistique. « Cela semblait logique à bien des égards », indique Wes Hanson, président-directeur général. « En fin de compte, je crois qu’il s’agit d’un mode de construction plus abordable. » Le coût associé aux salles souterraines plus vastes est beaucoup moins élevé que le coût de transport des matériaux de construction par avion ou par route d’hiver; moins de matériaux sont nécessaires et de grandes quantités sont déjà au chantier.

« En règle générale, le matériel d’extraction est ancré dans le substrat rocheux », explique M. Hanson. « Il faut donc creuser le sol meuble – à une profondeur entre 3 et 20 mètres – ou enfoncer des pieux jusqu’au substrat rocheux. Et ce processus peut se révéler très coûteux. Nous avons évité ce domaine d’incertitude en mettant les charges importantes sous terre. » Noront réalisera des économies supplémentaires en exploitant ses installations d’extraction souterraines à température constante. Les coûts d’exploitation globaux pour la durée de vie de la mine souterraine s’élèveront à 1 G$, soit 97 $ par tonne de minerai.

Un gisement modèle

Eagle’s Nest fera partie des mines productrices de nickel dont le coût de production sera le moins élevé au monde, et ce, en grande partie grâce à la nature du dépôt minéral qui est sulfuré, et non composé de latérites. « Les producteurs ayant les plus bas coûts d’exploitation au monde sont des sociétés qui extraient des minéraux sulfurés », indique M. Semple. « Et je suis d’avis qu’il s’agit de l’un des gisements de sulfures nickélifères non exploités les plus importants à l’échelle mondiale. » Bien que le nickel extrait à ce jour provienne des gisements de sulfures nickélifères, ces réserves s’épuisent rapidement. La plupart des nouvelles exploitations minières dans le monde extraient des latérites; celles-ci sont plus abondantes, mais il s’avère plus complexe de produire du nickel à partir de ces roches. « Il y a longtemps que la technologie pour les gisements de sulfures est utilisée », poursuit M. Semple. « Elle ne présente aucun des “maux nécessaires” associés à la technologie relative aux gisements de latérites. »

De plus, la forme du gisement semble particulièrement idéale; il s’agit d’une colonne quasi verticale d’une largeur approximative de 60 mètres et dont la longueur atteint environ 200 mètres. « Si vous demandez à un étudiant de première année en génie souterrain de vous dessiner une mine souterraine parfaite, il vous présenterait probablement une image qui ressemblerait au gisement Eagle’s Nest », affirme M. Hanson. La configuration du gisement ainsi que la rigidité élevée de la roche environnante permettent l’élaboration d’un plan d’extraction simple et l’adoption de techniques d’extraction verticale en masse traditionnelles, par abattage par sous-niveaux.

« Le principal défi tient dans l’aménagement de salles souterraines afin que les travaux dans la mine ne nuisent pas aux activités de l’usine de concentration », explique M. Hanson. Les circuits de concassage, de broyage et de flottation du procédé de concentration doivent être isolés des autres travaux souterrains.

Respect de l’environnement

À la surface, les seuls signes visibles du projet Eagle’s Nest seront l’aménagement d’une piste d’atterrissage ouverte toute l’année, d’un camp de base et de multiples bâtiments connexes et d’entreposage, qui occuperont moins de 0,5 km2 (50 ha). « Parmi toutes les mines souterraines dans le monde, notre projet comptera l’une des plus petites empreintes écologiques », souligne M. Hanson. « Voilà l’un des éléments dont nous sommes fiers. »

Noront recyclera ses résidus en les utilisant comme remblai à pâte cimentée dans les installations souterraines, ce qui éliminera la nécessité des dépôts de résidus miniers en surface. Puisque la quantité de déblai provenant des salles d’extraction souterraines sera insuffisante, d’autres résidus miniers seront extraits pour construire la piste d’atterrissage et les routes, ce qui créera des cavités d’abattage pouvant contenir les résidus.

Il est fréquent que les carrières récupèrent leurs résidus pour produire du remblai, mais Eagle’s Nest sera le premier gisement à stocker l’ensemble de ses résidus sous terre. « Nous souhaitons mettre sur pied une mine qui servira de modèle à l’avenir », dit M. Hanson.

À son avis, les perspectives à long terme de la consommation du nickel sont favorables, même si la tendance actuelle n’est pas celle d’un marché haussier. « Nous avons commencé à constater la mise en service de grands mégaprojets, ce qui explique l’équilibre entre l’offre et la demande », explique M. Hanson. Les analystes prédisent que la demande dépassera l’offre et que les prix augmenteront d’ici 2015, coïncidant ainsi avec le début de la production d’Eagle’s Nest. « Les perspectives à long terme sont excellentes puisqu’aucune autre importante réserve de nickel, sauf le gisement d’Eagle’s Nest, n’a été découverte ailleurs dans le monde au cours des 20 dernières années. »

Les réserves mesurées et indiquées globales du gisement d’Eagle’s Nest s’élèvent à 11 millions (1,78 pour cent de nickel, 0,98 pour cent de cuivre et une minéralisation en platine et en palladium non négligeable). Dans le cadre de ce projet, les travailleurs utiliseront un circuit de flottation du nickel traditionnel de 3 000 t/jour afin de produire un concentré contenant environ 10 pour cent de nickel et 5,7 pour cent de cuivre.

Le gisement, dont le forage a atteint 1 600 mètres, est encore ouvert en profondeur; cela signifie qu’il existe un fort potentiel pour prolonger la durée de production d’Eagle’s Nest, actuellement établie à onze ans. Noront possède aussi d’autres propriétés dans la région, soit 466 concessions couvrant 1 017,44 km2 (101 744 ha). « À ce jour, nous avons investi environ 150 M$ dans la région du cercle de feu », indique M. Hanson. « En retour, nous avons obtenu non pas un, mais deux corps minéralisés viables, soit le gisement de sulfures nickélifères d’Eagle’s Nest et notre gisement de chromite de Blackbird. »

Par ailleurs, Noront a recensé plus d’un milliard de livres de nickel. Grâce à la découverte de gisements de chromite dans la région, le Canada figure maintenant parmi les cinq principaux pays producteurs de ce minerai au monde. De récentes annonces au sujet du potentiel de découverte de gîtes de sulfures massifs volcanogènes, notamment de type cuivre-zinc, viennent renforcer ce succès grandissant. Et pourtant, seule une infime partie du cercle de feu a été explorée. « Tous ces facteurs réunis me démontrent qu’il s’agit d’une région tout à fait particulière », raconte M. Hanson. « Je n’ai jamais eu connaissance d’un district minéral dont l’exploitation a été si rapide ou qui a offert une minéralisation à teneur élevée si rentable, et ce, en si peu de temps. »

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