novembre 2012

Relèvement hydrographique des mers arctiques

Une meilleure connaissance des fonds marins stimulera-t-elle le développement du Grand Nord canadien?

Par Herb Mathisen

Arctic sea mapping

L’été dernier, des hydrographes canadiens ont exploré les mers arctiques à la recherche des vestiges de l’expédition à l’issue tragique de Sir John Franklin en 1845. Et bien qu’ils aient trouvé peu de traces de la célèbre expédition à la recherche du passage du Nord-Ouest, cette mission permit d’ajouter des connaissances encore plus détaillées sur le passage que certains espèrent toujours pouvoir utiliser pour ouvrir le Nord au transport maritime et à l’industrie.

En utilisant des sonars multifaisceaux pour mesurer la profondeur de l’océan et créer des images tridimensionnelles du fond marin, ainsi qu’une combinaison de sonars monofaisceau et de sonars à faisceau latéral, le Service hydrographique du Canada (SHC) a cartographié plus de 400 kilomètres carrés du détroit d’Alexandra et du détroit de Victoria, précise Andrew Leyzack, hydrographe en chef du SHC. Ces nouvelles données permettraient de sauver environ sept heures de temps de transport en contournant l’île du Roi-Guillaume adjacente.

Mais la région étudiée ne représente qu’une petite partie des mers arctiques internes canadiennes, qui n’ont pas fait l’objet de beaucoup d’efforts de cartographie jusqu’à présent.

« À ce jour, seulement un pour cent des mers arctiques a été cartographié selon les normes modernes utilisant le sonar multifaisceaux » explique Leyzack, et 90 pour cent de la surface des eaux arctiques présente de grands trous dans leur couverture ainsi qu’une forte probabilité de risques non détectés.

Leyzack explique que la cartographie moderne permet de rendre accessibles des couloirs maritimes connus, en les rendant plus sécuritaires pour la navigation des gros navires à grand tirant d’eau, et de créer également des voies maritimes de remplacement pour les navires confrontés à des conditions difficiles de glace de mer.

Ne disposant d’aucun navire spécial pour effectuer leur travail de cartographie, les hydrographes du SHC ont dû embarquer sur les navires de la garde côtière et sur les navires de recherche en activité dans le nord pour cartographier les régions ciblées.

Rob Huebert, professeur agrégé au département de sciences politiques de l’université de Calgary, précise que la cartographie devrait être une activité marine primaire et non secondaire dans les mers du nord, en ajoutant que le gouvernement actuel n’a aucun plan coordonné pour cartographier les voies navigables intérieures de l’Arctique.

« Une fois que vous aurez cartographié la région, les gens viendront » explique Huebert, en précisant que la pression accrue résultant de l’augmentation du trafic maritime entraînerait un développement improvisé et décousu de l’infrastructure nordique. Une meilleure infrastructure, incluant notamment les ports dont la région a désespérément besoin, pourrait attirer l’attention de l’industrie; le réapprovisionnement et les travaux de réparation coûteraient moins cher, ajoute-t-il.

Mais Malcolm Lowings, directeur et chef technique des services pétroliers en mer et dans l’Arctique chez Golder Associates Ltd., précise que la cartographie à elle seule n’est pas suffisante pour attirer vers le nord les sociétés d’extraction.

« C’est un facteur dont elles tiendraient compte » précise-t-il, mais la ressource potentielle et la façon de l’acheminer jusqu’au marché demeurent la considération primordiale. « L’idée de cartographier selon les normes modernes chaque kilomètre carré de fond marin autour des îles arctiques canadiennes n’est pas raisonnable » souligne-t-il. « Il y a certains endroits de l’Arctique canadien qui ne seront jamais visités.»

À ce jour, les priorités en matière de cartographie du SHC ont été déterminées en réponse aux consultations avec l’industrie du transport maritime, le secteur privé, les collectivités et les gouvernements locaux. Le gouvernement du Nunavut a récemment signé une entente avec le SHC afin de cartographier le détroit de James Ross et celui de Rae.

Selon Peter Frampton, conseiller principal en ressources pétrolières du gouvernement du Nunavut, de bonnes cartes ne constitueraient pas un facteur déterminant pour attirer l’industrie, mais il précise qu’une cartographie plus approfondie réduirait les risques pour les entreprises. Il souligne qu’il existe des centaines de havres potentiels non cartographiés le long de la côte de l’île de Baffin, qui pourraient être utilisés comme points d’arrêt pour de possibles projets d’exploitation pétrolière en mer dans le détroit de Davis Strait ou encore comme refuges pour les navires qui cherchent à s’abriter de la glace de mer.

« Lorsque vous diminuez les risques, vous diminuez également les coûts potentiels » précise-t-il, en ajoutant que les entreprises qui disposent de plus d’informations peuvent mieux planifier leurs projets.

Cependant, la cartographie déficiente ne représente que l’un des risques des activités dans les mers arctiques. Lowings souligne les coûts d’exploitation élevés associés aux activités nordiques, ainsi que les obstacles logistiques, environnementaux, réglementaires et ceux liés à l’utilisation des terres, qui viennent tous menacer les investissements dans les ressources.

Malgré la fonte de glace record de cet été et le vaste potentiel de cette région – le bassin de Sverdrup à lui seul contiendrait quelque 45 trillions de pieds cubes de gaz naturel – le développement à grande échelle de la région pourrait rester irréalisable pendant encore quelque temps.

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