novembre 2012

Une nouvelle perspective

Michel Jébrak examine « L’innovation en exploration minière »

Par Alexandra Lopez-Pacheco

Michel Jébrak est un homme qui allie savoir universitaire et expérience pratique. Professeur à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM) et auteur de l’ouvrage 100 innovations dans le secteur minier, il détient deux doctorats de l’Université d’Orléans (France), en exploration minière et en sciences, et a effectué de nombreux voyages en Afrique, au Moyen-Orient et en Australie, en tant que conseiller auprès d’entreprises minières mondiales, de gouvernements et d’organismes internationaux. « En ma qualité de géologue, d’administrateur et d’enseignant, je cherche à comprendre en quoi la recherche mène à des découvertes et à de nouveaux produits, ainsi qu’à la création de richesses », explique M. Jébrak, qui est actuellement titulaire de la Chaire en entreprenariat minier à l’UQÀM. Invité à s’exprimer cette année en tant qu’éminent conférencier de l’ICM, il aura l’occasion de communiquer le fruit de ses récentes recherches historiques.

ICM : Sur quel sujet ont porté vos recherches?

Jébrak: Au cours des deux dernières années, je me suis penché sur les ressemblances et les différences entre la situation actuelle de l’industrie minière mondiale et celle de la fin du 19e siècle. J’ai été très surpris par tous les parallèles entre les deux époques. À la fin du 19e siècle, le nombre d’organisations en Amérique du Nord a connu une hausse rapide, ce qui a provoqué un transfert du pouvoir politique de Londres vers New York. La demande et l’extraction de métaux ont également connu une forte expansion, tout comme l’utilisation de nouveaux métaux ou la diversification des métaux extraits. On commençait alors à exploiter de nouveaux gisements de cuivre, de nickel et d’aluminium. Pour appuyer tous ces changements, de nombreuses innovations ont eu lieu, particulièrement dans l’industrie métallurgique, où de nouvelles techniques ont vu le jour.

ICM : Comment compareriez-vous cette situation avec ce qui se déroule aujourd’hui? Quelles différences avez-vous observées?

Jébrak: Nous observons aussi une forte augmentation du nombre d’organisations, particulièrement en Chine, un transfert du pouvoir politique de New York vers Beijing, et l’introduction de nouveaux métaux, bien qu’il s’agisse actuellement d’un marché de niche.

Les innovations sont toujours là, mais pas en aussi grand nombre qu’au 19e siècle. Les années 1840 à 1880 ont été le théâtre de la Révolution industrielle, ce qui a mené à divers développements et inventions dans le domaine des transports, dont l’industrie minière a su tirer profit au début du 20e siècle. Les innovations ont été nombreuses à Bingham Canyon (États-Unis), par exemple, lieu de l’un des principaux gisements de cuivre au monde. Il s’agissait d’un gisement à faible teneur en cuivre, une cible inhabituelle pour les sociétés minières de l’époque, ce qui a favorisé les innovations conceptuelles. L’exploitation minière de Bingham Canyon a également été favorisée par des innovations techniques, telles que les broyeurs, découverts 20 ans auparavant, ou, encore, le processus de flottation, apparu en Australie.

La demande croissante de métaux a donné lieu à des innovations considérables. Aujourd’hui, nous vivons une révolution technologique, mais il ne s’agit pas d’innovations radicales pour le secteur minier. Autrement dit, elles n’ont pas mené à des changements transformationnels. Je dirais que pour notre secteur, les activités suivent leur cours habituel.

ICM : Mais pourquoi n’innovons-nous pas? Le Canada est pourtant un pays de recherche et de développement.

Jébrak: C’est vrai, mais ces activités sont dispersées dans divers petits centres de recherche aux quatre coins du pays. Par contraste, l’Australie dispose depuis plus de 20 ans d’une stratégie nationale d’innovation en ressources minières. Plusieurs centres clés d’exploration minière et de développement minier durable y ont été créés, ce qui a permis de recruter des experts de classe mondiale. De nouvelles techniques géophysiques, telles que TEMPEST et la gravimétrie aéroportée, sont l’œuvre d’entreprises australiennes. J’ai bien peur que nous ayons déjà accumulé un certain retard. Cependant, nous avons commencé à nous organiser. Le Conseil canadien de l’innovation minière constitue un bel exemple, mais il lui faudrait un financement gouvernemental accru et nous devons progresser plus rapidement.

ICM : Quel risque courrons-nous si nous n’intensifions pas la recherche en innovation?

Jébrak: Le Canada se trouvera à la traîne en matière d’innovation. La Chine est en train de devenir un acteur clé. Il y a encore dix ans, elle n’était pas réputée pour ses innovations minières. Or, les sociétés chinoises jouent désormais un rôle de premier plan. Le nombre de publications soumises par la Chine dans le domaine de l’exploration minière est en pleine expansion. De nouvelles publications scientifiques chinoises sur les gisements miniers ont commencé à faire leur apparition en anglais. L’Université de Beijing recense 25 000 étudiants en géosciences, alors qu’ils sont moins d’un millier à étudier cette discipline dans toute la province du Québec.

Réservez une conférence de Michel Jébrak ou informez-vous sur le programme des Éminents conférenciers de l’ICM.

Traduit par Erik Stout

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