novembre 2012

La quête du feu

Les récompenses seront importantes pour ceux qui développeront le nouveau district minier de l’Ontario, mais ils les gagneront à force de patience et à la sueur de leur front

Par D'Arcy Jenish

Paul Semple, directeur de l’exploitation Noront Resources (à gauche), a reçu le chef du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario, Tim Hudak, et d’autres législateurs provinciaux à Eagle Nest plus tôt cette année | Courtoisie de Noront Resources


Personne ne doute du potentiel énorme que présente le Cercle de feu de la région des basses-terres de la baie James, en Ontario. Il est clair que les grands gisements de chromite ainsi que les autres métaux de base et métaux précieux occuperont les sociétés minières pour des dizaines d’années. Il y a toutefois beaucoup de travail à réaliser avant de pouvoir concrétiser ce rêve.

Lorsque Noront Resources a fait la première grande découverte dans la région minière naissante, des douzaines de petites entreprises d’exploration se sont ruées sur ce redoutable terrain de marécages, de tourbières et de moustique de la forêt boréale pour jalonner des claims. La région, située près des rives de McFauld Lake, à environ 550 kilomètres au nord-est de Thunder Bay, a fait l’objet de trois grandes découvertes : Les gisements de chromite Black Thor et Big Daddy et le gisement voisin de nickel-cuivre-platine-palladium d’Eagle’s Nest.

Cliffs Natural Resources a acquis l’ensemble du gisement Black Thor et détient 70 pour cent de Big Daddy. Ces deux gisements représentent les premières découvertes importantes de chromite en Amérique du Nord et les estimations de ressources actuelles indiquent qu’ils pourraient être suffisamment grands pour soutenir des mines multigénérationnelles. En ce moment, Cliffs a l’intention de développer Black Thor en premier et s’est engagée à investir 3,3 milliards de dollars dans cette mine et dans une fonderie située à Capreol, tout près de Sudbury. Pendant ce temps, Noront travaille continuellement au développement de sa plus petite propriété voisine d’Eagle’s Nest.

Toutefois, avant qu’une de ces entreprises puisse expédier une livre de métal sur le marché, il y a des obstacles difficiles à franchir.

Évaluations environnementales

Noront mène ses activités dans l’ombre de Cliffs, principalement parce qu’on ne croit pas que ses gisements polymétalliques sont de classe mondiale. Le président et directeur général de Noront, Wes Hanson, affirme toutefois que l’entreprise a pour objectif d’avoir une mine souterraine en activité d’ici la fin 2016 et espère être la première entreprise à produire dans le cercle de feu. L’entreprise a publié son étude de faisabilité en septembre dernier. Cliffs, dont l’étude de faisabilité a commencé au printemps, a pour objectif d’avoir terminé l’étude d’ici juin 2013 et prévoit entrer en production en 2016.

Il faut construire plusieurs centaines de kilomètres de routes toutes saisons, probablement depuis Nakina sur la voie principale est-ouest du CN, au nord du cercle de feu. On pourrait construire des lignes de transport d’électricité, sinon les entreprises risquent de dépendre de génératrices diesels. Les deux entreprises doivent soumettre leur projet à des évaluations environnementales fédérale et provinciale.

Ces évaluations sont actuellement en cours. En Ontario, les sociétés minières doivent réaliser un processus en sept étapes qui comprend plusieurs phases de consultation auprès du public et des collectivités des Premières nations, ainsi que l’approbation ministérielle à chaque étape. À la première étape, les sociétés doivent fournir une description du projet. La deuxième étape exige une évaluation détaillée des impacts sur l’environnement, les mesures de gestion et d’atténuation de ces impacts et un rapport de la consultation publique. Avant l’octroi de l’approbation finale, le ministre de l’environnement à la possibilité de soumettre un projet à un tribunal pour la tenue d’audiences publiques ou de l’envoyer à un médiateur chargé de résoudre les conflits entre les promoteurs et les collectivités avoisinantes.

Selon un porte-parole du ministère de l’Environnement de l’Ontario, Cliffs et Noront n’en sont qu’à l’étape initiale du processus d’évaluation environnementale. Cliffs a soumis le mandat, ou une description du projet, et Noront a soumis un plan au début de la présente année, mais est actuellement à le réviser.

Le devoir de consulter

Il est tout aussi important de signer des ententes socio-économiques avec plusieurs communautés autochtones dont les terres ancestrales subiront les impacts des projets de développement. Chaque Première nation parlent en son nom et il peut être difficile d’en arriver à un consensus, mais la bande de Marten Falls a signé une entente de prédéveloppement avec Cliffs et, au début de septembre, a signé un protocole d’entente avec le gouvernement de l’Ontario, qui établit les problèmes à résoudre. « L’infrastructure sera un des points de discussions, affirme le chef élu de la bande, Eli Moonias. La liaison à nos communautés est un autre point. Elle comprend l’accès routier et l’électricité. Nous voulons également discuter du partage des revenus. Nous voulons également nous assurer que ces projets ne transforment pas notre environnement en soupe de produits chimiques. »

Marten Falls, une petite communauté Anishinaabe éloignée, située à environ 400 kilomètres au nord-est de Thunder Bay, est accessible par une route d’hiver ou par avion toute l’année et dépend de l’électricité produite par des génératrices diesels, car elle est située au-delà du réseau électrique de la province. La moitié des 650 résidents de la bande se sont dispersés ailleurs dans le pays à la recherche de travail ou d’une autre occasion. « Il n’y a pas d’emploi ici, affirme le chef Moonias. Les gens vivent de l’assistance sociale. Les conditions sociales sont mauvaises. Nous avons besoin de quelque chose pour nous sortir de la pauvreté. »

Pour la population de Marten Falls et de plusieurs autres Premières nations, les projets de développement du cercle de feu ont le potentiel d’être ce dont ils ont besoin. Toutefois, jusqu’à présent, une Première nation s’est levée contre les projets en cours, car la communauté considère qu’il y a eu un manque de consultations approfondies. « Ils ne nous écoutent pas », affirme Peter Moonias, le chef de 67 ans de la Première nation Neskantaga, dont la population s’élève à 450 personnes. « Ils nous intimident. Ils croient que nous n’existons pas et que nous n’avons aucun droit. Nous sommes une petite communauté, mais nous avons des droits. » La bande s’est vue frustrée dans ses tentatives de participer officiellement à la planification du développement du cercle de feu.

Rick Bartolucci, le ministre ontarien du Développement du Nord et des Mines, affirme que le gouvernement provincial s’est engagé à tenir des consultations élargies avec toutes les communautés des Premières nations concernées pour s’assurer que les impacts économiques, sociaux, culturels et environnementaux potentiels soient pris en compte avant la mise en œuvre des projets. « Nous répondons par de nouvelles approches, complémentaires aux outils de réglementation existants, souligne Bartolucci. Nous avons accepté de discuter de partage des revenus. Nos discussions n’en sont encore qu’à la phase préliminaire, mais il s’agit d’un problème très important pour les Premières nations du cercle de feu. »

Patricia Persico, directrice des communications de Cliffs, reconnaît que le rythme des discussions avec les différentes communautés des Premières nations est irrégulier. « Nous avons progressé avec certaines communautés des Premières nations pour nous aider à réaliser ce projet. Pour d’autres communautés, nous avons tendu la main aux chefs des communautés pour discuter du projet, mais nous devons recevoir l’invitation, explique-t-elle. Nous voulons être respectueux, il y a beaucoup en jeu. »

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